31 août 2017

Vivre : still life / 29





On l’a encouragé, soutenu, écouté
(surtout : écouté)
Et puis, quand il a décidé
de s’en aller vivre ailleurs ses aventures légales
on lui a donné un dernier coup de pouce parental :
quatre-vingt verrines pour un pot de départ convivial.

Tiramisu, capunata, couscous, pesto, ratatouille.
Sans oublier le pain maison, l’authentique salami et le fromage de brebis,
importation directe d’Emilie-Romagne

Pour que tout soit prêt à l'heure, sans stress, un seul recours :
du plaisir, de la créativité et de l'humour. 

30 août 2017

Vivre : Amor ch'a nullo amato...


Ravenna

A chaque fois, à chaque dérive ou à chaque danger de dérive, 
comme un cercle qui se boucle,
comme un fleuve qui retrouve son lit,
je reviens vers lui.

29 août 2017

Vivre : réveils à Ravenne



Je me souviens
Les matins dans la chambre claire
Les colombes et la lumière
Le tremblement des tentures pâles
Mon demi-sommeil
Et mon émotion entière.

28 août 2017

Voyager : la chaise musicale


 "Prima donna" / 22.08.17 / Barbara Grazzini, Silvia Felisetti, Susie Georgiadis,



La nuit venait de tomber. Nous avons obtenu la dernière table libre car le concert allait débuter. Ce soir-là sur la piazza: un spectacle consacré à « la Callas», avec trois cantatrices pour donner de la voix. Devant nous, une longue table avait été réservée par un groupe d’amis, qui se sont retrouvés, embrassés, congratulés, et empressés de discuter. Bien vite, ils ont fait circuler leurs smarphones et ont commenté leurs messages durant toute la soirée. Ils avaient à leurs pieds un tout petit chien apeuré, tandis qu'un peu plus loin, un autre clébard se mettait régulièrement à aboyer.. 
Un couple de sexagénaires aux longs cheveux gris nous a demandé si la chaise devant nous était libre. Ils semblaient avoir fait il y a très longtemps un voyage à Katmandou et ne l’avoir jamais vraiment oublié. La femme a sorti de son sac indien un cahier de mots croisés et ne l’a pas lâché de toute la représentation, tandis qu'elle se faisait masser les pieds par son compagnon. Un peu plus tard, ils se sont déplacés vers une petite table qui s’était libérée.
Une très très vieille dame, accompagnée de sa fille, s'est alors approchée. Elle s’est assise sur la chaise en attendant qu’on lui trouve une place plus proche de la scène. C’était une dame très maigre et très sourde, qui souriait à chaque fois que sa fille lui caressait la joue. Elle posait sur la place un regard éperdu, comme si elle était étonnée d’être là, tout en tenant fermement sa fille par le bras.
Quand elle a quitté la chaise, un couple de touristes espagnols l’a accaparée. L’homme, très vite, s’est énervé contre la tablée d’à-côté : chut chut, leur lançait-il avec de grands gestes des bras. Le groupe d’amis n’a pas paru plus impressionné que ça et l’homme, l’homme qui apparemment appréciait les artistes sur scène et la divine Diva, se désespérait, se plaignait auprès de son épouse, laquelle assistait impassible à son drame mélomane.
Ils ont enfin déniché deux sièges en contrebas. A ce moment-là, une petite fille aux cheveux crépus a été assise avec autorité sur la chaise par son père, qui avait quelques amis à saluer. La petite (trois ans à tout casser mais vive comme une chèvre) n’a pas tardé à se lever et à aller quémander à toutes les tables des olives vertes dont elle semblait raffoler. Le père est venu la récupérer et l’a assise d’emblée sur son vélo tandis qu’elle suçotait une dernière olive dénoyautée. 
Le serveur allait et venait, apportant gelati et cafés. R., comme le touriste espagnol, s'était pris d'admiration pour les deux jeunes sopranos. Ils se sont levés pour aller les photographier. 
Un groupe d’adolescentes en short est venu poser sacs et casquettes sur la chaise abandonnée. Elles rigolaient en se racontant leur été, leurs bronzages, leurs ravages. Leurs gloussements se fondaient dans les trémolos de la Tosca.

A la fin du spectacle, nous avons longuement applaudi, nous avions vraiment apprécié.Nous étions tous ravis: quel beau spectacle, quelle merveilleuse soirée ! C’était une nuit étoilée, une belle nuit d’été. Lentement, nous nous sommes tous dispersés tandis que le serveur remettait la chaise en place et desservait les tablées. 

27 août 2017

Voyager : vers la mer



En descendant le col, sur le versant italien, la route caresse les flancs de la montagne et il semble qu’on puisse effleurer du doigt les fleurs carmin et les herbes riches, qui font les délices des bovins éparpillés.
Niché dans un virage, le petit bar avec son curieux Pinocchio articulé, avec ses drapeaux multicolores, accueille à la belle saison sa clientèle bigarrée : gardes-forestiers, motards harnachés, touristes de montagne quasiment arrivés, touristes balnéaires, pas près d’être rendus, mais un rien exaltés, bergers taciturnes. J’ignore pourquoi, mais cet endroit un peu kitsch, un peu désordonné, cet endroit somme toute ordinaire, possède un extraordinaire pouvoir d’apaisement.

Il y a des lieux comme ça : l’eau y chante doucettement, les mots y dansent et s’envolent dans l’air aromatisé, chargé de nonchalance. La musique en sourdine rappelle inévitablement d’anciens étés aux jupes légères et bariolées. Il y a des lieux comme ça, bénis, indémodables et démodés, où le temps semble s’être arrêté et que l'on quitte toujours avec regret..

26 août 2017

Voyager : l'heure de la sieste



Ravenne


Dans la ville assoupie,
Asséchée, désertée,
Seuls un battement d’aile,
Les rayons d’une bicyclette
Fouettaient l’air brûlant
Pas un chat, mais deux libraires.

Heureusement.

24 août 2017

Vivre : VSM, année 1


Foxes / Installation de Michael Stipe / Château La Coste 

Déjà plus de quinze mois que cette nouvelle vie a commencé.
Curieusement, si j’ai rêvé encore une ou deux fois de dindes et de poulaillers, 
si j’ai connu quelques angoisses au souvenir de cette institution reculée,
je n’ai jamais ressenti le moindre regret, je n’ai pas éprouvé le manque de ce métier si longtemps exercé. 
Exercé avec amour. Avec passion.
La passion et l’amour, c’était tant que je pouvais y œuvrer avec créativité,
avec une certaine marge de liberté.
Or, les procédures et les contrôles se sont imposés comme autant de tours de clef.
Il y a un temps pour tout.

Et cette page-là est définitivement tournée.