31 oct. 2026

Vivre / Ecouter : être, simplement être

 
Arlequin au loup / Pablo Picasso / 1918 / collection Rudolf Staechelin
 
Certaines interviews nous renvoient à notre façon de vivre. Dans Rien ne s'oppose à la nuit l'autre soir. Laurent Stocker évoquait son métier et les différentes collaborations qu'il a connues. Certaines ne se sont pas bien passées, par exemple avec Jacques Lassalle.  L'acteur de la Comédie française en tire ces réflexions :
 
On ne se sentait pas, avec Jacques. Bizarrement, quelques mois avant sa mort, on s'était croisés à la cafétéria, et on avait beaucoup parlé. On s'était un peu "rabibochés" entre guillemets. Mais ça fait aussi partie du métier. On est dans des métiers où il faut être entiers. Il y a des gens avec qui on ne s'entend pas, on ne s'entend pas et c'est pas grave. Il y a des gens avec qui on s'entend. Il y a des gens avec qui on s'entend très bien. Et il y a des gens avec qui il y a une fraternité, une osmose totale, un amour presque. Eh bien, c'est comme ça. La vie est comme ça. Il n'y a pas de raison de faire des concessions sous prétexte qu'on fait une  mise en scène avec quelqu'un. Si ça se passe mal, ça se passe mal, et on en parle. Ou pas, et puis on ne travaille pas ensemble. Mais c'est pas grave. 
 
On pourrait dire que cette vision porte plus loin que la simple collaboration dans le domaine du théâtre, ou du milieu professionnel, mais qu'elle peut englober la vie sociale en général. Pourquoi devrait-on toujours se tortiller comme un bretzel ? Pourquoi la conduite "normale" ou "souhaitable" devrait-elle être celle du compromis et de l'entente à tout prix ? Pourquoi devrions-nous tous être formatés à bien s'entendre quelle que soit la situation et le sujet ? Pourquoi les fades et les aplatis devraient-ils être applaudis ? Au nom de quelle affligeante normalisation des personnes et de la vie ? Pourquoi ne pourrait-on être libre, s'il n'y a aucun désir de se nuire ?
 
 
 

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