30 nov. 2022

Vivre : la vie devant soi

 
 
 Double igloo de Porto (1998) / Mario Merz / Cour d'honneur / Venaria Reale / Turin
 
Certains se plaignent de l'ennui qui se présente à eux
- tant de propos, de gens, de sujets assommants... -
ils oublient que la plupart du temps l'ennui est un produit du dedans. 
  

29 nov. 2022

Vivre : il fait soleil dès le matin

 
 
Le silence uni de l'hiver
est remplacé dans l'air
par un silence à ramage ;
chaque voix qui accourt
y ajoute un contour,
y parfait une image.
Et tout cela n'est que le fond
de ce qui serait l'action
de notre cœur qui surpasse
le multiple dessin
de ce silence plein
d'inexprimable audace.


Des biches à nos fenêtres quêtant de quoi déjeuner, 
des corbeaux sur la terrasse semblant nous interroger, 
le Jura en traits surlignés : l'hiver a pris ses nouveaux quartiers. 
Et Rilke, naturellement, Rilke.
 
Vergers / poèmes en français / n°47

28 nov. 2022

Regarder : le vaste monde de Constable

 
 
Il disait : Le monde est vaste; il n'y a pas deux jours pareils, ni même deux heures.
(il n'a jamais vraiment quitté l'endroit où il est né, et, s'il lui est arrivé de faire une incursion
dans la région des Lacs, au Nord-Ouest de l'Angleterre, il n'y a pas réalisé de peinture : cela l'angoissait)
Dans ses tableaux, il s'agit de se pencher, pour parvenir à observer, 
trouver tous les détails qu'il s'est appliqué à dessiner.
 
Fen Lane / East Bergholt / 1817
 
 
Il disait :  Le ciel est ´source de lumière' dans la Nature et gouverne toute chose.
Sa peinture, au premier regard, peut paraître classique, une brin convenue, presque ennuyeuse.
On serait tenté de lui préférer son contemporain Turner, capable d'excès et de grandes envolées,
 tellement plus audacieux, plus moderne, mais...
 
 Étude de nuages / 1822

La mer près de Brighton / 1826 / Tate / UK
 
Il faisait siens ces propos de son collègue Benjamin West : Souvenez-vous, monsieur, que les lumières et les ombres ne sont jamais immobiles. 
 
Amoureux de la nature (une nature accueillante et bienveillante, éloignée des grands effets du "sublime"), il peignait en plein air. On peut le définir comme un peintre romantique, ou affirmer qu'il est un précurseur des Impressionnistes. On peut. Mais on est aussi libre, sans l'étiqueter, de prêter à ses toiles toute l'attention qu'elles méritent, de porter son regard sur les mille finesses qui constituent l'ensemble de ses toiles. Ainsi, cette vue de Brighton :
 
 Chain Pier / Brighton / 1826-27 / Tate / UK / 1270 × 1829 mm
 
 


Plus on s'approche et plus on y distingue des choses. C'est fascinant. Tout un univers s'ouvre à nous. Constable nous apprend qu'il n'y a rien de banal, que tout mérite qu'on s'attache à scruter. 
 
Certains peintres font des recherches à l'horizontale, explorent, changent, évoluent. Certains autres, creusent, reviennent sur le motif, trouvent toujours matière à expérimenter, à revoir, à percevoir encore et encore cent raisons de s'extasier. 
 
 John Constable. Paesaggi dell'anima, Venaria Reale, Torino, jusqu'au 5 février 2023.
 

27 nov. 2022

Vivre : noir et blanc

 
 
Tandis que je parcourais les vastes couloirs désertés, je me rappelai soudain qu'on était le Black Friday, lequel serait suivi par le Black Saturday, tous deux faisant partie de la Black Week, et songeant à tant de noirceur annoncée, je profitai de la lumière et de l'espace qui m'étaient proposés.

26 nov. 2022

Vivre : l'attente


 

Pas fan de Noël, absolument pas. Je n'aime ni les magasins bondés, ni les cadeaux trop vite et trop mal castés, ni les dépenses inconsidérées (ces festivités à la chaîne tellement anticipées, qu'on finit par s'en lasser avant de les avoir savourées). Ni les familles tout sourires qui font tout bien dans la tradition (images d’Épinal, dinde aux marrons, bûche et enfants blonds), ni le fait que des tas de gens vont se sentir exclus (qui vont penser à tout ce qu'ils n'ont jamais eu ou à ce qu'ils n'auront plus). Quant au sens profond de la Fête, cet espoir de renaissance qu'on nous refourgue chaque année, il sent de plus en plus le réchauffé.

Pas fan de Noël, mais l'idée que ce sera juste dans un mois me met dans un étrange état. C'est peut-être une piqûre de rappel, l'enfance qui remonte par bribes et se réveille. C'est peut-être la nuit qui tombe beaucoup trop vite sur un trop-plein de lumières. C'est un bizarre magma :  une douleur lancinante rappelant les hivers d'autrefois, l'illusion qui pulse au risque d'être déçue, le rappel d'un bonheur perdu. C'est ce temps suspendu, c'est une pause attendue, l'audace d'espérer quelque chose de fou, c'est la possibilité d'un rêve. Oui, c'est peut-être simplement cela : le symbole du Père Noël quand on s'aperçoit qu'on n'a jamais cessé d'y croire, dur comme fer, qu'on veut lui écrire et que cette année encore on scrutera le ciel pour ne pas le manquer quand il se présentera.

25 nov. 2022

Vivre : stress de novembre

 
 Fabienne Verdier / Les énergies blanches / Nuit fluide / 2018

Petite entaille au pouce en ouvrant l'emballage de café. Trébuchement sur un vêtement mal rangé. Branches hostiles dans la forêt. Oubli du sel dans la brioche beurrée. Ces petits riens, ces trois fois rien sont des messagers. Le corps et les choses viennent nous parler : recentre-toi, apaise-toi, prends le temps d'être là, dans ta vie et de regarder le ciel qui flamboie.

24 nov. 2022

Vivre : yoga matinal

 

Le Jura étire ses bancs au réveil  
ne manque jamais de saluer le soleil