14 sept. 2017

Vivre : still life / 30




Une dernière fleur de courgette.
Le lac de plus en plus hérissé.
Les premières bougies allumées.
Des châtaignes pour décorer.
Au matin, les pneus qui émettent un son mouillé.
Au soir, la main qui se tend vers un gilet.
Le soleil qui se fait désirer.
Le vent qui ne cesse d'insister.
L’automne est arrivé.


13 sept. 2017

Vivre : le prix à payer


Bale / Croatie



Entrer dans l’automne est toujours un arrachement:
Il y a les grilles définitivement closes, des silences, des absences.
Il y a d'autres cadences, de nouvelles mélodies.
Etre réveillée par la pluie.
Ressentir de manière aiguë le temps qui fuit.
Etre submergée par des pensées douces-amères.
Renoncer à toutes les chemises légères.
Oui, c'est  le chemin de la dépossession et du frisson
qui mène à la saison que je préfère.



12 sept. 2017

Vivre : quelque chose de plus grand


Sur le ferry / 2016


Tandis que l’auto avance en lacets à travers les douces collines,
et que la conversation suit ces méandres,
je ressens au détour d'une phrase la morsure soudaine d'un mécontentement.
Morsure soudaine et irrationnelle. 

Misérable, mordue, penaude, je déglutis :
N'existerait-il pas quelque chose de plus grand?
Plus grand que les calculs sur les divers avantages et inconvénients.
Plus grand que la pluie et ses effets agaçants,
Plus grand que les perfidies, que les propos rapportés,
Plus grand que les contrariétés mille fois ruminées,
Plus grand que les taux de conversion et que les experts importants.
Simplement, quelque chose de plus grand.
Quelque chose qui s'élève, qui s’envole,
qui en appelle au vol d’une coccinelle, ou d’un goéland,
aux grands nuages rouge sang, aux étoiles jazzy pleuvant sur les passants.

Hors du cadre affligeant de nos petits soucis plombants ?

11 sept. 2017

Habiter :le renouveau


La maison de la grand-mère / Croatie

Ôter, enlever, dégager.
Faire table rase. Faire le vide.
Eprouver le sentiment du vide.
Le vide comme une douleur.
Comme une absence.
Ou comme une délivrance.
Expérimenter pleinement ce vide.
Passage obligé pour pouvoir recommencer.


10 sept. 2017

Vivre : la seule façon de vivre


La laitière (détail) / J. Vermeer / Rijksmuseum / Amsterdam


Chaque samedi sous les arcades, il y a toujours attroupement à son étal.
Ce maraîcher avenant, qui rajoute toujours un oignon, une tomate,
qui arrondit toujours vers le bas,
qui évalue toujours à votre avantage,
attire les clients.
Ils n’ont certainement pas besoin qu’on leur fasse de cadeaux.
(qu’est-ce qu’une carotte pourrait bien changer à la vie de ces gens bien mis?)
Ils viennent à lui, je crois, pour cette générosité pleine, entière,
pour cette absence totale de parcimonie.
Il donne allègrement, ils prennent joyeusement.
Et le plus curieux c’est que probablement il en sort gagnant :
Il vend trois fois plus que ses concurrents crispés sur les dix centimes manquants. 

9 sept. 2017

Vivre : regard du débutant


Une rue de Florence / décembre 2015


A me pencher à la fenêtre
A le voir arriver de son pas confiant
Prendre la mesure d'un trésor immense.
Sans défection. Sans érosion.
Le baiser attendu se renouvelle.
Nous débutons éternellement. 

8 sept. 2017

Vivre : la traversée de l'hiver / 12


Visitation / Mariotto Albertinelli / Offices / Florence

Il divaguait. Il devenait incontinent. Il ne comprenait plus son propre travail. L’identité de ses amis devenait de plus en plus vague.Je chérissais le temps que nous passions ensemble, peu importe ce qu’il advenait  quand le rideau tombait sur sa mémoire, sur l’endroit où il se trouvait et ce qui lui arrivait. Nous restions ainsi ensemble en nous tenant par la main, parfois des heures durant. Il pouvait rester ainsi très longtemps. C’était comme si nous méditions. Il était présent à sa façon et moi à la mienne. Et, surtout, nous étions ensemble. Le temps que nous passions tous les deux était précieux, douloureux, exaspérant. 
[Jon Kabat-Zinn, L’éveil des sens, p.281]

Oui, c’est exactement ça : mes lundis sont précieux, douloureux, exaspérants. Quand nous sommes ensemble, face à face, ces trois adjectifs se déroulent et tapissent toute la réalité. La rareté, la douleur et la crispation de ces moments s'imposent incessamment.