31 juil. 2023

Vivre : plus haut, plus bas

 
 Façade de l'église de San Pietro / Cherasco
 

Comparaison n'est pas raison, oh non.
Oui à l'admiration, surtout si elle mène à l'inspiration. 
Oui à une salutaire attention, voire à une belle compassion.
Mais, décidément, comparons avec modération.




27 juil. 2023

Vivre : contretemps

 

 
"Ce sont des choses qui arrivent" a dit la femme, 
et dans un monde où tout devait être maîtrisé, 
refusant le moindre grain de sable dans le moindre rouage, 
cette phrase fut le sésame permettant de tout apaiser.


26 juil. 2023

Vivre : un trésor à ma portée

 

Ainsi donc, selon la légende, il y aurait un trésor au pied de l'arc-en-ciel... 
rassurée, enchantée, je vais le laisser là où il est. Nul besoin de de me déplacer,
nul besoin de m'en emparer. Il me suffit de le savoir là, si près...

25 juil. 2023

Regarder : adolescences

 
 
 Les pécheurs de Capri / 1881 / Edmond de Pury / MahN / Neuchâtel
 
L'autre jour, suis arrivée dans une salle où se trouvaient sur la même paroi douze adolescent.e.s en pleine santé, débordant de vitalité, qui s'élançaient sur la mer avec la même énergie qu'ils déployaient certainement à vivre. Ils se dépensaient sans compter et les voir donnait une terrible envie de les suivre (Edmond de Pury, le peintre, les avait saisis à treize ans de distance, les six premiers non loin de Naples, les six autres au large de Chioggia, près de Venise, dont on peut voir se profiler le campanile de Saint-Marc dans l'arrière-fond brumeux). Les tableaux étaient d'assez grande dimension - environ deux mètres de long - et animaient tout l'espace, à tel point qu'on n'aurait pas été vraiment étonné si les personnages avaient débarqué et sauté dans le musée.
 
La Cantilène / Edmond de Pury / 1894 / MahN
 
Quelle énergie que celle de l'adolescence! Quelle densité, quand elle peut s'exprimer en parfaite liberté! Les images portaient en elles quelque chose d'intemporel : difficile de croire qu'elles dataient d'il y a cent-trente ans. On aurait pu les croire contemporaines, un peu kitch, peut-être, surtout la seconde dont les teintes pastels rehaussaient l'aspect romantique et idyllique à souhait. Quant à la première toile, on eut dit que l'artiste avait recouru à une technique mixte huile et collage papier, à cause du traitement hyperréaliste des silhouettes aux contours accentués de blanc. 


Ces derniers jours, le courage de l'adolescence m'accapare et me fascine. Une explosion d'ardeur capable d'affronter les pires oppositions et les pires calamités, de fendre l'asphalte comme le font certaines pousses sur les trottoirs des cités. Ailleurs, en d'autres temps, d'autres adolescents privés de présent se projetaient non plus sur la mer, mais dans leurs rêves d'avenir. Loin de l'air iodé et du vent du large, une fille débordant de la même vigueur écrivait : 
[...] tu sais depuis longtemps que mon souhait le plus cher est de devenir un jour journaliste et plus tard une écrivaine célèbre. Réaliserai-je jamais ces idées (ou cette folie!) de grandeur, l'avenir nous le dira, mais jusqu'à présent je ne manque pas de sujets. Après la guerre, je veux en tout cas publier un livre intitulé L'Annexe, reste à savoir si j'y arriverai, mais mon journal pourra servir. Journal d'Anne Frank, p.290
Plus tard et bien loin de la Méditerranée, un garçon de quinze ans en chemin vers Phnom Penh envoyait des lettres sur un fin papier bleu à une blonde amie :

Quand tu seras grande... Peut-être seras-tu avocate. ça t'irait bien avec toute cette mauvaise foi quand tu perds à un jeu. Peut-être seras-tu détective ou journaliste, toi qui notes tout dans un cahier. Quand tu écouteras cette chanson, p.237

Il y a des adolescents qui ne sont "qu'une tache à effacer, un cancer à éradiquer", mais par le pouvoir de l'art et de l'écriture leur existence continue de briller dans les mémoires, dans le ciel ou dans les musées.

 
 

24 juil. 2023

Vivre : la vie sociale

 
Assomption (détail) / Maestro di San Martino Alfieri / Palazzo Mazzetti /Asti
 
 
Les gens, tous les gens.
Chacun ses problèmes. 
Chacun ses écrans.

23 juil. 2023

Vivre : au ralenti

 
Sur la plage de Viareggio / 1906 / Philippe Klein / Niedersächsisches Landesrmuseum Hannover
 
Dans la torpeur de cet été, il y a des lenteurs et des langueurs, un fort sentiment de vacance, des choses qu'on préfère garder à distance, des envies de départs sans cesse reportées, des nouvelles qu'on préfèrerait laisser de côté, des baignades de rigueur, des bouteilles sublimes qu'on choisit au coup de cœur, de longues plages de lecture, et le chien qui va qui vient qui revient en pleine lumière qui s'allonge sur les lattes bouillantes... qui finit par aller s'affaler dans l'ombre fraîche du cellier... pour mieux remonter, se mettre à laper et recommencer sa ronde. On jurerait qu'il tient à veiller sur la maison le temps que des heures plus raisonnables veuillent bien s'annoncer. 
Tapie dans l'ombre, on lève la tête et on médite sur toutes sortes de réclusions, sur le passé qui ne reviendra pas, sur ce qui fut, ce qu'on n'a pas, ce qu'on aurait pu si seulement on avait su. On se sent très proche de cette petite Anne de quatorze ans, on la comprend tellement, on la rejoint dans son enfermement. On suit ses mots tandis qu'elle remplit vaillamment ses pages. On est avec elle. On fait corps avec ses tracés. Sauf que nous, on connaît déjà la fin du cahier.



22 juil. 2023

Regarder / Lire / Voir : un monde à soi

 
Les deux frères (détail) / Pablo Picasso /Kunstmuseum / Bâle
 
Il y a des œuvres pour lesquelles j'éprouve une réelle affection (ou alors pour les personnages qu'elles abritent). Je revois un film (ou bien je relis je revisite). Et à chaque fois, c'est comme si je retrouvais des amis. Je me réjouis. Je sais que je me sentirai consolée, comprise. Les œuvres le savent et attendent, paisiblement, leur tour ...sur les étagères ou les parois des musées.