31 janv. 2017

Vivre : Still life / 9



La vie, c’est maintenant,
chaque instant devenant précieux 
par la conscience que :
 Mister C, la mort, la perte, l’usure, l'oubli existent.
La vie, c’est maintenant. 
Ou jamais.

30 janv. 2017

Vivre : le bon thon


Nyhavn /Copenhague / 2015

La ville nous avait souri et nous suivions béats l’autoroute galonnée d’arbres pour le moins créatifs.
 Vivement tancées par les flocons, les voitures avançaient comme des écolières trop dociles. 
Les essuie-glaces s’agitaient allegro presto. 
A contretemps, le sandwich en faisait tout autant.

29 janv. 2017

Lire : *c'est quand la date de péremption, pour arrêter de jouer?*

Berlin / 2012


Petite, elle voulait être chanteuse-écrivain-photographe-voyageuse. Elle l’est devenue.
Elle maîtrise d’art du dilettantisme décomplexé. (Pourquoi veut-on toujours nous mettre dans des cases, alors que l’enthousiasme de l’amateurisme nous pousse à oser?)
Elle est ouverte, drôle, créative, directe, souriante, avec un air de fille de la porte d’à-côté.
Elle est légère et profonde tout à la fois.
Elle en appelle à Brel et à son « talent pour être vieux sans être adulte ». Elle provoque des discussions autour de la notion d'âge adulte, de jeu, d'envie. 
Elle a réalisé très vite qu’il ne lui restait pas 60 ans pour réaliser ses rêves d’enfant, qu’on peut « vieillir sans ternir » : «  Moi, j’espère que devenir adulte, c’est pas forcément ne plus être une enfant. J’espère qu’on peut vieillir sans ternir, sans s’interdire tout ce qui n’est pas sérieux, sans renoncer… » (extrait de :«Ne parle pas aux inconnus »)
Elle interpelle notre enfance, nous invite à vivre nos rêves, ou à dépoussiérer ceux qu’on a oubliés. Elle nous incite à aimer nos échecs et à oser.
Elle apporte un grand souffle de liberté et fait partie de ces gens qui vous amènent à considérer tout ce qui est possible avec fluidité.

La vidéo du TEDxLille présente le souffle vivifiant des mots, des paroles et de photos de Sandra (on a vraiment envie de l’appeler par son prénom) :



YOU TUBE / Sandra Reinflet / TEDxLille / 2014

Les quatre publications de Sandra Reinflet :

**Same same but different / éditions Michalon (= rencontre à travers le monde de 81 femmes qui sont nées comme elle en 1981 et qui ont osé mettre en route leurs projets)
**Je t’aime [maintenant] / éditions Michalon (= 24 photos et textes pour évoquer les histoires d’amour qui l’ont marquée)
**Qui a tué Jacques Prévert ? / éditions la Martinière (= reportage sur les souvenirs de son ancienne école, à partir du bâtiment retrouvé complètement à l’abandon)
**« Ne parle pas aux inconnus » / éditions J.C. Lattès (= son roman paru tout dernièrement)


28 janv. 2017

Lire : Peire et Pier Paolo

Ernest Pignon-Ernest / Naples / 2015
(qu'est-ce qui lui a pris d'aller coller sa belle affiche sur Spaccanapoli ? il faudra que je me renseigne)

Ab l'alen tir vas me l'aire
Qu'ieu sen venir de Proensa!
Tot quant es de lai m'agensa,
Si que, quan n'aug ben retraire,
Ieu m'o escout en rizen
E.n deman per un mot cen:
Tan m'es bel quan n'aug ben dire.
Je me remplis de cet air
Qui me vient de la Provence.
Tout en elle est réjouissance
Et si quelqu'un en est fier
Je l'écoute en souriant ;
Pour un mot j'en voudrais cent
Tant j'aime l'entendre dire.**

C’est fou ce que j’aime ces vers de Peire Vidal (documenté entre 1170 et 1205). Leurs sonorités me rappellent celles de mon enfance. Alors, je me les répète à haute voix, certains jours, le cœur plein de joyeuse nostalgie, en sillonnant la campagne. J’ignore si je les prononce bien, mais ils m’enchantent.

En exergue de son ouvrage de poésie, La meglio gioventù, qui rassemble ses poèmes en langue frioulane, P.P. Pasolini cite les trois premiers vers de Peire. Il voulait sans doute par là se référer à la nostalgie éprouvée pour le Frioul, où il avait vécu avec sa mère, originaire de cette terre. Une terre mythifiée, devenue une sorte de paradis perdu après qu’il avait dû la quitter brutalement au début des années 1950, suite à son exclusion du PC et son interdiction d’enseigner pour cause de « mœurs dissolues ».

PPP avait fondé après la guerre avec quelques amis à Pordenone une académie de la langue frioulane (l’Academiute di lenga furlana). Il entendait rendre hommage à cette langue maternelle, parlée par des paysans, valoriser ce langage populaire contre l’italien, langue du père, langue du fascisme et de la dictature.

Il composait des vers simples, avec des mots puisés dans la vie quotidienne, prononcés par des voisins, des gens du peuple autour de lui. Par le biais de sa poésie, il transformait en mots écrits ce qui n'avait été jusque là que sons. Et, parcourant la campagne, il distinguait les différents dialectes, selon le village où ils étaient parlés.

Pasolini était un personnage complexe, aux multiples facettes (qui a eu, apparemment, bien plus d’amis et d’admirateurs après sa mort que de son vivant). Il y a le Pasolini politique, le Pasolini cinéaste, le polémiste, et même le peintre. Mais il était avant tout, je crois, un poète. Ses écrits vernaculaires le montrent à la fois tourmenté et candide, doux et violent, au cœur de ses vingt ans . Ce qui est remarquable, c’est que l’année précédant sa mort, en 1974, il avait repris certaines de ces poésies de jeunesse pour en redonner différentes versions. A lire ses variantes, on comprend à quel point la poésie est faite de travail et d'exigence.

Tiré de El testament Coràn :


Mi contenti
Ta la sera ruda di Sàbida
mi contenti di jodi la int
fór di ciasa ch’a rit ta l’aria.
Encia me cór al è di aria
e tai me vuj a rit la int
e tai me ris a è lus di Sàbida.
Zòvin, i mi contenti dal Sàbida,
puòr, i mi contenti da la int,
vif, i mi contenti da l’aria.
I soj usàt al mal dal Sàbida

Je me contente
Dans le soir dépouillé du samedi
Je me contente de regarder les gens
Qui rient dans l’air devant leurs maisons.
Mon cœur aussi est fait d’air
Et dans mes yeux il y a le rire des gens
Et dans mes boucles il y a la lumière du samedi.
Jeune, je me contente du samedi,
Pauvre, je me contente de ces gens,
Vivant, je me contente de cet air.
Je suis habitué à la souffrance du samedi. (trad. libre)


**Site : http://trobadors.free.fr/ traduction de Denis Vanderhaeghe / n’étant pas une spécialiste de la littérature médiévale, je ne saurais dire si cette version est la plus adéquate, mais elle m’a paru la plus harmonieuse à lire.


27 janv. 2017

Vivre : la traversée de l'hiver / 2




Cet hiver n’a pas commencé en hiver. 

C’est un jour d’avril, il y aura bientôt deux ans, que j’ai trouvé le message de ma sœur, envoyé depuis les urgences. Quelque chose s’était sérieusement déréglé dans le corps et dans l’esprit de notre mère. Elle est restée plusieurs semaines à l’hôpital, un hôpital immonde, perdu dans la campagne, aux lourdes portes fermées, où les yeux figés des pensionnaires semblaient remplis de terreur ou de menace. Qu’a-t-elle pu vivre qui ait rompu l’équilibre précaire de sa vieillesse plaintive ? J’essaie encore de me l’expliquer. J’imagine qu’il s’agissait d’une sorte de burn out gériatrique. Je visualise un pétage de plomb dans un cerveau déjà fragilisé.

Parmi les choses fondamentales que l’on ne nous apprend pas et qu’on doit acquérir sur le tas : être parents et devenir les parents de nos parents.
Et ces deux exigences de détachement (accompagner vers l’autonomie et accompagner dans la perte inéluctable) peuvent être terribles. Simplement : terribles. Sauf que sur le chemin de l’autonomie, on a l’espoir de s’engager vers la sortie du tunnel, tandis qu’en fin de parcours il semble qu’on s’enfonce, lentement, à tâtons, dans le noir.


Les lundis soir, immanquablement, j’échoue essoufflée, démoralisée sur le quai numéro trois. Un vrai Picasso période bleue qui ne demande qu’une chose : fuir vers cet endroit limpide où les oiseaux sont heureux. Où il est possible de reprendre souffle pour assurer la suite.

26 janv. 2017

Vivre : je grippe, tu grippes, il...




Il y a les jours bleus, qui deviennent de plus en plus sombres.
On éternue. On tousse.
Puis il y a les jours gris, de plus en plus gris.
Anthracite jusqu’à devenir noirs.
On frissonne. On se met au lit.
A la fenêtre, on voit par intermittences le ciel qui compatit.
Pour finir, un jour, on décide que quelle que soit la couleur, on se lèvera.
Dans le miroir, on contemple le désastre : teint blafard, cernes impitoyables, mine défaite.
On tient quand même bon et on se décide à partir nager.

Et on commence à émerger. 

25 janv. 2017

Ecouter : *la liberté ne se gagne pas sur les autres, elle se gagne sur sa vie*


Grand froid

Médecin-explorateur, passionné de montagne et de navigation, défenseur obstiné des droits de notre planète, Jean-Louis Etienne est l'invité de l'émission A voix nue  toute cette semaine.
Ce qui frappe dans sa trajectoire, ce sont les diverses difficultés qu'il a eu à franchir. Issu d'un milieu très modeste, dyslexique, timide, il est parvenu à écouter ses rêves et à les réaliser l'un après l'autre. A l'écouter, ça paraît assez simple : le propre des obstacles n'est pas d'empêcher, mais de stimuler les réponses pour les surmonter.
Lui qui a commencé par faire une formation technique avant de se diriger vers la médecine, parle des instituteurs qui avaient de l'ambition pour leurs élèves, qui allaient "chercher en eux quelque chose les poussant à se dépasser".(Ah l'importance des attentes et des  regards sur une personne!)
"La pédagogie, c'est donner à l'autre l'envie. Avec l'envie, on va loin."
Il ajoute : "Les enseignants devraient faire au moins une année de théâtre". "La passion, c'est comme le feu, si on n'y met pas des bûches, ça s'arrête. La voie du rêve n'est pas forcément la plus simple."
Géniale, cette voix claire, enthousiaste, motivée. Une voix stimulante comme un bon froid d'hiver.