Peut-être... pour le seul plaisir de revenir...
7 oct. 2019
6 oct. 2019
Vivre : le long cours
Couple / Cecily Brown / 2004 / collection privée / Louisiana 2019
Notre lit : entre ses doux plis, le cœur du cœur de la vie.
5 oct. 2019
Vivre : émotive anonyme
Pietà (dett.) / Il Perugino / Uffizi / Firenze
Ce satané rouge qu'on sent monter aux joues
Ces larmes que provoquent des chicanes de rien du tout
Cette gorge engorgée, ce trop-plein qui afflue :
Les chemins qu'emprunte le passé pour trouver à s'expliquer.
4 oct. 2019
Vivre : raccommodages
Madonna del Parto (détail ange) / Piero della Francesca / Monterchi
Comment l'été a-t-il pu passer si rapidement ? Trois mois sans messages et voici qu'enfin je reçois de ses nouvelles. Après des années de déchirantes frustrations et de lancinantes interrogations (achevées par une hospitalisation en urgence), elle avait osé faire le pas et s'en aller. Or, voici qu'elle m'annonce être en train de se rabibocher.
Elle écrit : Suis-je en train de récupérer la relation ? De la ravauder ? De la recycler ? De la transformer ? De la transcender ? De fermer les yeux sur les moments difficiles ou de les ouvrir sur une autre réalité ? Je ne sais.
En attendant de la revoir, grand étonnement de ma part. Je me perds en conjectures : à soixante ans, est-il trop tard pour les risques, manque-t-on de souffle ou d'énergie ? A-t-on davantage peur de la nouveauté que des souffrances auxquelles on est habituée ? A-t-on vraiment plus à perdre qu'à gagner ?
Seule certitude parmi tant de perplexité : l'amitié n'a jamais à juger.
3 oct. 2019
Voyager : moments doux à Mantoue
Samedi matin. Nichée entre ses lacs, protégée par son palais, la ville se prélasse comme un vieux chat repu. Les paysans du coin tiennent leur marché et, s'il est réjouissant de voir leurs efforts si généreusement récompensés, il est aussi désolant de ne pas avoir les moyens de tout goûter, tout emporter. Les gens se rencontrent, se parlent, pied à terre et enfants sur les guidons. On rit doucement, on parle des fêtes, châtaignes, vendanges, courges, qui s'organisent dans les environs.
Les villes un rien alanguies de la Padanie ont un charme fou : riches de leur passé, écrasées par leurs voisines plus resplendissantes, elles n'ont pas une once d'arrogance. Elles qui pourraient frimer, avec leur ascendance, leur romanité, leurs palazzi superbement décorés, se contentent de vous offrir avec modestie leurs plats de risotto ou de tortelli fourrés à la courge et aux amaretti, de vous fredonner des chansons, chansons latinas ou textes de Fabrizio de Andre, évoquant des guerres absurdes qui envoient mourir de beaux garçons, les arrachent à leur passion.
C'est donc dans cette région que naquit Virgile, poète de l'Eneide et des Géorgiques, guide précieux et bienveillant que Dante se choisit pour traverser l'Enfer et le Purgatoire. C'est ici que flotte encore le souvenir des Gonzague, de Jules Romain, de Leon Battista Alberti et de Mantegna. Ici aussi que se tiennent des festivals, littérature, cinéma d'essai, en toute décontraction et en toute discrétion.
Impossible de venir dans ces lieux sans visiter le Palazzo Te et surtout : la Chambre des Époux, ses parois et son plafond merveilleusement décorés à fresques dans le Palais ducal. Il est curieux que le mythe de Romeo et Juliette soit encore à ce jour à ce point célébré, leur balcon vénéré, tandis que l'union de Ludovico Gonzaga avec Barbara de Brandebourg, une alliance solide, faite d'estime mutuelle et d'heureuse collaboration, ayant engendré stabilité et prospérité (et une nombreuse descendance) n'est que rarement évoqué. Décidément, les histoires d'amour qui finissent mal émeuvent beaucoup plus (en général).
Enfin, comme toutes les villes de cette plaine infiniment plate qui conduit de Turin à Trieste, le vélo est plus qu'un moyen de locomotion : c'est une manière de vivre. Il se transmet de génération en génération. Ici, pas besoins d'assistance électrique, pas besoin de vitesse pour une mobilité efficace. Il suffit de pédaler, à son rythme, en chantant et en sifflotant. Bénéficiant d'une longévité étonnante, ils finissent leur vie de vélo, comme les ruines et les vieilles pierres, faisant partie du paysage, ajoutant au charme un peu suranné de cette ville un peu oubliée, un peu assoupie où il fait si bon flâner. Au ralenti.
2 oct. 2019
Voyager : ivresse des matins (et des soirs)
Au lever du jour, l'attentionné Giovanni, debout dès l'aube (mais quand trouvait-il donc le temps de récupérer?) nous avait ménagé une petite lampe près d'une porte entrebâillée. Nous sortions en catimini, nos pas effleurant le gravier, dérangeant une perdrix, un faisan, apercevant au loin la silhouette inquiétante d'un chasseur que nous nous dépêchions d'esquiver. Mais les superbes rangées de vignes semblaient abriter presque autant de chasseurs que de grappes oubliées et nous ne tardions pas à rejoindre la strada bianca qui montait vers San Pietro in C. La campagne rosissait sous la présence tutélaire des cyprès. Nous complimentions les chevaux noirs et beiges qui mâchaient paresseusement leur petit-déjeuner. Nous admirions l'ancien monastère au charme décrépi (entretenant le rêve fou de le racheter, de le restaurer, rien que pour le plaisir de caresser un projet de très très longue durée). Nous observions les brumes, dans les prémices d'un soleil naissant. Nous voyions s'éteindre une à une toutes les lanternes de la nuit. Nous accueillions ce paysage neuf, tout en nuances et en prévenance, qui s'offrait à nos yeux envoûtés.
A nuit tombée, rentrant de la petite osteria blottie derrière l'église, titubant parmi les ceps, un peu à cause de l'Amarone, un peu à cause des vagabondages accumulés, nous nous perdions dans un délire d'étoiles et de loupiotes qui avaient éclos ça et là. Dominant les vignobles légendaires, le cimetière, une vaste construction d'inspiration classique, brillant de mille feux, s'affichait comme un palace destiné à des repos privilégiés. Nous croisions des hérissons ingénus et rappelions dix, vingt fois le chien qui ne revenait pas. Nous frissonnions un peu et nous évoquions la saveur de la sopressa et de la polenta. Nous fredonnions des chansons évoquant des amours égarées. Nous discutions de l'importance de parler d'autres langues que la sienne, de savoir communiquer et accueillir sans forcément s'assujettir. Arrivés devant la silhouette réconfortante de la domus, constatant que notre chien nous avait miraculeusement rejoints, nous pensions tout bas que le bonheur, c'était peut-être simplement ça : un jour qui se lève et une nuit qui s'installe dans la Valpolicella.
1 oct. 2019
Voyager : la vie séculière
détail / portail / basilique deSant'Anastasia / Vérone
Un bossu / détail du bénitier G / Gabriele Caliari / basilique de Sant'Anastasia / Vérone
Entrée de la Sacristie et de la Capella Giusti (détail) / Boninsegna (?)
La prière / Gabriele Brunelli / basilique de Sant'Anastasia / Vérone
La prière / Gabriele Brunelli / basilique de Sant'Anastasia / Vérone
Saint-Georges et la princesse (détail) / Pisanello / basilique de Sant'Anastasia / Vérone
Saint-Georges et la princesse (détail) / Pisanello / basilique de Sant'Anastasia / Vérone
Du conservatoire voisin s'évadaient des airs de la Traviata. A l'intérieur bruissaient des chuchotements extasiés. Un vieil homme avait déposé son cartable à ses pieds et jouait le Magnificat de Vivaldi avec une désarmante simplicité. Tout là-haut, si haut, la princesse de Pisanello semblait captivée. Même Saint-Georges, même la salamandre s'étaient figés. Il flottait une intense et souveraine spiritualité dans la nef de Sant'Anastasia : un silence empli de sons exquis.
La fille, au guichet, a susurré arrivederci dans un sourire empreint de grâce et de sincérité.
La fille, au guichet, a susurré arrivederci dans un sourire empreint de grâce et de sincérité.
Une fois dehors, sous la lumière vive de cette fin de journée : des sons gutturaux, des mots aboyés, des fanions agités, des coups de klaxon, des cris invitant à circuler, des tonalités laissant les sens hébétés, fouettés, comme saisis par une onglée. Les expressions d'une ville qui séduit et tient à en retirer un maximum de profit.
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