10 août 2017

Voyager : tête baissée



C'était samedi et la nuit se refusait à tomber.
Tandis que la touffeur ne lâchait pas d'un pouce,
loin des terrasses et des spectacles en tous genres,
que faisait donc cet homme, presque un vieillard,
penché, absorbé
dans son atelier?
Je l'imaginais artisan ébéniste, ou graveur.
Il a levé soudain la tête et,
dans un même mouvement,
je me suis empressée de baisser la mienne.
Ma timidité et son application farouche 
préserveront le mystère de l'inconnu du 7ème arrondissement.



9 août 2017

Regarder : chercher dare-dare


David Teniers /1651 / Kunsthitorisches Museum / Wien

C’est un tableau qui représente un collectionneur, l'archiduc Léopold-Guillaume, 
dans sa galerie de Bruxelles, où il avait rassemblé une riche collection de grands maîtres. 
On l'a longuement observé.




Et puis, on a joué, à faire un jeu de piste dans tout le musée.



Juste ici 5 en haut à droite 
on a repéré la femme adultère entourée de bien-pensants soucieux de la blâmer.




Le Christ et la femme adultère (détail) / Titien





Se tenant au dessous de la malheureuse adultère 5 la belle dame énigmatique peinte par le Parmigianino.





Et Gian Giacomo, bien caché là derrière cette grande toile vénitienne.


G.G. Bartolotti / Titien





Et Violante, naturellement, impossible de la louper.


Violante / Titien

On s'est bien amusés, allant d'une salle à une autre, revenant pour vérifier, nous extasiant parfois d'avoir trouvé, 
et  nous retrouvant parfois bredouilles quand un détail nous avait échappé.

Au bout d'un moment, on s'est rendu compte que le personnel nous observait avec perplexité :
ces deux adultes qui n'arrêtaient pas de rigoler! 

Alors on a réalisé que l'heure du déjeuner étaient passée depuis un bon moment
et on est sortis dévorer des Wursts et du Leberkäs à l'Imbiss juste à côté. 



8 août 2017

Vivre : réveils roses



six heures
le lac s'est mis en alertes
les arbres s'agitent
le ciel fait son Rothko
juste avant de faire sa cascade

7 août 2017

Voyager : persévérer


Musée de l'histoire de Vienne

La fille ne se laissait pas décourager.
Grande, mince, à l’aise dans ses shorts et dans ses baskets,
elle posait des questions à tous les gardiens, dans toutes les salles visitées.
Et immanquablement elle recevait des réponses comme :
Je ne sais pas je ne suis pas d’ici je dois aller me renseigner
Ou alors : seulement un regard vide, découragé, décourageant
(il faut dire que les gardiens semblaient presque tous ailleurs
comme s'il appartenait aux visiteurs de les garder ici)
Et finalement, dans la dernière halle, celle consacrée aux tensions,
aux cohabitations dans la ville contemporaine,
elle a posé une énième question à un énième gardien.
Lequel lui a répondu - vraiment - avec intelligence, humanité et sagacité.
Et une conversation – une vraie - s’est engagée.

Voyager : développer l’art de la curiosité.
Voyager seul : développer l’art de persévérer dans sa curiosité.

3 août 2017

Vivre : en attendant l'orage



Fra Angelico / San Marco / Firenze



Tristesse des choses qui s’évaporent.
Tristesse du jour qui s’assombrit avant le soir.
Tristesse de ce qui fut et ne sera plus,
de ce qui est en train de se perdre,
de ce qui est à peine encore là,
de ce que demain n’aura pas.

2 août 2017

Vivre : still life / 27




Parfois, ma vie est un puzzle bien ordonné. 
Il manque ça et là quelques pièces au ciel, aux nuages, mais dans l’ensemble, 
l’image est cohérente et le dessin pratiquement achevé.
Durant ces périodes, je sais l’âge que j’ai. 
Je me sens en bonne santé et jouis des prérogatives liées à mon expérience.
Je bénis la vie de m’avoir laissée en vie jusqu’ici
et Mister C. d’avoir certes badiné plusieurs fois avec moi, mais sans grands dégâts. 
Oui, parfois ma vie est un puzzle bien ordonné.

Mais d’autres jours, tous mes âges se bousculent et donnent de la voix.
La petite fille de six ans fait des siennes. Elle tape du pied. 
Elle exige des jeux et des couleurs et me trouve trop répressive.
La fille de vingt ans réclame son dû avec insistance. 
Elle veut enfin vivre en dépit de tous les interdits et obstacles trouvés sur son chemin. 
Elle déplore les folies évitées, les passions réprimées.
Et voici que la vieille femme de 80 ans se profile et m'informe qu’elle entend être sage et belle. 
Elle désire sérénité et compassion. Et élégance.
(Heureusement que la femme de 40 ans se tient tranquille, 
il faut dire qu’à 40 ans, comme à 50 du reste, je vivais des pics de projets et de vitalité).
Et moi, moi face à tous ces moi, je ne sais pas, je ne sais plus où donner de la tête.
Tout se bouscule. Serais-je en train d’amorcer une crise de la soixantaine ?

Me voyant ainsi tiraillée, 
je ne retrouve la paix qu'en enfilant mon maillot rouge,
quand je m'immerge et avance à grandes brassées.

1 août 2017

Vivre : le visiteur du soir


Sur ma porte

Jouir de cette nuit qui n’en finit pas d’arriver.
M’allonger. Immobile.

Dans le ciel bleu pâle,
presque blanc tandis qu’il caresse les courbes du Jura,
chercher une à une les étoiles.

Et surtout, écouter ce bruissement,
ce craquement, ce froissement.
Le petit renard qui passe récupérer 
son dû sous le prunier
sait toujours se manifester à bon escient.