31 août 2026

Vivre : Still life / 203

 

 
Ce matin, le chien souffrant m'a tirée du lit à potron-minet. Je me suis habillée vite fait pour me rendre compte, une fois dans la forêt, que j'avais enfilé mon chemisier à l'envers. En fait, il a été si bien cousu à l'anglaise que le travail ne se voyait pas. Toutes les coutures étaient enfermées dans un repli très propre. Je suis partie ensuite à la piscine dans cette version en remerciant mentalement l'ouvrière qui avait accompli - mais où donc ? - un si beau travail.
Devant les grilles qui s'ouvraient, j'ai eu une petite pensée pour mon habillement estival : les neuf dixièmes du temps c'est peu dire que je m'habille de manière décontractée. Tout est usé et ne doit répondre qu'à un critère : la praticité. Vieilles sandales en cuir, larges pantalons en jeans ou en viscose, hauts s'enfilant aisément sur une peau mouillée. Même si l'ensemble peut refléter une certaine élégance, tout doit être en mesure d'être perdu ou volé sans générer de tracas. J'ai regardé mes co-nageurs qui arrivaient.
Tout le monde avait adopté le même dress code : le seul but étant d'ôter ses vêtements et de les remettre en un temps éclair, ils semblaient tous être sortis d'un vestiaire Emmaüs. Les plus désinvoltes, habitants du quartier, arrivaient même en maillot, sans linge, pieds nus comptant sur quelques rayons de soleil pour se sécher. Les plus prudents avaient emporté un couvre-chef ou un porte-clef contenant de quoi se payer un café. La plupart affichaient des teintes passées, des cuirs tannés, des paréos effilochés. 
J'adore cet endroit où les différences de classe s'effacent. Les marqueurs bien sûr existent, mais ils se révèlent ailleurs : à un maintien, une allure, un port de tête. Les corps parlent et même si les silhouettes des nageurs sont toutes musclées, il y en a qui savent raconter certaines épreuves, certains gestes, certaines tâches accomplies au fil des années. On n'est pas mince de la même manière quand on a passé sa vie à donner des ordres ou à les exécuter. 
Sur ces considérations, je me suis hâtée vers les bassins. J'ai ôté prestement mon haut devenu réversible et j'ai plongé avec délice. 
 

30 août 2026

Vivre : évasions

 
Le pêcheurs de Capri / Edmond de Pury / MAHN / Neuchâtel
 

Ah! Luxe incomparable des journées sans programme - aucun programme - en totale liberté. Ce qui est fascinant, en les vivant, c'est de constater leur entière autonomie : elles n'ont besoin d'aucune impulsion extérieure pour se dérouler. Les balades se font, les micro conversations dues à des micro rencontres surviennent, qui conduiront parfois à méditer. Les courses en magasin s'effectuent, qui porteront à choisir un fruit encore jamais goûté, une recette pour le déjeuner à laquelle on ne s'était encore jamais essayée. Le chien que les multiples orages ont terrorisé ne nous  lâche pas d'un coussinet tant il est apeuré et demande à être consolé. L'émission qu'on écoute - intensément, passionnément - nous conduit, par la succession des diffusions, à redécouvrir un artiste négligé depuis quelques années, et ainsi de suite. 
Ces journées sans programme se révèlent  d'une totale banalité, et c'est précisément leur banalité qui en fait tout le charme. Personne pour nous dire quoi faire, quoi penser, quoi posséder. Personne pour nous tendre le miroir du "pas assez" et personne à qui les raconter. Juste une envie de bonheur tranquille à satiété. Suffisamment de temps, suffisamment d'argent, suffisamment de lucidité pour savoir gré et, dans la gratitude, ressentir avec la nature un bonheur partagé.  Ah! Ce goût d'enfance retrouvée...
 

29 août 2026

Vivre : ô temps pour moi

 
Soir antique / 1908 / Alphonse Osbert / MCBA / Lausanne
 
 
les temps morts : en réalité des temps tout ce qu'il y a de plus vivants, puisque 
c'est dans les temps dits morts que les idées émergent, que les projets se font jour. 
 

28 août 2026

Vivre : à contre-courant

 

 
Fin août : tandis que certains reprennent le collier, moi je ne songe qu'à m'en défaire. 
L'automne est un appel à dénouer, un fermoir à ouvrir, un horizon à conquérir.
 

27 août 2026

Vivre : perds ce que tu as retrouvé

 

 
Transition à la fois chagrine et suave que celle menant à l'automne, secouée de sanglots et apportant son lot de douceurs. Étrange passage que celui d'une fin d'été, tunnel secoué de deuils : comment accepter de perdre tant de moments aimés ? comment ne pas se reprocher de n'avoir pas su assez en profiter? Feuille parmi les  feuilles on se laisse porter le long de la rivière. On regarde avec tendresse les moineaux, les libellules, les berges peu à peu désertées et qu'on devra bientôt abandonner, l'eau soudain devenue fraîche qui nous avait tant bercés et soudain on ressent ces inexplicables larmes en travers du gosier. 
L'automne est depuis longtemps notre saison préférée. On aime ses promesses, ses découvertes, ses apaisements,  ses énergies récupérées. On apprécie ses matins frissonnants, ses époustouflantes soirées et toutes ses générosités. On s'émeut au souvenir de tous les automnes passés. 
Alors on s'engouffre dans le tunnel, on entre dans la ronde, on pleure et on sourit, on perd et on retrouve. On sait qu'au bout de la traversée il y aura toujours quelque chose à glaner. 
  

26 août 2026

Vivre : people pleasing

 
Portrait de femme en robe rouge / Bernardino Zaganelli di Corignola / Coll. Princes du Liechtenstein
 
 
Combien nous coûte le besoin irrépressible d'être approuvé ? 
 

25 août 2026

Vivre : d'actions en actions

 
Le Massacre des Innocents (détail) / Matteo di Giovanni / S.Maria della Scala / Sienne
 
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Pourquoi raboter sur l'essentiel pour se doter de tant d'accessoire(s) ? Devons-nous vraiment vivre aux dépens des producteurs, des agriculteurs, des travailleurs ? Voulons-nous vraiment le moindre et non le juste prix ? Cette vie au(x) rabais, l'avons-nous vraiment choisie ?