Panneau d'interdictions (se référant à l'ordonnance n° 65 émise par le maire en date du 10 juillet 2007) :
Jeter des ordures par terre.
Bivouaquer.
Manger devant les monuments.
Défigurer ou taguer.
Se baigner dans les fontaines.
Circuler à torse nu.
En arrivant au centre ville, alors que les alertes canicule commençaient à émerger en orange sur tous les écrans, observant la marée humaine qui déferlait dans les étroites ruelles se pressant comme si elle avait dû se tasser au fond d'un entonnoir, j'ai cru être entrée dans l'antichambre de l'enfer. Plus précisément : je me suis vue piégée au cœur de celui-ci. J'ai failli faire demi-tour, changer tous mes plans, prendre la route des Dolomites, chercher refuge sur un alpage, aller dialoguer avec des vaches cornues, caresser les gentianes et les astragales sempervirens, aller tutoyer les nobles chamois.
Mais ! C'était négliger l'admirable capacité des flux touristiques à rester groupés, agglutinés autour des sites les plus renommés, à se ruer dans les succursales des enseignes les plus connues du monde entier, Zara, Cos, et cetera, à se presser en file indienne devant le glacier le mieux noté sur Tiktok ou TA, à s'entasser aux terrasses de pizzerias, sous des bâches pourvoyant une température proche des 45 degrés (pas étonnant que, devenus aussi rouges que la sauce tomate de leur plat, on ait régulièrement entendu des ambulances se frayer un passage).
Une fois ces points (tenant dans un mouchoir de poche) franchis, la ville était rendue à elle-même : églises gothiques flamboyantes, promenades le long du fleuve, arcs monumentaux se déployaient en toute quiétude et invitaient leurs visiteurs à découvrir des merveilles. Là, dans la fraîcheur d'une nef, on pouvait entendre s'élever un concerto de Vivaldi, ou, sous un peuplier, se dérouler le chant de l'Adige. Alors, alors, on se disait qu'un séjour dans la ville allait être possible. Mieux : qu'il pourrait nous enchanter. A condition bien sûr de connaître exactement les parcours à éviter.
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