14 févr. 2021

Vivre : donnant donnant

 
Madone avec enfant (détail avec Sainte Dorothée) / Atelier d'Antonello da Messina / Musei civici / Padoue

Sans vouloir chipoter, ni comptabiliser, ni tout contrôler, en appeler à un juste échange pour une relation équilibrée.


13 févr. 2021

Vivre : avant les giboulées

 
Paysage d'hiver / Pieter Brueghel le Jeune / KHM / Vienne
 
 
Loin de se laisser idéaliser, l'hiver se montre teigneux ce matin. Peu commode, peu arrangeant, pas vraiment engageant. Les sols craquent sous nos semelles. Détrempés hier encore, les voici qui nous opposent à présent une résistance rêche et rebelle. Traces de sabots, traces de pas, traces de passages, mais pas un chat : seuls quelques vols furtifs ça et là. Le chien enrage de ne pouvoir forcer les terriers, voudrait se désaltérer à des rigoles figées. Le ciel s'est fait mutique, oppose une plaque opaque à nos regards ébétés. Tout semble se taire, sauf, de loin en loin, un arbre qui penche, se balance puis, se reprenant, pousse un gémissement glaçant. Instinctivement, on s'écarte. Par-delà les champs, on suit des yeux deux fumées fuyant leurs cheminées chagrines. On perçoit la buée de nos rares mots prononcés. On ressent le baiser d'un brouillard fourvoyé. Un souvenir ancien vient nous effleurer. Et voici qu'un chevreuil transi, perdu dans ses rêveries, indifférent, imprudent,  trop confiant, passe et manque nous frôler. On sourit. On bâille. On frissonne. Décidément, on aurait dû mieux s'habiller. Le temps est venu de rentrer.

12 févr. 2021

Vivre : tout ce qu'on a / tout ce qui manque

 

Procuratie vecchie / Venise

Tant de choses me manquent.
L'éclat de la mer venant lécher les rives, sur l'île croate chère à mon cœur. Les pas des passants se perdant dans la nuit à Venise. La perspective de revoir l'Italie, n'importe quelle ville, n'importe quel marché, n'importe quel graffiti, mais en Italie. Les émotions qui surgissent au fond de salles obscures où des êtres de tous horizons exhibent leurs vies, confient leurs fragilités à nos yeux fascinés. Les dialogues intimes avec des princes et des Madones au fond de salles oubliées. Les places écrasées de lumière où il fait bon rêvasser.
Toutes ces choses remuent au fond d'un grand panier, le panier des possibles,  des découvertes, des échappées belles ou idéales. La voix du désir émerge de ce contenant, en appelle aux grands départs, à la conquête de nouveaux territoires, aux recommencements.
A côté de ce panier, il y en a un autre, tout aussi grand. C'est là que se love la maison, droite citadelle faisant face au paysage, haute citadelle effleurant le ciel, porteuse de réflexions, de nourritures, d'assurances, de protection. La voix de la raison m'invite à fouiller dans cette deuxième corbeille, détailler toutes les choses qu'elle recèle et qui pourraient venir à manquer. Qui m'ébranleraient si un jour elles manquaient.
Tant de choses me manquent. Tant de choses pourraient me manquer.
Entre les deux paniers, mon cœur, naturellement, balance et chancelle. Il voudrait tout recomposer, tout transvaser. Moi, j'avance, je me rappelle que je n'ai jamais gardé tous mes œufs dans le même, j'avance et je veille sur mes deux paniers.
 

 

11 févr. 2021

Vivre : l'hiver est une île

 
 
 
Dans un monde de cris et de crissements
(et de craquements et de croassements)
se frayer à pas lents un passage de silence.



10 févr. 2021

Vivre : les prévisions météorologiques

 
 
 
Ici,  le bulletin le plus fiable est celui émis par le chasse-neige entre quatre et six heures.


9 févr. 2021

Vivre : missives

 

 
Il y a toujours un moment, au milieu de l'hiver, où le printemps s'annonce avec insistance. On sait bien que le 21 mars ne signifie rien, rien d'autre qu'une date dans un calendrier, que les saisons, ce n'est pas vrai qu'il n'y en a plus, on sait bien que les saisons sont légion, puisqu'il y a au cœur de chacune d'elles autant de saisons qu'il y a de saisons. 
Toujours est-il que le matin déjà, la lumière est là, neuve, câline, enjôleuse. Dans l'air amadoué, les oiseaux proclament leur bonheur a cappella. Les chamois dansent la samba. Le pêcheur dessine des volutes en achevant sa tournée. Le soleil et la lune se croisent avec égards, semblent rabibochés. Pâquerettes, perce-neige, primevères ont surgi, comme par magie. Alors, à ce moment-là, février ou pas, frimas ou pas, neige ou verglas, on sait que ce qu'on nomme la belle saison va arriver, puisqu'elle a nous adressé ses avant-courriers. Et on ressent au fond de soi s'entrechoquer des émotions contradictoires. On se réjouit, avec tout ce qui pépie et glapit. On expérimente aussi comme un refus au fond de soi, une résistance à laisser s'achever cet hiver prestidigitateur, sublime, tourbillonnant (qui a su nous éprouver et nous enchanter dans le même temps). 

8 févr. 2021

Vivre : conscience / inconscience

 
Atlante / Centre ville / Aix-en-Provence
 
De-ci de-là, de plus en plus de gens dont on apprend qu'ils ont contracté la Covid. Sur les rives du lac, des conversations captées : ta marraine ? depuis combien de temps ? et elle a des symptômes ? Il y a cette famille, dont trois générations ont été  touchées, et étonnamment ce ne sont pas les plus âgés qui ont le plus souffert. Il y a aussi les malins, comme O., un ex-collègue : j'ai annoncé que mes symptômes avaient commencé trois jours avant les avoir ressentis, pour être confiné moins longtemps.  
Ai croisé les N. en promenant le chien ce matin. Ils m'ont dit avoir eu la maladie en décembre dernier, en même temps que leur fille. Tous les trois avec des symptômes différents et une récupération propre à chacun. Au final, ils s'en sont bien sortis, sans hospitalisation ni complications particulières. Sont restés à l'isolement pendant une dizaine de jours.
La chose la plus frappante, c'est quand je leur ai demandé : et comment avez-vous fait pour vous approvisionner pendant ce temps où vous étiez tous trois assignés à résidence ? La réponse de ce couple sexagénaire, lui directeur d'institution, elle infirmière, a été la suivante :
En sortant de chez le médecin, quand on a su qu'on était positifs, on a foncé dans un supermarché pour remplir notre frigo!
Je n'ai pas réagi comme l'atlante ci-dessus : les bras m'en sont tombés. Jusqu'ici, mes courses se résumaient à l'essentiel : un maximum de denrées utiles en un minimum de minutes. Il est probable que mon record temps s'améliore encore ces prochaines semaines...