4 févr. 2025

Vivre : premier jour

 
 
La cantilène / Edmond de Pury / MAHN / Neuchâtel
 

Le premier jour, elle ne comprenait pas un mot de toutes les phrases que les gens prononçaient autour d'elle. Il y avait une dame et tout plein d'enfants assis sur de petites chaises. La dame a fait signe à chaque enfant de parler. Les sons qui lui parvenaient ne ressemblaient à rien de connu. Quand son tour est venu, quand elle a dû dire quelque chose, la petite fille aux yeux noirs s'est forcée à balbutier. Elle a émis des sons qui ne disaient rien aux autres. Tout le monde s'est mis à rire. La petite n'a rien compris. Elle a rougi. Quand il lui arrive maintenant, des années plus tard, de repasser devant le bâtiment de l'école, elle le trouve relativement petit. Ce jour-là, la salle lui avait semblé immense, et sombre, malgré les couleurs des dessins suspendus aux fenêtres.

 

 

3 févr. 2025

Vivre : entendre chanter les anges

Détail ange à droite de la Madone/ Piero della Francesca / Museo / Montaperti

 
Remarquable pouvoir du silence : se retirer en faveur de sons ténus, bruissements, effleurements, tintinnabulements, chants, halètements, tous ces accents émis par les feuillages, divers passages, animaux sauvages, battements d'ailes, divers ramages, souffles dans les branchages, sifflements entre les interstices. Le vide n'existe pas, pas plus dans l'univers sonore, que dans le monde matériel. En contrepoint à toutes sortes de débordements, diverses agressions à nos vies sous pression, le silence offre ses caresses à nos oreilles blessées, en manque de douceur et de grâce. Le silence est et n'est pas. Il est ce que la vie donne et que l'on n'entend pas.
 

2 févr. 2025

Vivre : manger chez Theo

 
Madonna degli Alberretti / Giovanni Bellini / Gallerie Accademia / Venezia

Les croisières. Non. Les sacs bling-bling. Non. Les grosses voitures rutilantes. Non. Les propriétés qui sont affichées dans les vitrines "real estate". Non. Les cliniques de chirurgie plastique, les soins, les blanchissements. Non. Les maisons secondaires portant bien leur nom. Non. Le luxe m'apparaît souvent en d'autres occasions : certaines élégances morales; des manières de se taire; des savoirs ancrés dans les traditions; le temps à profusion. 
J'ai appelé le restaurant où nous étions passés l'année dernière. Je me souviens de ce repas comme si c'était hier. Les choses avaient mal commencé : à 13 heures 30 et malgré le mail de confirmation on m'avait dit : non. Plus de place. C'est dans une heure ou rien. On a fait le tour du quartier en observant les bâtiments,  les jeux des nuages et les artisans. On est revenus au bout de 60 minutes en étant sûrs que les serveurs pressés d'arriver à une pause bien méritée nous serviraient vite fait. Mais... non. Pas du tout. Ce type de comportement ne correspondait pas aux règles de la maison. Le personnel - une équipe jeune et décontractée - nous a présenté un repas inventif de première qualité. On prenait le temps, on répondait à nos questions. On nous laissait savourer. J'adorais cette façon de se comporter en mode décalé. Peu à peu, très lentement, la salle se vidait. A passé seize heures, quand nous sommes partis, il y avait encore des clients en train de déjeuner. 
Un des luxes suprêmes, c'est peut-être ça : se donner tout le temps nécessaire, se foutre des cadences et des conventions, rejeter ce qui peut générer des pressions. Survoler les contrariétés, se permettre d'expirer, regarder à travers la vitre les passants déambuler, prélever tranquillement un bout de pain pour saucer un plat conçu avec lenteur et créativité.

1 févr. 2025

Vivre : Still life / 162

 
et hors-champs, les pommes, les oignons et les poires...
 
Aller sur les marchés. Assister à cette relation essentielle : les fruits de la terre, rien que des produits de saison, à peine récoltés, échangés entre producteurs et consommateurs en toute simplicité. On avait fini par nous faire croire que manger simple et local, c'était banal et que cultivé ailleurs, c'était meilleur. Incroyable, quand on y pense, tout ce qu'on peut nous faire avaler, alors que les vitamines se fichent de l'originalité et réclament de la proximité. A se demander si une vie équilibrée ne commence pas là, juste là : sur les marchés.
 

Vivre : les gribouillis du coeur

 
 
amour et psyché / art romain 150-200 a.JC / Galerie des Offices / Florence
 
quelques heures brouillonnes d'incompréhension :
je déteste tant quand l'amour est en prison 

31 janv. 2025

Vivre : angélismes

 
Ercole al bivio (dett.) / Annibale Carracci / Museo Caopdimonte / Napoli
 
A propos d'une connaissance qui vient de rompre une relation "toxique", le mec étant un "pervers", elle (qui n'a jamais sa langue dans sa poche) commente : "La nouvelle tendance, quand on a un problème relationnel avec quelqu'un, c'est de traiter cette personne de "toxique". "Toxique" est le terme passe-partout qui sert à s'attribuer le bon rôle, sans jamais se remettre en question. Plus besoin de chercher à comprendre l'autre, ni de clarifier notre rôle dans ce qui a mal tourné. "Toxique" est devenu le mantra pour tout régler sans trop se fatiguer." 


30 janv. 2025

Vivre : surprendre l'arc en ciel

 


 Simplifier, simplifier, gommer, dégager,
face aux enfumages qui vont croissant, 
rendre à la vie sa limpidité 
lui restituer son enchantement