9 juil. 2020

Vivre : promenade à San Gimignano



Réminiscences, portées par la brise des sensations, 
fleurs aux balcons, mélodies déversées au coin d'une ruelle,
bribes et strophes, layette qui sèche, effluves fugaces,
ballades oubliées d'anciens étés qui reviennent et qui passent, 
et qui s'estompent en volutes sans laisser la moindre trace...

8 juil. 2020

Voyager : dans l'ancienne Etrurie


Façade / Palais des Prieurs

A Volterra, imposante et ancienne cité étrusque surplombant la campagne, quatre vieux devisent, assis devant le palais de Prieurs. L'un d'eux s'avance vers le chien, sort un sachet de sa poche et lui offre un biscuit et une caresse. Après avoir fait le tour de la place, la cathédrale, le baptistère, nous retrouvons nos quatre sages occupés à dévisager les rares touristes de passage. A nouveau, le  monsieur attendri se lève, tend des friandises et une tirade de compliments à l'adresse de P. (câliné, pourri gâté, enchanté).
Dans les salles désertes de la pinacothèque, une surveillante me colle aux basques (craint-elle que, seule visiteuse, je tombe le masque ?). Elle tient absolument à me donner un cours sur les tableaux qui nous entourent, ignorant apparemment combien la beauté s'apprécie en silence. Elle m'interroge, me tance, me reprend. Elle s'adresse à moi comme à une élève indisciplinée. (A-t-elle trop vu défiler de classes ? Les institutrices l'ont-elles inspirée ? Les a-t-elle trop longtemps écoutées ?) Je m'efforce de ne pas pouffer. Après avoir entendu suffisamment d'âneries, je la remercie et m'enfuis. Non sans avoir une dernière fois embrassé du regard les silhouettes et les élans de Rosso Fiorentino et de Signorelli.

 Archange Gabriel / Annonciation / Luca Signorelli

 Déposition / Giambattista di Jacopo dit Rosso Fiorentino

Sur une place arborée, on nous sert une pizza divine : salciccia et stracchino. La pâte croquante, la saucisse artisanale, le fromage coulant (sorte de mozzarella du nord de la Péninsule) m'emmènent au paradis. Après mes pupilles, mes papilles sont ravies.
Des gens de tous âges s'arrêtent pour complimenter P. Au musée étrusque voisin, cinq gardiens et pas un seul visiteur : notre chien est chaleureusement invité à entrer. Grattouilles, compliments, exclamations. P. est une star qui concurrence de manière déloyale les impressionnants visages gravés sur les tombes alignées. Il y a un tel réalisme dans ces visages sculptés il y a 2'500 ans qu'on les croirait près de se mettre à parler. Ils nous renvoient à notre état de mortels. Ils disent qu'eux aussi aimaient la beauté, et l'été, et les repas dégustés à l'ombre des oliviers. L'émotion me gagne. C'est une émotion douce et grave, une tendresse qui me lie à tous les morts d'hier et tous ceux d'aujourd'hui.

 Couvercle tombe / Museo etrusco Guarnacci

Dans cette ville plutôt proche de la mer, s'apprêtant à faire face dans les prochaines semaines à des hordes de vacanciers, les habitants - jeunes et moins jeunes - portent rigoureusement leur masque. Ici, on ne plaisante pas avec la pandémie. Les ambulanciers de la Misericordia vont et viennent, transportent des personnes âgées ou handicapées. La Lombardie n'est qu'à quatre heures d'ici. Codogno, Lodi, Bergamo sont des noms marqués au fer rouge dans les esprits. La ville est placide et tient à le rester. Pas question de movida dans ces vieilles ruelles. Pas question de se faire déborder. La sévérité est de mise face à tout ce qui risque de débouler.
Nous quittons à regret Volterra, attachante et austère citadelle, nous promettant d'y retourner bientôt, nous la couvons du regard, lui demandant de prendre bien soin d'elle.

7 juil. 2020

Habiter : les espaces du silence






Des lieux où les siècles n'ont apposé qu'une fine couche de poussière blanche.
Des lieux où les vociférations, les prétentions, les accélérations n'ont pas de sens,
où les heures sonnent, impassibles, un temps qui n'a plus vraiment d'importance.

6 juil. 2020

Vivre : le sens de l'essentiel

Le rapt d'Europe / Johann K!onig / Pinacothèque / Sienne

Oublié sur sa console le smartphone avec son chargeur.
Ignoré superbement tous les écrans. Snobé les journaux.
Obtenu par le bouche-à-oreille quelques précieux tuyaux
et par personnes interposées quelques réjouissantes infos.
Aucun appel reçu, aucun appel passé, aucun texto envoyé.
Occupée à vivre et à regarder, m'en suis fort bien portée.

5 juil. 2020

Voyager : langage des signes




Les paysages : des lignes et des lignes de bâtonnets tracés, grands cahiers d'écoliers appliqués.


4 juil. 2020

Voyager : les yeux rivés au sol



Regno, regnabo, regnavi, sum sine regno. Je règne, je règnerai, j'ai régné, je me retrouve sans royaume. Etait-ce à cause de ces temps tourmentés ? ou alors cela tenait-il au nombre restreint de visiteurs, à la musique poussant à une plus grande intériorité ? Toujours est-il que la cathédrale ce jour-là invitait à baisser les yeux sur son pavement divinement orné. A nos pieds, la Roue de la Fortune tournait tournait.



Depuis 1372, en cette place, elle tournait. En réalité, depuis le début de l'Humanité, elle tournait, et elle n'était pas près de s'arrêter. Elle semblait plus que jamais inviter les hommes à plus d'humilité.


Et, tandis qu'un roi plus puissant, installé au sommet, semblait maîtriser leurs destinées, les Hommes tanguaient, tanguaient, se raccrochaient tant bien que mal, tels des marionnettes, tels des jouets. 


Aux quatre coins de la mosaïque, Épictète, accompagné de trois autres philosophes de l'Antiquité, Aristote, Euripide et Sénèque, envoyait son message à l'Humanité : il l'invitait à ne pas se vanter des cadeaux de la Fortune, mais à se focaliser sur les valeurs de l'âme. "Ne frimez pas, chers amis, ne vous croyez pas à l'abri. Rien n'est acquis. C'est votre force intérieure qui compte et pas vos signes extérieurs de richesse et de profits."**
Dans la ville, Palio annulé, désinfectants, passants masqués, tout venait rappeler, en chaque instant et à chacun, qu'il était question de baisser le regard et de se retrousser les manches, en cette époque bouleversée.

Mosaïque de la Roue de la Fortune / Pavement Cathédrale de Sienne / dernière image: Pinterest

**non fortunae muneribus sed animi bonis gloriandum

1 juil. 2020

Vivre : attendre les étoiles



Il est des ciels qui vous immobilisent. Le temps passe. On attend.
On reste sidérée, on observe. La nuit prend son temps, on l'attend.
On écoute un étrange dialogue entre les nuages et soi. On reste là.
Il n'y a rien d'autre à dire à faire à voir. Juste être là au présent.