samedi 18 avril 2026

Regarder : tant de vies, tant de visages

 
 
Autoportrait avec chapeau, marionnettes et oiseau / Mario Lattes / Fondazione Bottari Lattes

«Mario Lattes è nato / il venticinque ottobre / millenovecentoventitré a Torino / dove vive e lavora / Ma lavorare non è esatto / e neanche vivere / Si ricorda di essere stato / dietro gli occhi di uno / che in piedi lo guardava / a pochi mesi nella carrozzina / con in testa una cuffia / di colore celeste / lavorare non è esatto / e neanche vivere / in questa città assassinata / la pietra dei marciapiedi non risuona più / non c’è più tenerezza nelle mani / sulle ringhiere di ferro / di scale e ballatoi / e ciò che gli aveva insegnato / essa l’ha dimenticato» 
 «Mario Lattes est né / le vingt-cinq octobre / mille neuf cent vingt-trois à Turin / où il vit et travaille / Mais travailler n'est pas le terme exact / et vivre non plus / Il se souvient d'avoir été / derrière les yeux de quelqu'un / qui le regardait / âgé de quelques mois dans son landau / avec un bonnet bleu ciel sur la tête / travailler n'est pas exact / et vivre non plus / dans cette ville assassinée / les pavés des trottoirs ne résonnent plus / il n'y a plus de tendresse dans les mains / sur les rampes de fer / des escaliers et des balcons / et ce qu'elle lui avait appris / elle l'a oublié»

(traduction libre de la fiche autobiographique rédigée par l'auteur introduisant l'exposition)

Ce matin-là, une étourderie nous avait laissés bredouilles devant les portes d'une exposition prévue et c'est un peu le hasard qui nous avait conduits à Monforte d'Alba, dans la partie haute du village où se trouve la Fondazione Bottari Lattes. Celle-ci présentait une cinquantaine de portraits tirés de sa collection. Certains avaient été réalisés par Mario Lattes (1923-2001), le peintre, écrivain et éditeur turinois à qui a été consacrée la fondation dès 2009. Certains autres étaient dus à des artistes de son cercle. 
 
Portrait de ma femme / 1983 / Mario Lattes

 Sans titre ou Portrait de jeune femme sur fond violet / Mario Lattes / années 1980
 
 
 Sans titre ou Portrait de jeune homme sur fond gris / Mario Lattes / 1986
 
 Sans titre ou Portrait de femme avc chapeau / Mario Lattes / 1961
 
En pénétrant dans la belle maison avec vue plongeante sur les collines, j'étais plutôt contrariée par le changement de programme. Je m'attendais à une banale et poussiéreuse présentation dont nous serions sortis rapidement en nous réjouissant d'ultérieures découvertes. En réalité, les regards qui nous attendaient dans le silence des salles ont très vite capté mon attention. Tous ces visages, portraits d'intimes ou autoportraits, m'ont subjuguée. Des noms vaguement connus on refait surface. Carlo Levi, Felice Casorati, Daphné Maugham, Jessie Boswell.  J'ai éprouvé le besoin d'en savoir plus sur le principal intéressé, Mario Lattes, reconnu dans sa région d'origine, mais relativement peu au-delà des frontières de son pays. 
J'ai désiré aussi me pencher sur la trajectoire de Carlo Levi, médecin, socialiste, peintre et écrivain, opposant au régime fasciste et qui s'est retrouvé exilé dans le sud oublié de l'Italie pendant près de deux ans. Cette expérience marquante lui a inspiré plusieurs romans, dont le plus renommé est "Le Christ s'est arrêté à Eboli" (Francesco Rosi en a tiré un film en 1979, présenté au festival de Cannes l'année suivante).
 
 
Autoportrait / Daphné Maugham
 
Autoportrait / Jessie Boswell

Réveil avec ma mère / Carlo Levi / 1973

Ce moment passé en compagnie de tous ces personnages devenus tout d'un coup si présents m'a ramenée à l'histoire du Piémont, au passé de l'Italie, à cette époque, pas si lointaine, qui avait été celle du fascisme et puis de l'après-guerre. Chacun de ces artistes, opposants à la dictature, avaient traversé les tourments de cette sombre page, chacun avait ensuite connu de grands espoirs et bon nombre de déceptions durant les décennies suivantes. 
 
Et puis, tandis que je passais une nouvelle fois en revue les divers tableaux, a émergé l'éternelle question : que dit un portrait ? parle-t-il de la personne représentée ? de l'artiste qui la dépeint ? ou de la relation entre ces deux personnes ? 
 
Les expositions que je préfère sont celles d'où je sors perplexe ou en proie à mille questions qui me poussent à l'exploration. Une fois passé le seuil je comprends que je ne sais pas grand chose et ça me pousse à chercher. En ce sens, cette exposition m'a comblée.
 
 
La Fondation Bottari Lattes, outre les expositions culturelles autour de la figure de Mario Lattes,
anime également diverses activités et décerne un prix littéraire et un prix bisannuel de traduction littéraire.
Son entrée est gratuite. 

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