30 juin 2018

Vivre : la revanche de Besançon




Depuis pas mal de temps déjà, j’ai perdu le goût de faire les soldes. Toutes ces marchandises entassées, en attente de preneur, toutes ces offres racoleuses, toutes ces affaires à faire ont le don de m’affliger et de me lasser. J'en viens rapidement à me demander : pour une judicieuse acquisition, combien de dilapidations?

Donc, à Besançon, l'autre jour, je me coulais dans les rues piétonnes en admirant l'élégance superbe des façades, happée par des détails architecturaux, la variété des lucarnes ou l'harmonie de trumeaux. 

Je ne sais  comment j'en suis arrivée à porter le regard sur certaines vitrines et, de fil en aiguille, à me demander si tout compte fait je ne me trouvais pas dans l'impérieuse nécessité de dénicher un top noir pour mes soirées. J'ai donc délaissé insidieusement la majesté des pierres de taille pour un vêtement qui soit à la mienne (de taille). 

Ce faisant, entrant, sortant de boutiques, j'ai senti remonter des émotions fortes, des souvenirs de l'été 2009. A la fin du mois de juin, j'avais pris un jour de congé et je me baladais dans les rues de Strasbourg envahies de touristes. Au centre ville, les soldes battaient leur plein. On voyait les passants décontractés - des mères avec leur fille, des amies, des familles - transporter des sacs bariolés et arborer en souriant leurs achats. La noble cour du lycée Fustel-de-Coulanges, écrasée de soleil, se préparait à une longue somnolence estivale. Un jeune enseignant avait enfourché son vélo et lancé à un dernier groupe d'étudiants : allez, passez un bon été !

L'année 2008-2009 avait été terriblement chargée pour moi. J'occupais un poste fixe exigeant jusqu'à la maltraitance. Par ailleurs, j'avais accepté d'animer à Genève un atelier destiné à des femmes en réinsertion professionnelle. Deux fois par semaine, je me levais aux aurores pour faire de longs trajets et j'avais dû prendre deux semaines sur mes vacances pour honorer ce contrat. De plus, notre nouvelle maison, dans laquelle nous venions d'emménager, n'en finissait pas de réclamer des travaux de finition, et la ronde des artisans semblait ne jamais devoir s'achever (pas plus que les casse-tête financiers). J'avais passé une année la tête sous l'eau et je ressentais un pénible besoin de reprendre souffle, sans parvenir à le satisfaire. Mon cœur qui battait la breloque me rappelait tous les soirs que ce rythme n'était pas le mien.

A Strasbourg, cette année-là, tandis que les vitrines appelaient à consommer et que les enseignants regardaient partir leurs élèves vers de belles vacances, j'aurais donné n'importe quoi pour pouvoir moi aussi flâner au hasard, me choisir un nouveau maillot de bain, avoir des congés devant moi, des perspectives de rivages bleus et de lectures enchantées. Je m'étais sentie submergée par une vague énorme de frustration, d'envie, d'aspiration à jouir de la vie.

Cette vague - la même intense, forte vague - je l'ai retrouvée à Besançon, tandis que j'entrais dans une énième boutique. Et là, tout à coup, sans protester, laissant de côté mes convictions, j'ai décidé de m'accorder ma compensation. J'ai entrepris de savourer le bonheur sans pareil de déambuler, de me chercher un petit je-ne-sais-quoi, en profitant d'une réduction de je ne sais combien, le bonheur de passer de magasin en magasin. Ensuite, installée sur une élégante terrasse, dans la lumière incandescente de cette magnifique journée, j'ai savouré la revanche de profiter - enfin - des soldes de juin. 

Au fond, les traversées du désert étant inévitables, n'est-ce pas seulement au moment où l'on se donne à soi-même une douce quittance, qu'on peut enfin tourner la page ?


29 juin 2018

Habiter : la belle endormie







Ferme traditionnelle / Franche-Comté


Traverser le village d’Arc-sous-Cicon. Passer devant elle. Planter les freins. Opérer une marche arrière. S’arrêter pour l'admirer.
Ancienne, altière, souveraine, séduisante, mélancolique, désespérément seule, en manque de soins et d’attentions.
Comme tu es noble ! Le poids et les outrages du temps n’ont rien ôté à ta sublime élégance. 
Attends-tu toujours celui – ou ceux – qui sauront te comprendre, te sauver, te ramener à ta majesté passée ?


28 juin 2018

Lire : l'inconsistance


Ordinary Man / Zharko Basheski / Arken Museum 2017 / CPH

J'atteignais péniblement la page cinquante et un
quand le livre (emprunté par chance) m’est tombé des mains
Cet écrivain qui sait se vendre et se vend bien
(on l'a vu côtoyer Paul Auster dans une émission de France 5)
a donc commis ce petit roman truffé de lieux communs ?
Publié par la maison Seuil...mmmh... 
n'aurait-il pas mieux valu dans la collection Harlequin ? 

27 juin 2018

Vivre : Caroline a disparu


Photographie tirée du net

Habituellement, ce sont des chats.
Plus rarement, quelques clébards.
Aujourd'hui c'est la photo de Caroline
(ou plutôt sa carapace de face)
qu'on voit sur toutes les affichettes.
Caroline qui a pris la poudre d'escampette,
qui laisse une famille éplorée.
Bon sang, mais où est-elle donc passée?

26 juin 2018

Vivre : les heures turquoises



Affiche expo 2014

Certains jours de bise intense, le lac : 
cet à-plat turquoise, dense, vif,
cette surface de pâte tartinée en travers du territoire,
qu’il vaut mieux se délecter à regarder,
 dans lequel mieux vaut s’abstenir de plonger.


25 juin 2018

Voir : ou pas




Ces bandes-annonce tellement longues, tellement longues, qu'on en vient à reconnaître au film son mérite principal : 
nous faire économiser 90 précieuses minutes et dix-neuf francs au final.

24 juin 2018

Voir : êtes-vous heureux ?




Étrange et captivante chronique que celle réalisée par Jean Rouche et Edgar Morin, durant un été au tournant des années 1960. Qu'est-ce donc que ce "cinéma vérité" qui a fait passablement débat alors ? Est-ce une recherche documentaire ? Un reportage ethnographique ? A partir de la question : êtes-vous heureux ? posée par Marceline Loridan à des Parisiens un rien gênés, le focus s'élargit sur le portrait d'une époque. La guerre d'Algérie, la fin des colonies, les survivants des Camps, les liens affectifs, l'argent (sa nécessité, son manque), la relation au monde professionnel sont autant de sujets évoqués à travers des "personnages" interviewés (dont le jeune étudiant Régis Debray).
Ce qui m'a le plus frappée : tous ces gens qui mentionnaient leur mal de vivre ou leur démotivation au travail. Sans avoir les mots pour le dire, ils parlaient déjà de burn out, de frustration, de mobbing. Ils s'efforçaient de décrire ce qu'ils ne pouvaient pas nommer. La tension entre l'obligation de gagner sa vie et l'aspiration à se réaliser était déjà au cœur de leurs existences. Des personnages éloignés dans le temps, se révélant très proches, finalement.
Et le noir&blanc... la beauté inégalable des images en noir&blanc...
Envie de revoir encore une fois ce film, restauré en 2011, pour mieux comprendre ce qui a changé depuis cet été-là...

Chronique d'un été / J. Rouche et E.Morin / Prix de la Critique internationale Cannes 1961