29 nov. 2017

Vivre : la sacra conversazione


La sacra conversazione / Lorenzo Lotto / KHM / Vienne


Parfois, me sentir en proie à une irrépressible timidité.
Parfois, ne pas savoir quoi dire et alors trop parler.
Parfois, rougir, et m’en vouloir de rougir ainsi sans raison.
Parfois, n’avoir aucune, mais aucune envie de faire la conversation.
Parfois, ne vraiment pas souhaiter voir cette personne-là.
Parfois, attendre et attendre un sourire en retour qui ne vient pas.
Parfois, patauger, m’empêtrer, ne pas trouver les mots.
Parfois, certains jours, préférer le silence à tout ce qui sonne faux.

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La sacra conversazione, traduit de l'italien au français par « conversation sacrée », est un thème artistique religieux chrétien qui s'épanouit à partir du xve siècle dans l'Italie du nord et en Flandre, au moment de la Renaissance et qui perdure durant deux siècles avant d'inspirer une peinture de genre à caractère profane.
Contrairement aux autres thèmes religieux chrétiens comme le baptême ou la circoncision de Jésus, la Cène ou l'Annonciation, il n'est pas relié aux textes bibliques, mais consiste en une extrapolation qui incorpore un thème prévalant, celui de la Vierge en majesté ou de la Vierge à l'Enfant : ici, la Madone est entourée de plusieurs personnages, généralement des saints, avec parfois, plus bas et de moindre dimension, la représentation des donateurs ou commanditaires de l'œuvre. [Wikipedia]


28 nov. 2017

Vivre : les "non"


Rijksmuseum / Amsterdam




La période des « non » est arrivée.

Il me semble qu’elle a commencé en avance cette année.

A fin octobre, j’ai décidé de donner intégralement le montant d’un prix qui m’avait été attribué à une association s’occupant de sans-abris et de migrants. C’est le choix de cette année : un seul don, substantiel, au bénéfice d'une seule association.

Ce choix a impliqué de dire « non » aux autres demandes. Et dieu sait s’il y en a : par courrier, dans la rue, sur des affiches. Des mains tendues, des tons gémissants, des images glaçantes, des sourires reconnaissants.

Dire « non » en cette période de fragilités, de cœurs blessés, de souvenirs remués, de certitudes ébranlées, dire « non » est chose particulièrement sensible (et c’est sans doute un peu pour cela que les sollicitations pleuvent en ce moment de l'année).

Dire « non », c’est  le prix à payer pour dire « oui » par ailleurs : « oui » à ses convictions, « oui » à ses motivations profondes, « oui »  à la petite voix à l'intérieur de soi. On ne peut jamais dire « oui » à quelque chose sans dire « non » à d’autres. 
C’est le prix du choix, c'est le prix de la liberté.



27 nov. 2017

Lire : Marguerite, Yasmina et le silence




Jeanne Moreau et Lucia Bosè sur le tournage de Nathalie Granger / M. Duras


L'autre soir, Yasmina Reza était interviewée à l'Heure Bleue. A un certain moment, Laure Adler a diffusé une archive où l'on entendait s'exprimer Marguerite Duras et a demandé à l'auteure de Conversations après un enterrement ce qu'elle pensait de cette femme, qui comme elle, avait écrit pour le théâtre, le cinéma et la littérature.

C’est étrange, Marguerite Duras, parce que…je la mets pas du tout dans mes écrivains préférés, objectivement.[…] J’ai beaucoup de respect pour elle. Et surtout pour une chose très particulière. Là où je pense qu’elle a été très grande, et où je lui dois, c’est que, selon moi, elle a introduit une forme de silence en littérature. Et le silence qu’elle a introduit, elle, et que moi j’ai trouvé avec ses livres, même si je ne les aimais pas sur le plan du sens, du fond, de l’histoire autant que ça, ça m’a permis à moi, ça m’a autorisée, non pas à la copier, mais à m’en inspirer, donc c’est très fort quand quelqu’un est un guide, même technique, et moi je mets la technique très très haut.

Et quand je l’entends parler, c’est drôle, je trouve qu’elle parle mieux qu’elle n’écrit presque. Elle a une sorte de poésie de la parole très très grande. 

En écoutant ces propos, je me suis alors souvenue que la question du silence m'avait aussi frappée chez Marguerite Duras. Dans cet extrait de La vie matérielle, il y avait sa manière particulière d'évoquer le silence de l'absence 


A Neauphle, souvent, je faisais de la cuisine  au début de l’après-midi.
Ça se produisait quand les gens n’étaient pas là, qu’ils étaient au travail,
ou en promenade dans les Etangs de Hollande, ou qu’ils dormaient dans les chambres.
Alors j’avais à moi tout le rez-de-chaussée de la maison et le parc.
C’était à ces moments-là de ma vie que je voyais que je les aimais et que je voulais leur bien.
La sorte de silence qui suivait leur départ je l’ai en mémoire. 
Rentrer dans ce silence c’était comme entrer dans la mer. 
C’était à la fois un bonheur et un état très précis d’abandon à une pensée en devenir,
c’était une façon de penser ou de non-penser peut-être, – ce n’est pas loin – et déjà, d’écrire.


L'Heure bleue / France Inter / 22 novembre 2017

26 nov. 2017

Lire : à l'heure de l'assassin




Il fait déjà nuit.
Un gros « ploc » sur Agatha Christie.
Goutte rouge sur roman noir.
Examine le sujet, puis repart,

la coccinelle du soir.

25 nov. 2017

Voyager : les routes du Jura



La route serpentait de forêt domaniale en forêt domaniale. Il y avait quelque chose de rassurant dans le fait de voir tant d’arbres rassemblés. Aussi loin que portât le regard, il ne trouvait que la verdure des sapins, parfois un cheval parcourant un champ à pas lents, parfois des rapaces tournoyant au-dessus des cimes. Aucune trace humaine, si ce n’est au travers de troncs allongés, débités. De là-haut, il semblait impossible d’imaginer que la pollution, les fumées toxiques, les abus en tous genres pussent exister. Impossible de savoir combien de temps le trajet avait duré. Protégés par ces vertes présences, rassurés, nous roulions comme dans un rêve. Dans le plus grand silence. 

24 nov. 2017

Voyager : à travers le Haut-Doubs




Le trajet a duré près de deux heures.
Le vent s’était levé et faisait danser les arbres.
Sur la chaussée, illuminées par les phares,
les feuilles voltigeaient et travaillaient des pointes.
On aurait dit des petits rats devant Degas.


23 nov. 2017

Vivre : avant la lettre


Piccolo teatro / Castello / Fontanellato

Il y en a des grandes et de toutes petites.
Il y en a de magnifiques.
Il y a des mamans et des bébés.
Il y a les élégantes et les attendrissantes.
Il y a les plus vraies que vraies.
Il y en a de souriantes et des qui font la moue.
Il y en a pour tous les goûts.
A tourner et retourner les pages du catalogue illustré,
je me surprends à rêver, comme à six ans, comme à huit ans,
quand pour Noël, je voulais tant une poupée.