7 août 2024

Vivre : still life / 152

 

 
Je l'avoue. J'ai craqué. J'ai signé pour un forfait. Le plus modeste, à prix cassé, juste histoire de ne pas me compliquer la vie à prépayer. Je l'avoue et je n'en suis pas très fière. J'aurais préférer continuer de résister. Mais tout compte fait, je résiste quand même. Pas question d'être dérangée par d'incessantes notifications, pas question de céder aux applicatives tentations ni de l'utiliser comme moyen de paiement. Il m'arrive ainsi de me balader avec un appareil déchargé, de partir en vacances en oubliant mon câble (et en oubliant de demander à l'hôtel de m'en prêter). Il m'arrive aussi plus souvent qu'à mon tour de laisser cette chose sur sa commode (et de très bien pouvoir m'en accommoder). C'est simple : ce smartphone doit être l'appareil le moins sollicité de la planète (il passe son temps à roupiller, ne sert qu'à téléphoner, envoyer des messages de dix mots grand maximum, surfer très modérément et photographier de manière limitée). Il faut vivre avec son temps, mais quel temps ? Je vis justement avec le mien, de temps, et je tiens autant que possible de le ménager. 
Quand je monte dans le métro ou le train et que j'observe autour de moi tant de crânes et de nuques penchés, tous ces yeux occupés à s'occuper, distraits de la réalité qui les entoure, me viennent toujours de drôles de pensées. Je me demande : si maintenant quelqu'un devait se faire agresser, quel serait le réflexe de ces personnes ? Interviendraient-elles pour défendre la victime ou se mettraient-elle à filmer ? Et leur vision, toujours focalisée sur des écrans, de combien a-t-elle baissé, rien qu'en l'espace d'une année ? 
Bref, j'ai signé pour un forfait. Mais on peut pas dire que financièrement ce soit très intéressant. On est très très loin de l'amortissement.

6 août 2024

Vivre : la baigneuse

 
Sculpture féminine / Gipsoteca Leonardo Bistolfi / Casale Monferrato
 
La journée était splendide. Le soleil brillait. L'eau avait la température parfaite. Mais la femme a poussé un soupir à fendre l'âme tandis qu'elle ôtait son maillot. "Comme tout a changé!". Puis elle est repartie en paraissant crouler sous le poids de ses souvenirs. La nostalgie : cette chose si jolie quand elle ne pourrit pas la vie. 
 

5 août 2024

Vivre : derrière soi

 

 
la vengeance ? après en avoir - brièvement - rêvé, autant se mettre à apprendre et à thésauriser


4 août 2024

Lire : à l'ombre des polars

 

 
Météo caniculaire. Il est temps de prendre des mesures : 
L'espion qui venait du froid. Trois. Voilà qui devrait suffire.
(avec Oslo, une touche de vent glacé en guise de fond sonore)


3 août 2024

Vivre : faire fondre la pierre

 Le Lavandou / peint sur le motif / Nicolas de Stael / Coll. particulière


On avance. On vit sa vie. On fait des efforts, on peine. On a des joies aussi. La vie va. On la trouve tout à fait normale. Elle va de soi, cette vie. Et puis un jour, on découvre quelque chose de lourd, quelque chose qui pèse sur le cœur. On prend peur. En allant montrer la chose, tandis que les machines explorent, on prend aussi toute la mesure de cette étrange et drôle de vie. Et quand on sort dans la lumière d'août, une lumière vive, insolente, exigeante, tout prend une autre couleur. La palette s'amplifie. Les arbres, les affiches, les enfants jouant sur les trottoirs. Tout paraît plus bleu, plus vert, plus intense. Rien n'est évident. La pierre sur le cœur a été remise à sa place. Reste la vie qu'on embrasse.

2 août 2024

Vivre : les vacances de la caissière

 Portrait de femme / Gino Severini / Galerie d'Art moderne / Palerme

 Elle scanne, lentement, parce qu'elle apprend encore. Elle ne veut pas faire d'erreurs. Elle voit près du tapis roulant sa voisine qui s'avance, bronzée, maquillée, cinquante euros de vêtements bien dégriffés, judicieusement investis, joliment portés. Apparemment elle a su faire les soldes de manière avisée. La voisine lui demande comment se sont passées ses vacances. Le Portugal ? Les plages ?
Elle veille à bien rendre la monnaie. Ce nouveau travail, elle doit absolument le garder. Le Portugal, c'était la famille, des discussions dans la fratrie, mal tempérées par les parents qui prennent de l'âge, et la maison qu'on y construit à la force du poignet, les travaux qui durent, les factures qui pleuvent pour ce projet. 
Elle répond : oui, la plage, oui, le Portugal. Elle peut dire qu'ils sont partis, eux aussi. Les enfants ont eu des vacances. Elle ajoute : on y retourne dans quinze jours. Elle pense à cet aller-retour pour aller solder là-bas le coût des sanitaires, à ce qu'elle va devoir raboter dans son budget pour boucler les paiements de juillet, il y a l'école et tout le matériel à prévoir. Elle se sent lasse. Elle est du reste un peu pâle, sa voisine la trouve légèrement hâlée. Elle, elle sourit bravement, lui tend sa quittance en lui souhaitant une bonne journée puis se tourne vers le client suivant pour se remettre à scanner.


1 août 2024

Vivre : danse avec les loups, nage avec les serpents

 
figurines en verre / Musée archéologique / Taranto
 
A cinquante mètres de la rive, la femme a poussé un cri strident. Il est vrai que ça peut vraiment surprendre, si on n'est pas au courant. Une autre baigneuse, un index sur les lèvres, fixait l'horizon d'un air hésitant. Y aller ou pas ? telle était la question. A qui tentait de la rassurer en lui disant que la présence n'était pas venimeuse, plutôt du genre craintive et fuyante, elle répondait que sa peur n'était pas réfléchie. Elle tenait plutôt de la phobie.
Oui les couleuvres envahissent le Léman, de même que les teigneuses méduses gagnent du terrain en Méditerranée. Dès lors, que faire si l'on aime furieusement nager ? Ne pas trop tergiverser. Se lancer. Oser. Oser se retrouver à quelques centimètres de l'énergumène ondulant à la surface. Respecter son habitat et ses habitudes et le laisser s'éloigner tandis qu'on s'en va brasser de son côté.
Heureusement, les eaux de la rivière Aar ont perdu ces derniers jours de leur fureur. Leur débit redevient tout à fait abordable. Dès lors, si l'on préfère l'eau des cours naturels au chlore, aux coups de coude et aux produits solaires, si l'on opte pour les découvertes plus ou moins singulières, y a pas photo : il faut se jeter à l'eau.