7 mai 2023

Vivre : la fille en rouge devant un regard noir

 
Statuette / Museo nazionale archeologico / Taranto
 

L'homme était plutôt renfrogné, pas vraiment du genre à écouter.
"C'est ça ou rien". Elle a souri à ses sourcils froncés : "Alors, rien".
Puis a prestement tourné les talons, voltigeant sur les pavés.
Ses pas légers scandaient que mieux que rien, c'est pas assez.
 

6 mai 2023

Vivre : le dieu argent

 
Adoration des bergers / Anonyme sicilien / début XVIe s. / Palazzo Abatellis / Palerme
 
 
Tant de sollicitations, tant de propositions, 
et pourtant 
tant de vide et de manque dans la vie des gens. 

5 mai 2023

Vivre : le printemps de la Saint-Martin

 
Saint-Martin et le pauvre / Maestro di San Martino / Museo San Matteo / Pise
 
 
Une évidence : la gratitude devrait être notre pain quotidien.
Un regret : que l'exigence vienne trop souvent brouiller l'évidence
Un souhait : cesser d'exiger pour déborder de reconnaissance.

 

4 mai 2023

Vivre : de longues années à rêver

 Sommer Day in the South Beach of Skagen / Peder Severin Krøyer/ SMK / Copenhague
  
 
Rêver d’une maison en bois au bord de l’océan. Rêver d’une saison, d’une arrière-saison plutôt. Rêver d’une peinture pastel, un peu écaillée. Rêver d’une table où s’attabler. Rêver de lever la tête et d’apercevoir au loin un chien et son maître courir à longues foulées. Rêver du long rivage, du sable fin, des dunes au loin. Rêver de s’envelopper dans une robe de chambre peluchée. Rêver du mug de café qui fait des ronds sur le bois usé. Rêver d’un cahier où l’on commence à déposer souvenirs et pensées. Rêver pendant des années. Et s’acheter le mug, la robe de chambre, le cahier en attendant de trouver la maison imaginée.

  

3 mai 2023

Vivre : savoir-faire, savoir-être

 
Stucs préparatoires de L'Arno e la sua Valle (sculpture sur une façade de la gare de Florence)
Italo Griselli / Museo Palazzo Reale / Pisa
 

Tous ces gens, ces gens présents, accueillants, intelligents. Médecins ou pharmaciens, maraîchers ou poissonniers, garagistes ou cuisiniers. Faire le job, le faire bien, avec amour et talent (et modestie, naturellement) on trouve généralement que cela va de soi, tellement évident, alors on prend. On prend comme un dû, un dû attendu, sans reconnaître tout cet art : être à sa juste place et se montrer compétent.
 

2 mai 2023

Vivre : se souvenir

 
Façade église San Michele / Lucques
 
Il y a ces journées denses, épaisses comme des tranches de pain noir, parcourues de lourds nuages - les émotions comme des yoyos, les souvenirs comme d'intenses cadeaux - ces journées où les ruisseaux sont des larmes ou des averses ou les deux, ces journées qui ne sont qu'attente, entre escalade et espérance. Il y a ces journées qui apportent trop de nouvelles et ces nouvelles, comment dire si elles sont bonnes ? comment savoir où elles nous mènent ? Il y a ces journées où la vie se déchaîne : le ciel pleure, les oiseaux chantent, la mémoire d'un ancien massacre émerge - un massacre a-t-il un âge ? peut-on dire qu'un massacre a 78 ans ? n'est-ce pas toujours le même massacre qui se répète incessamment ?- ces journées où les photos parlent en noir et blanc. Au soir qui tombe, le soleil se rappelle au paysage tremblant, ajoute un peu de douceur à l'image vacillante d'un garçon, quinze ans à peine, traversant les montagnes jambes nues dans la neige, sous les tirs éperdus des gardes-frontières, en quête d'un avenir et en quête de pain. 

1 mai 2023

Vivre : la muse de la poésie

 
La Femme / Giacomo Grosso / Palazzo Mazzetti / Asti
 
Elle déboulait sur le perron juste au moment où nous arrivions. Il devait être 16 heures, mais elle semblait être prête pour une soirée habillée : longue robe un brin froissée, décolleté très échancré, escarpins noirs, fond de teint épais et chevelure platinée. Elle nous a dit être venue préparer la "cérémonie du 21 mai". Comme nous ne semblions pas comprendre, elle nous a tendu sa carte : lors de cet événement, un prix lui serait décerné. Elle a ajouté : un prix de poésie, car elle était poétesse, éditrice et grande amie du comte héritier de la propriété (ce comte, que nous n'avons jamais vu, paraissait avoir un nombre incalculable d'amis, enfin : d'amies, nous ne cessions d'en entendre parler). Elle-même, mi-Calliope mi-Erato, venait régulièrement trouver l'inspiration au fond du parc sous un grand chêne en majesté.
Naturellement, nous étions invités. Elle nous priait de venir assister à son heure de gloire. Malheureusement, à notre grand regret, nous avons dû décliner.
Plus tard, en googlant son nom, nous avons découvert son site, lequel nous a appris qu'elle était l'autrice de nombreux livres de poésie amoureuse, proposés en autopublication, et qu'elle avait créé il y avait quelques années un fameux prix littéraire dont elle présidait le comité et dont elle avait été la première lauréate. 
Le phénomène de l'autopublication, on connaissait. Nos amis et les amis de nos amis sont des gens terriblement doués. Mais le fait de s'autoprimer au cours d'une cérémonie très privée, ça il fallait l'inventer! Nous l'avons chaudement félicitée. Viva la vita! Viva Pisa! Viva la poesia!