1 févr. 2024

Vivre : au hasard et au crayon

 
Ciclo di San Giorgio / Vittore Carpaccio / Scuola di San Giorgio degli Schiavoni / Venezia
 
Trouvera-t-on jamais les mots pour dire la beauté du monde, parmi les arbres et leurs habitants ? Tandis que nous longions la forêt, où retentissaient les cris de cent oiseaux avenants, nous progressions dans un univers magique et accueillant, quand nous avons soudain perçu un drôle de caquetage provenant du sous-bois. Désagréables piaillements alors qu'on est à l'affut de connections. 
Une oiselle prétendument coach canine s'exerçait à dresser un chien plutôt réfractaire à son enseignement. Sa voix montait dans les aigus et rencontrait force aboiements.  A notre approche, ils ont levé les yeux, on aurait pu croire à un couple en litige contrarié d'avoir été surpris. On ne sait qui de l'animal ou de sa maîtresse montrait le plus les dents. Heureusement, mon clébard, maître en sagesse, est passé droit et souverain, s'est empressé d'aller flairer ailleurs des êtres bien plus intéressants. Rien de plus rare que de ne donner aucune importance aux choses qui n’ont aucune importance*. Je me suis empressée de le suivre, mon chien si valéryen.
 
*Phrase tirée du texte "Au hasard et au crayon", de Paul Valéry, La nouvelle Revue française, 01.05.1926.

31 janv. 2024

Vivre : écrits à la plume

 

il y a des journées...


il semble qu'on ne fasse que tenter de déchiffrer...


les messages des étourneaux délurés....

30 janv. 2024

Vivre : douleurs et encombrements

 
Sofonisba / Ginevra Cantofoli / Musei Civici / Padova
 
 I.
La femme s'affaire en secouant ses longs cheveux blanchis prématurément. Elle parle de l'homme  si beau, si fort, si grand, perdu après vingt-cinq ans. Elle s'agite, elle explique, elle caresse sa chienne, fidèle compagne qui la comprend. La femme déverse ses mots pour combler tout le manque. Elle remplit l'espace de phrases. Le silence n'a nulle part où trouver de place. A force de vouloir aller vite, ses paroles arrivent parfois à contresens, elle a la langue qui fourche, elle peine à prononcer. Elle évoque son psy, son naturopathe, elle connaît des tas de médicaments miracle. Quelqu'un lui a dit l'autre jour: Trois ans, ça commence à bien faire, mais ça l'a heurtée : pour elle le deuil, ça ne se mesure pas, il n'y a aucune norme pour ça. Alors, comme chacun a sa manière de perdre, la femme répand ses mots partout, partout dans sa maison. Quand on la quitte, on entend l'écho de sa voix, de loin, qui explique au téléphone, sa voix qui résonne, sa voix encore ... sa voix...
 
II.
C'est la première fois qu'elle nous invite dans sa maison. Jusqu'ici on a toujours salué cette voisine depuis le chemin. Elle nous introduit dans le salon : on dirait un squat ou un stand de brocante. Il y a des meubles partout, des lits, des écuelles, des bibelots, des vases, de corbeilles. Elle a quatre chats et un chien qui vivent chez elle. Ou avec lesquels elle semble partager une colocation. Sur les étagères, il y a aussi des photographies. On y voit un homme qui s'appelait Max. C'est écrit sur un des cadres. Max souriant. Max en vacances. Max avec elle un jour d'été face au soleil couchant. La voisine nous offre un café, nous prie de nous asseoir en nous désignant une place entre Max et les corbeilles. Quand elle se penche pour nous tendre les tasses, on remarque ses rides. Une infinité de rides, comme une infinité de larmes qu'aucune brise n'a su venir sécher.
 

29 janv. 2024

Vivre : bon débarras!

 
Soutien de bénitier / Basilique Sant'Anastasia / Vérone

Ouf! La cure de janvier est en train de s'achever. Qu'il est bon de se délester! Cette année encore, malgré mon attention à ne garder que le nécessaire, je me suis surprise à trouver sur mes étagères de quoi trier, éliminer, jeter. Le principe est simple : coin par coin, tout sortir, tout examiner, nettoyer et conserver ce dont on ressent l'absolue nécessité. Pas question de se dire: "ça pourrait servir" ou "quel attendrissant souvenir...". On garde ce qui est utile et ce qui donne de la joie. 
Les premiers moments sont toujours un peu hésitants. Il faut se pousser, voire se forcer. Et puis une fois lancée, quel allègement ! C'est fou ce que l'excès est étouffant! Quel pur bonheur de trouver les espaces plus grands. Le corps en ressort soulagé, il trouve place pour circuler. Le dos se redresse, reconnaissant. Les yeux apprécient de ne pas trouver matière à être heurtés.
Une fois qu'on s'est occupée des choses, on se surprend à penser à d'autres éléments assommants : faut-il vraiment répondre à certains messages ? faut-il garder certains liens ? où réside l'utilité, où se planque la joie dans certains échanges de convention ? trop d'exercices imposés ne portent-ils pas à la rumination ? 
Dans cette démarche, on pourrait craindre de perdre des choses essentielles qu'on serait amenée à regretter. Mais l'expérience me prouve que, loin de perdre, je retrouve mes priorités, un sentiment de liberté et comme une envie de m'ouvrir à la nouveauté.


28 janv. 2024

Vivre : aimer regarder une toile de Morandi

 

Nature morte / Giorgio Morandi /1917 / Ca' Pesaro / Venezia
 
L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant.
René Char
 
 comme le shopping, 
les dérives et les polémiques : 
des passe-temps 
 

27 janv. 2024

Lire / Vivre : lire glucose

 
Photo /Musée Haribo / Uzès
 
A la caisse de la librairie - une librairie bien fournie, avec cafétéria et salons intégrés - j'ai croisé F. Elle tenait une pile de bouquins aux couvertures acidulées, on aurait dit une dizaine de sachets Haribo. F. toute fière s'apprêtait à lire goulûment, façon framboise, citron et coca-cola, comme autrefois elle suçait des fraises tagada.

26 janv. 2024

Vivre : nul être n'est une île

 

Dans le fond, c'est toujours la même chose, ça commence par soi :
 se comprendre, s'aimer, se légitimer. Se féliciter. 
A partir de là, s'en aller au-devant du monde 
pour tenter d'en affronter les beautés et les turbulences. 
Autant que possible : aimer.