18 mai 2018

Vivre : still life / 43





La potière et ses teintes vivaces étaient prises d’assaut.
Les pots à sucre étaient tellement rigolos que
j’ai regretté de ne jamais sucrer mes boissons.
On a pointé avec ZB la tasse parfaite pour mes cafés
(parfaite jusqu’à la prochaine maladresse).
Les boire désormais en repensant à ce matin ensoleillé,
à la générosité de ZB, à cette complicité
qui donne à la vie son goût corsé (jamais édulcoré).

17 mai 2018

Vivre : interrogation lacustre



quel effet cela fait-il de se retrouver seul cygne
à barboter parmi les canards?
aurait-on l'impression d'être le petit mouton noir?

16 mai 2018

Vivre : un anniversaire


Jour de fête

Deux ans déjà.
Deux ans déjà que cette vie sur mesure a commencé
que j'ai su et pu m'éloigner d'un univers professionnel dévitalisé
(avouons-le : triste à pleurer)
Deux ans. Un blog. Un livre. Un autre blog. Une formation.
Presque autant de départs que d'aquarelles.
Plus de travail, plus de passe-temps (flapies, ces deux notions)
Et tous les matins – ou presque – venir ici.
Comme un peintre buté peint sur le motif. 
Esquisser les jours, leurs gouttes alignées comme des billes. 
Observer, admirer, débusquer la vie.
La vie, cette chaotique, chétive et infinie tragi-comédie. 




15 mai 2018

Vivre : la traversée de l'hiver / 24


Les héros grecs tirant au sort les captifs faits à Troie (détail) / Paulin Duqueylard / Musée Granet / Aix-en-Provence


On l’a accompagnée ado dans ses douleurs de femme désorientée. On l’a accompagnée dans ses tristesses de personne isolée. On l’a accompagnée quand elle avait besoin d’une oreille à qui se confier. On l’a soutenue, on l’a conseillée, on l’a appuyée. On l’a entendue dire et répéter que sa vie avait été dure et que personne n’avait eu moins de chance qu’elle dans cette vallée endeuillée. On a vu son regard plein de reproches se poser tant de fois sur soi. On a compris qu’on ne comprendrait jamais tout ce qu’elle avait donné, tout ce qu’elle avait dû supporter. On restait là, on était là au fil des années. On l’a suivie d’hôpital en hôpital et de plainte en gémissement. Et puis, l’autre dimanche, tandis que les fleuristes faisaient de sacrées affaires, face à son regard qui regardait ailleurs, encore une fois, tandis qu’on était là à lui parler, face à son sourire qui souriait à d’autres, qui se perdait au hasard, on s’est dit : c’est bon, elle est entre de bonnes mains, elle peut terminer sa vie et nous rendre la nôtre. On a ressenti une vague d’épuisement, et puis une vague de soulagement, et puis un peu de nausée en pensant maman.

14 mai 2018

Regarder : histoire sans paroles



Madone avec les saints Jean-Baptiste et François / Cima da Conegliano / Musée du Petit-Palais / Avignon

Dans la salle, aller droit vers une toile 
comme on dirige ses pas vers un ami de longue date.
Sans hésitation, mais avec une légère appréhension :
Cima, c'est bien toi? Ces regards, ces présences, ce ne peut être que toi!
Alors converser en silence, savourer ce lien étroit
dont personne ne pourrait se douter
dans lequel personne ne saurait s'immiscer.

13 mai 2018

Vivre : l'illumination


Expo Micheal Wohlfahrt / ombre portée /Abbaye de Silvacane / La Roque sur Antheron

Un matin on se lève.
On voit les choses autrement.
Autre objectif, autre focale.
On se détend.

12 mai 2018

Voir : percer les forteresses


Eldorado est constitué de deux sujets, qui pourraient chacun faire l'objet d'un film en soi, mais qui, s'entrelaçant tout le long du film, s'enrichissent et se complètent.
Eldorado, c'est une camera qui suit le parcours des migrants sauvés par la  marine italienne dans le cadre de l'opération Mare nostrum. Elle les accompagne à travers les centres d'accueil froids et les ghettos mafieux, remonte la Péninsule, assiste à leur expulsion des trains aux frontières helvétiques, et à leur envol final, quand ceux - fort peu nombreux - qui on réussi à passer à travers la muraille, se voient renvoyés chez eux munis d'un petit pécule en guise de dédommagement.
Eldorado, c'est aussi l'histoire d'une amitié profonde avec une petite Italienne accueillie pendant la deuxième guerre mondiale par la famille Imhoof dans le cadre d'une opération de la Croix-Rouge. Giovanna, qui est décédée prématurément en 1956, est évoquée avec sensibilité au travers de dialogues réinventés, de lettres échangées (on s'écrivait, car on n'était pas supposé tisser des liens, les séjours en Suisse des enfants étaient sévèrement limités dans la durée. Après la guerre, les étrangers du Sud autorisés à entrer en Suisse étaient les travailleurs, les bras destinés à la construction ou l'agriculture, censés arriver seuls.)
Le cinéaste réussit ici ce que le documentaire peut faire de mieux : apporter des témoignages sur des destins personnels en les présentant dans le cadre plus large des déplacements géopolitiques. Des trajectoires se dessinent sous nos yeux en quelques mots, en quelques soupirs, en quelques larmes. Sa caméra réussit à capter des mouvements, des regards et des paroles.  Elle sait se faire discrète quand il le faut (elle n'y parvient pas toujours, doit faire face à des menaces et risque à bien des reprises la fracture ou l'interdiction.)
On pressent que Markus Imhoof a dû faire un travail de titan pour obtenir des autorisations, parvenir à forcer des barrages, créer des relations de confiance. Sur son chemin, il a rencontré de belles personnes et d'autres moins belles. Le film s'achève sur des constats non pas désespérés, mais amers.
On sort de la salle chavirés, le cœur lourd, habités par une question essentielle : que faire ? Que faire face à toutes ces histoires, qui constituent l'Histoire, qui font aussi partie de notre histoire, puisque tout est relié, puisque nous sommes tous concernés ? Que faire pour ne pas nous sentir impuissants?