Laisser partir
Laisser les choses se défaire qui n'ont plus raison d'être
Laisser finir ce qui doit disparaître et enfin laisser naître
L'avenir
La plupart des acteurs qui "percent" n'y résistent pas. Ils pénètrent dans l'Olympe, ils prennent place au rang des demi-dieux, ils croient eux-mêmes aux mythes qui les déifient et qu'ils alimentent, qu'ils reconduisent par le spectacle de leur vie publicitaire.Ces idoles - je hais la chose et le mot - peuvent-elles susciter autre chose que des rêves de pacotille, des songes creux, désirs de luxe, d'ostentation, de vanité, de fric, qui intoxique les jeunes esprits bien plus clairement que toutes les drogues.Le voilà, le véritable opium qui détourne les énergies de la voie créatrice, qui assèche les cœurs, qui mobilise les forces vivantes vers l'objectif mesquin et négatif de la "réussite individuelle".Je crois qu'il est beaucoup plus important, pour celui qui est acteur, de devenir un homme véritablement, d'apprendre dans la simplicité de la vie quotidienne à communiquer avec ses frères, d'aider par son travail à mettre en lumière la part du monde qui est vérité et non celle qui est toc, préfabriquée, illusion.
L'acteur est le représentant de l'inconscient collectif. Son travail permet à chacun de prendre conscience de son bonheur ou de son malheur, de tenter de perpétuer l'un ou de faire cesser l'autre pour retrouver le sentier de la joie. L'acteur peut être l'étincelle qui donne naissance à un foyer où chacun pourra puiser un peu de chaleur ou d'énergie pour continuer son voyage.
Je pense que l'art doit être au service du peuple et c'est pourquoi il me semble qu'il est inconciliable avec le statut de l'idole, qui est au-dessus du peuple, qui le domine et qui l'humilie, qui se fait servir par lui.Je vois l'artiste comme un ouvrier parmi les autres. Il doit accomplir sa tâche quotidienne de représenter les joies et les souffrances avec sérieux et humilité. Il doit aussi ne pas cesser de chercher, de développer son expérience et ses connaissances et ne pas s'arrêter surtout aux buts et aux moyens que lui donnent le système. S'arrêter, c'est mourir.
Depuis que je suis ici, j'ai lu Battling, le ténébreux, d'Alexandre Vialatte et La Grande Peur dans la montagne de Charles-Ferdinand Ramuz. La bibliothécaire les a choisis pour moi; elle savait déjà que nous allions quitter le bourg. Je ne le lui avais pas dit, et Laurent non plus; nous ne parlons que des livres; elle est très timide. Mais ici, les gens racontent tout. Elle m'a dit : " Ce sont des livres à lire sur une île." Elle a raison. [p.17]
L'après-midi, Marlène marchait. Elle remontait le cours de la rivière; elle allait au long des plateaux d'herbe rase. Cette marche hors les routes, hors les sentiers par tous les temps, pour rien, sans fusil, sans chien, seule, suffisait à la signaler à l'attention de tous, à l'isoler; plus encore que le reste, que l'extrême pâleur de la peau, le noir des vêtements, l'exubérance des cheveux fauve, l'appartenance à un lointain pays de bord de mer, et ma dévotion. [p.57]
J'ai quitté la maison. Je n'aurais pas pu sans elle. Je n'y suis retourné qu'une fois. Il ne reste rien. Les choses, les objets sont partis. Nous en avions peu, elle et moi. Elle n'accumulait rien. Elle n'avait pas ces désirs. La maison était vide, mais la lumière était là, et le silence aussi, et la grande vue sur les pays tondus, à bout de ciel. On ne peut rien contre ça. J'ai pleuré. Je n'y retournerai pas. [p.15]
L'épicière, les uns, les autres, les gens; ils parlent, faute de savoir. On ne l'aime pas ici, surtout les femmes. [p.114]