7 avr. 2022

Regarder : colors

 

 

Parfois, ici, on aime se faire un petit Warhol.
On trouve des copies, on cherche l'original.




6 avr. 2022

Vivre : affinités

 
Le couronnement de la Vierge (détail) / Puccio di Simone / Musée du Petit-Palais / Avignon
 
 La véritable rencontre : se trouver des lieux communs qui ne le sont justement pas 
 

5 avr. 2022

Voir : transferts et addictions

 
Femme au miroir / Pablo Picasso / Granet XX / Aix-en-Pce
 
Ça y est. On recommence. On est repartis pour quelques séances. On est prêts à s'embarquer tous les soirs, mais on se limite et on s'efforce de ne pas penser à l'horrible sentiment de manque qui s'emparera de nous quand ça se terminera. Parce que fatalement, dans une dizaine de jours, ô horreur, ça va s'arrêter. Maintenant, pas question de replonger. Pas plus de trois séances par soirée. C'est la dose maximale autorisée.
Quelque chose flottait dans l'air depuis une ou deux semaines : la relecture de certains bouquins visant à l'intériorité, l'écoute en podcast de certains spécialistes de la psyché, l'émergence de quelques souvenirs qu'on croyait avoir remisés. Oui : on sentait que l'addiction maintenue en hibernation depuis janvier 2021 était toute prête à se réveiller.
En suivant - avec autant d'attention que le psy concerné, au point que parfois, quand il avance une hypothèse on y avait déjà soi-même pensé - en écoutant, on se dit qu'on accomplit un double travail. On regarde une série TV - la meilleure, la plus proche sans doute - et en même temps on se retrouve impliqué. 
On a testé la version américaine et on a failli s'endormir sur le divan. On a visionné l'israélienne, mais ça n'était pas trop notre tasse de thé, trop frontale, trop éloignée sans doute de notre manière de communiquer. On a regardé l'italienne, laquelle s'était révélée pas mal, mais un peu trop sentimentale, avec un je ne sais quoi de surjoué, on ne parvenait pas à s'identifier. Non. Cette version-ci est vraiment notre préférée, avec ses protagonistes qu'on sent véridiques. Ordinaires dans toute leur originalité.
Alors, on se réjouit tous les soirs de retrouver le Docteur Dayan, et Robin et Lydia et Inès et Alain. Sans oublier Claire, sobre accoucheuse de lumière.

Mais il n'y a pas que cela. En prêtant une oreille attentive, on éprouve quelque chose qui relève de l'empathie. Ou plutôt... rectification : il s'agit d'un phénomène plus fort que l'empathie. Certains personnages - en fait : tous, chacun à leur tour, à un moment donné - viennent nous parler de nous. Ils parlent pour nous. Analysants ou analysés, leurs mots trouvent un écho au  cœur de notre être, leurs intuitions ou leurs blessures nous rappellent celles que nous avons connues. Dans ce lien de proximité, ils disent exactement ce qu'on dirait si on se trouvait à leur place, assis en face à face, avec une personne compétente, prête à tout entendre, capable de tout comprendre et désireuse de nous faire avancer. 
Et c'est là que commence la seconde partie de cette deuxième saison : celle où l'on se retrouve soi-même sur le divan. Un divan mental, où l'on se raconte à soi-même des choses qu'on vient de comprendre. Les réminiscences, les connexions, les associations reprennent. Le travail intérieur se fait. Le puzzle est remodelé avec quelques pièces qui nous manquaient. A l'écran, quelqu'un a trouvé les mots pour nous dire et nous a en quelque sorte tirés d'une longue perplexité. Sur fond de pandémie, les masques sont en train de tomber.

C'est 80 euros, est-ce que cela vous convient ? Quand la question retentit pour le troisième fois, on éteint, on va se coucher et on est quasiment sûre que l'on s'apprête à rêver. On va faire un rêve - ou plusieurs rêves - que nous abriterons, qui résonneront en nous jusqu'aux prochaines consultations.

4 avr. 2022

Vivre : crépuscule

 

Éclats lointains, voix laborieuses, sonorités étrangères, 
zéphyrs portés par la brise du Nord, éclats encore.
Sur la route, une voiture s'envole, survol de pie qui passe, 
les ombres s'alanguissent, les tiges frémissent, les yeux caressent 
l'instant bleu, l'heure rose, la soirée qui dévale en pente douce.
Livre délaissé, aller tout doucement vers la table qu'on dresse.


3 avr. 2022

Vivre : pirouette

 

Les températures dégringolent.  Les chéneaux se figent. Les oiseaux implorent.
Verser des graines. Sortir les laines. Voir trembler la lumière. Accueillir ce rab d'hiver.

 

2 avr. 2022

Vivre : ardoise, argent, argile, ...

 
 
L'ancienne église des Célestins était si paisible. On y était si bien. En dialogue avec les pierres. Ou avec soi-même. On avançait tout prudemment, un pas devant l'autre, veillant à ne pas déranger les œuvres contemporaines qui s'y trouvaient. Des œuvres qui m'avaient laissée parfaitement insensible - il y a des moments comme ça - si insensible que je n'ai nullement tenté de les immortaliser. Je les esquivais donc, du corps et du regard, préférant m'intéresser aux multiples nuances de gris qui se révélaient dans l'espace.
 

Le gris, ce jour-là, s'était révélé ma couleur de prédilection. Que de nuances, que d'harmonie! Que d'invites à la contemplation ! A l'entrée, un homme martelait un discours désespéré devant la gardienne des lieux, une belle personne toute en subtilité. Il répétait qu'il avait été injustement traité, que la vie l'avait malmené, plus de logement, plus de famille, plus d'enfants. Il était malheureux à en crever. La femme lumineuse relançait en douceur, avec des propos encourageants, il allait s'en sortir, il allait s'en sortir, c'était certain. Les aides promises. Le printemps. Finalement, elle s'était dirigée vers la petite loge à droite de la porte, avait plongé la main dans sa besace, en avait sorti une pièce, en répétant : "Le printemps". 

 
L'homme soudain silencieux avait tendu la main, avait empoché la pièce, puis s'en était allé, rasséréné, rejoindre le printemps, justement. Et les pierres avaient continué de se montrer merveilleusement bises et d'inviter les visiteurs au recueillement.
 
 

1 avr. 2022

Vivre : l'anticipation

 
Le Calvaire (détail) / Attr. Lorenzo d'Alessandro / Musée du Petit-Palais / Avignon

Inutile de te faire tout un cinéma
Problème(s) il y aura (oh oui)
Mais jamais ceux que tu crois.