La première sortie dans le jour naissant nous guide toujours à travers d'étonnants parfums. Ce matin : des senteurs de mer (sel, sable, longues pinèdes, sortis peut-être d'un coffre voisin à moitié déchargé? ou des relents que le vent du Sud nous aurait ramenés?); une essence sauvage (la biche effarouchée qui depuis peu nous croise dans la forêt? une fouine? un renard embusqué?); une entêtante odeur de fumier (provenant des champs épandus hier ou des deux vaches en cavale qui avaient déserté leur pré?); des effluves de rose et de lavande (en tête des rangs de vigne pleins à craquer). Et puis : du foin mouillé, une vague odeur de pisse féline, du shampoing bon marché, du miel, du café, des fruits macérés.
Grand chasseur, équipé d'un odorat 10 000 à 100 000 fois plus sensible que celui de l'humain, P. s'adonne à ces balades avec passion. J'imagine sans peine la subtile lecture qu'il fait de notre itinéraire, sa manière de le cartographier, ses savoirs et ses intuitions (et je n'ose imaginer combien il souffre certains jours d'incursion dans les villes, leurs émanations frelatées, leurs multiples pollutions).

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