14 janv. 2023

Vivre : les yeux grand ouverts

 

Un meilleur monde est-il possible ?
La réponse portée par les ondes invitait à la présence.

13 janv. 2023

Vivre : quelque chose d'impalpable dans l'air

 

 
le corps la sent, quelles que soient les prévisions
elle adresse ses avant-courriers à nos sens éveillés
 

12 janv. 2023

Vivre : son humeur down down down

 
Portrait d'une noble dame / Lucas Cranach le Jeune / KHM / Vienne
 
Comment lui dire - et surtout lui faire comprendre - qu'on n'est pas responsable du mal que l'on nous fait - du moins presque jamais - et qu'en ressassant, en passant en revue les faits l'un après l'autre incessamment, elle faisait le jeu des paranos et des importuns ?

11 janv. 2023

Vivre : délestages culinaires

 
 Naschmarkt / Wien

Janvier : le mois des cures par excellence. Pour assainir nos possessions, quoi de mieux qu'une détoxication, comme celle que l'on prodigue à notre foie, avec bouillon de légumes, gingembre et jus de citron ? Impossible d'échapper à cette piqure de rappel, malgré tous les efforts adoptés tous les jours de l'année. Se délester est l'affaire d'une vie. Apprendre encore et encore à renoncer pour pouvoir vraiment s'engager. Le principe "pour une chose qui rentre une autre chose de même catégorie sort" est d'une simplicité édifiante. Il n'empêche qu'il faut encore et toujours élaguer.
 
A chaque exercice, et même quand il est question d'examiner un seul tiroir, je suis surprise par le travail qui se fait en parallèle devant soi et à l'intérieur de soi. Nettoyer et ranger les espaces et les produits entraîne un processus similaire au niveau des pensées, des prises de conscience et de décision.
 
L'autre jour, le programme comportait entre autres la révision des placards alimentaires et du frigidaire afin de jeter ce qui est périmé (étonnant : on a beau acheter judicieusement, rien de trop, ne pas tomber dans le piège des achats en gros, surtout ne pas céder aux appels à la surconsommation pour profiter de prétendues réductions,  il y a toujours quelques trucs qui échappent à notre attention). A la fin de l'exercice, ont fini à la poubelle : deux bocaux d'épices que je n'ai pas réussi à identifier (sûrement reçus en cadeau, ramenés d'un voyage au Maghreb par un invité, mais jamais ô grand jamais utilisés), une bouteille de vague sauce chinoise périmée depuis... 2019, un pouce de gingembre immergé parmi les oignons, deux petits restes de fromage en train de moisir depuis les Fêtes.

A relever : la rédactrice d'Apartment Therapy met en garde contre les dates de péremption qu'il s'agit de ne pas prendre au pied de la lettre, mais de considérer avec nos sens et notre bon sens. Un conseil tout à fait avisé : Une burrata à consommer avant le 3 janvier, rangée tout au fond du frigidaire, avait une délicieuse odeur une fois ouverte (vendue scellée par une fine couche hermétique sous son couvercle de plastique). Une invitation à préparer illico une pizza maison parfaitement digeste. 
 
La cure continue. Elle encourage à acheter peu à la fois, uniquement le nécessaire (je me demande parfois combien de produits stockés au début de la crise sanitaire il y a deux ans ont été réellement consommés). Examiner attentivement les actions (quel sens de se procurer des tripacks à moins 30% quand on ne nécessite qu'un unique emballage ?) Acheter bon, voire excellent, mais en se référant uniquement à ses propres besoins. Garder une visibilité continue sur ce que l'on a. C'est toujours à cette même conclusion qu'aboutissent, dans quelque domaine que ce soit, les tournées qui ouvrent l'année.


10 janv. 2023

Lire : l'impossible contrôle

 


Notre relation au temps est extrêmement complexe. On passe son temps à gagner du temps et en même temps à en manquer. La modernité se caractérise par l'accélération. Les innovations techniques ne permettent pas de dégager du temps pour les individus. Au contraire : il semble qu'en nous efforçant de gagner du temps nous nous retrouvions sans cesse perdants. L'accélération n'est pas subjective, c'est une tendance avérée, objective. Il y a l'accélération technologique, mais aussi l'accélération sociale, les changements (relationnels, technologiques, vestimentaires, ou autres) qui s'imposent de plus en plus vite (un phénomène qui se remarque évidemment davantage dans les milieux urbains que ruraux). Les rythmes se succèdent à tel point que le présent se rétrécit. Il n'y a plus de place pour le vide, ou l'ennui, tout doit être comblé.

Le paradoxe, c'est que plus on gagne du temps, et plus on a l'impression d'en manquer. Parce qu'il y a toujours plus de tâches à assumer au fur et à mesure qu'elles demandent moins de temps. Idem pour les transports : on gagne du temps, mais ce temps nous sert à faire des trajets toujours plus longs ou lointains. Cette tendance remonte, d'après Hartmut Rosa, à la fin du XVIIe siècle et s'explique par l'émergence du capitalisme moderne. Dans le capitalisme, le temps et l'argent sont liés. Il y a une course à la vitesse, pour arriver premier dans le jeu de la croissance. Autre hypothèse de H. Rosa : la perte de pouvoir des religions et de la croyance en une vie future, impliquerait que l'on doive se dépêcher de faire, de conquérir pour parvenir à un maximum d'objectifs durant la durée de notre existence. La qualité de notre vie dépend donc de la quantité de ce que nous parvenons à réaliser. Ainsi, même notre temps libre devient un bien à capitaliser pour en tirer un maximum de profit avant notre mort. Même la méditation, en tant que moment rare et précieux, doit être rentabilisée et devenir un "super" moment de détente (quand elle n'est pas utilisée pour parvenir à aller plus vite dans la vie courante). 

H.R. relève également la désynchronisation qu'il existe entre les différentes temporalités : par exemple, celle de la nature et celle de la société avec ses exigences (on abat de arbres, on puise dans les ressources de la mer plus vite que la nature ne peut le faire pour se reconstituer). Il en va de même pour le rythme des processus démocratiques et les impulsions technologiques. Les tensions entre les besoins de la démocratie et les exigences des marchés. Avec cette désynchronisation nait l'aliénation, qui nous éloigne de la "vie bonne". Le monde ne nous parle plus, il ne résonne plus en nous. L'auteur définit l'aliénation comme "une mauvaise manière d'être au monde".
 
Quant à notre société dite de consommation, on n'a même plus le temps de consommer : il nous faut obtenir un livre, un CD, parce qu'on en parle, parce qu'il le faut pour être dans la tendance, mais les lire, les écouter, ça prend du temps que l'on n'a pas. Donc : on stocke, on thésaurise sur sa PAL/PAE. On n'a plus le temps de s'approprier ses possessions, pas plus qu'on n'a le temps de s'approprier les relations.
 
Tout est optimisé et contrôlé : le nombre de pas journaliers, le poids, la TA. Tout doit être accessible (la terre et l'espace compris). Tout doit être maîtrisé. On pense avoir sous notre contrôle nos relations, nos amis joignables même à grande distance, la température de notre logement, nos paiements, mais il suffit que le système informatique tombe en panne et... on ne domine plus rien. Récemment, le Covid nous a montré que la nature n'était pas aussi maîtrisable que nous le pensions. La résonance, c'est un peu comme l'endormissement, plus on cherche à l'attraper et plus elle nous échappe. On peut acheter un safari, un voyage, mais pas un lien avec un lion. La résonance est un lien qui s'établit entre une question et une réponse. Les moments où nous avons été le plus heureux, qui ont le plus compté pour nous sont ceux où les choses n'étaient pas sous notre contrôle : le fait de tomber amoureux, la surprise de voir la neige qui tombe, etc etc. 
 
Hartmut Rosa est un philosophe et sociologue dont la pensée permet de mieux saisir les déraillements de notre époque. A l'appui de sa thèse fouillée (qui pourrait être indigeste au vu de ses quelques 700 pages) il fait appel à des philosophes, des poètes, des musiciens et cela apporte une dimension profondément humaniste à sa démarche analytique.
 

9 janv. 2023

Vivre : notes variables

 

 
Il racontait ce rêve dans lequel deux amis musiciens avaient publié quatre livres à succès.
En haut de la pile, avec un piano en guise d'illustration, ce titre : Bas de gamme.
 
 

8 janv. 2023

Vivre : éloge de l'innocence

 
Madonna con bambino e san Giovannino (dett.) / Marco Palmezzano / Musei civici / Padova
 
Étonnant comme la candeur peut protéger. Infiniment mieux que n'importe quelle stratégie ou bastion fortifié.