dimanche 6 février 2022

Voyager : suivre Corto

 
Hugo Pratt / Fable de  Venise / p.36
 
Ces derniers jours, le temps a oscillé entre bourrasques et éclaircies. Il a fallu aller en urgence renouveler le stock de graines après avoir vu les yeux quémandeurs des merles passer et repasser devant les vitrages. Puis, on a dû dans une même urgence sauver quelques lombrics qui commençaient de se dessécher au soleil sur les chemins où claquaient nos bottes enfiévrées. Un air doux et sucré nous remontait du Sud certaines après-midis, tandis qu'une bise féroce soufflait sans relâche dès le lendemain dans la nuit. 
Comment appeler cette saison qui n'a d'hivernal que le nom, qui ne fait que jouer au métronome et se rit de nos émotions autant que de nos ressentis ? Ce n'est plus l'hiver, non, et ce n'est pas le printemps (une primevère, pas plus qu'un brin de forsythia, ne peut faire le printemps). C'est la saison yoyo qui nous laisse alanguis et nous fouette les sangs dans un même mouvement, qui nous oblige à changer notre habillement et à nous vêtir en pelures d'oignons. Qui nous insuffle dans les veines des désirs de départs et ramène ces désirs vers d'autres recommencements.
Au bord de l'Adriatique, où soufflent toutes sortes de tendres réminiscences, les écarts sont moins grands. Au bord de l'Adriatique, on peut se croire à l'abri de tous ces excès et débordements. Dès lors, on ressent un besoin impérieux de prendre le large. Il est temps d'entrer dans une autre histoire dans un autre endroit. Et ce n'est pas Corto, qu'on croisera peut-être là-bas, qui nous contredira.

2 commentaires:

  1. Tiens ton joli texte me donnes l'idée de ressortir mes bons vieux Corto Maltese qui doivent être au fond d'un carton dans le garage…
    et aussi d'acheter les derniers ! Ce sera un coup de jeunesse printanière dans ma vie ! À défaut de possibilité d'une croisière sur l'Adriatique…

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    1. Les croisières sur l'Adriatique étant passablement ralenties relire quelques bons vieux Corto Maltese semble une riche idée. J'ai toujours aimé et beaucoup offert "Fable à Venise", où H.P. parle de son enfance, de sa grand-mère, du ghetto avant la guerre, avant de plonger dans une histoire rocambolesque. Beau dimanche (ici, bien givré).

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