dimanche 8 mars 2026

Vivre : des champignons et des hommes

 
 
paysage des Langhe
 
On trouve désormais du « brie fourré saveur truffe » chez Lidl, de la mayonnaise à la truffe chez Monoprix, et des gougères à la truffe blanche chez Leclerc. Il n’y a que la truffe qui ne soit pas à la truffe, puisque l’invasion est surtout celle de la « saveur truffe », voire, pire, de l’« aromatisé à la truffe ». Dans le cycle de vie du luxe – rare, envié, copié, saturé, ringardisé –, que le saumon fumé a déjà connu, le « à la truffe » entame sa grande glissade et c’est la revanche des anti-truffe, désormais autorisés à dénoncer sa saveur qui écrase tout.
 
Il y a vingt ans, un jour dans les Langhe, notre voisin agriculteur qui aimait partir à l'automne sillonner la campagne avec le petit roquet qu'il avait patiemment dressé, a sonné chez nous  pour nous inviter au restaurant. Il tenait dans une boîte Tupperware quelques cailloux blanchâtres à l'odeur entêtante qu'il nous a présentés fièrement. Nous avons ce soir-là mangé l'intégralité d'un simple (et délicieux) repas piémontais sur lequel le gérant râpait généreusement les fameux champignons. Nous avons tout dégusté et chaudement remercié le voisin pour sa générosité. Je crois que ce soir-là j'ai avalé assez de truffe pour des décennies.
Je n'aime pas trop cet Tuber magnatum. C'est un peu comme le choux de Bruxelles ou le vin jaune, si je dois, je ne refuse pas, mais je ne vais pas m'empresser d'en demander. Quand j'ai parcouru hier l'article du Monde sur l'omniprésence de la truffe dans l'alimentation, ingrédient luxueux dont l'invasion vire à la saturation, je me suis sentie moins seule. Je dois dire que la déferlante de truffes qu'on trouve dans le commerce me stupéfie (y a-t-il vraiment dans nos sols autant de truffes que cela ? ). De  plus, le cérémonial que font certains dans les restaurants aurait tendance à me faire rigoler : arrivée du serveur avec trois cailloux sur un plateau de cristal, une précieuse balance pour mesurer au plus juste le gramme acheté, regards silencieux et scrutateurs de la tablée, des paroissiens à l'heure de la communion ne seraient pas plus concentrés. 
Dans ces  moments, je me demande : Qu'est-ce qui se cache donc derrière l'effet "truffe" de notre alimentation ? Quels besoins est donc censé assouvir ce malheureux champignon ? La chronique (savoureuse) de Guillemette Faure aide à répondre à la question.
 

 

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