samedi 31 janvier 2026

Vivre / Voyager : la transition des saisons

 
jardins de la Chartreuse / Villeneuve-lès-Avignon
 
l'ombre est bien sûr fille de la lumière
elle défie le flou, le terne et le plat,  
elle s'agite, elle anime, elle astique, 
et ce mercredi-là, elle invitait la vie
- toute la vie - à clinquer avec éclat 
 
 

 

mardi 27 janvier 2026

Vivre : Still life / 189

 
 
Un pullover vintage, trouvé chez l'Anglais, au tournant du siècle, porté par R. depuis... peut-être vingt-cinq ans. (Pourquoi est-ce qu'on a toujours appelé cette boutique de vêtements masculins à deux pas du Rialto "chez l'Anglais" ? Je l'ignore. Le magasin, qui survit encore, porte le nom de son propriétaire, un authentique Vénitien dont les cheveux blonds ont progressivement blanchi au cours des années. Les habits vendus sont "made in Italy" et la clientèle le plus souvent locale. Va savoir...) Le fabricant a mis depuis longtemps la clef sous la porte, mais il produisait des pièces en laine de première qualité, si bien qu'on en trouve encore sur Vinted quelques exemplaires de plus en plus rares et prisés.
Même les meilleurs connaissent quelques faiblesses. Ainsi, dernièrement le bord inférieur commençait à s'effilocher. Mais, quoi ? Laisser tomber un modèle 100% laine pour quelques mailles sur le point de filer ? Ni une ni deux j'ai pioché dans mes réserves et trouvé de quoi surfiler et renforcer le bas des côtes.
Cela dit, vu sa résistance, le vaillant a de quoi tenir encore vingt-cinq années. 
 


 
  

lundi 26 janvier 2026

Vivre : marche arrière!



Contrariété entre toutes : alors que je commençais tout juste à mettre mes pas dans les pas de l'hiver, à apprécier les matins glacés et les racines amères, que j'avais ressorti toutes les paires de gants et les meilleurs pullovers, que j'aimais à me lover dans des plaids et que j'avais repris goût à paresser en douceur, que j'avais instauré le rite du thé de seize heures, voici que le printemps m'envoie ses avants-courriers. Quelque chose dans l'air, malgré les degrés et les rigueurs annoncées, quelque chose dans les chants, un je-ne-sais-quoi de doux et de suave, un frémissement dans la lumière, et dans les prés les premières primevères, et voici que s'annonce un renouveau, inexorablement, et moi, moi, prise de court, mise au pied du mur, je refuse de me mettre au vert et réclame un rab de froidure! 
 
 
 
 

dimanche 25 janvier 2026

Vivre : l'hiver, le lac

 

ici, la nage, c'est au choix :

eaux troubles ou plein brouillard
 


samedi 24 janvier 2026

Vivre : midi, la brasserie

 
Portrait de Tommaso Gricci / Pietro Benvenuti / Museo / Arezzo
 
Midi passé. La salle est belle, vaste. Le plafond orné de stucs. Une galerie court sur la moitié de la surface. Seule pendant quelques minutes, on ne se prive pas d'observer l'espace. Les tables sont presque toutes occupées. C'est l'heure du coup de feu. Il y a là des gens réunis par des repas d'affaires, mais aussi des amies qui se retrouvent pour échanger, des adultes qui invitent leurs parents âgés. Des collaborateurs, des coachs et des coachés. 
Soudain, une table occupée par deux personnes attire l'attention. Plus précisément, il s'agit d'un homme. Un homme qui fait face à son interlocuteur dont on ne distingue que le dos. Cet homme a quelque chose de particulier : il fixe intensément son commensal. Il le regarde, il le regarde vraiment. Il a le regard bienveillant, le regard qui invite à la confidence. Peut-être a-t-il un léger sourire sur les lèvres. L'autre parle, parle beaucoup, car l'homme n'est que dans la relance. Tout, dans sa gestuelle et dans son attitude appelle à la confiance. Est-il un ami cher à qui se raconter ? Est-il un collègue disposé à écouter ? Impossible de le savoir, mais tout, en lui, évoque la disponibilité. Il n'y a chez lui aucune trace de séduction, ou d'exercice forcé. Il est à l'écoute. Il est.
Il y a des attitudes d'ouverture comme ça, qui frappent et qui inspirent. Parfois des inconnus nous apprennent des choses sur nous, sur nos besoins ou nos désirs. Parfois aussi, ils nous donnent des leçons de savoir-vivre. 
 
 
 

vendredi 23 janvier 2026

Vivre : Still life / 188

 

 
On avait repéré le pullover dans une vitrine près du campo Santi Giovanni e Paolo. Personne à l'intérieur, mais un petit message affiché invitait à sonner. Ce qu'on a fait, plusieurs fois, sans que personne ne réponde. Un passant nous a glissé en vénitien qu'il fallait contourner le palazzo, traverser le petit pont et se rendre dans l'autre magasin, destiné aux hommes, lequel serait certainement ouvert en fin d'après-midi.
La vendeuse était là, qui n'avait rien entendu et nous a proposé de nous guider vers la première boutique en empruntant le raccourci à travers le rez du palais. Nous avons traversé le portego, le grand corridor central reliant la porte de terre à la porte d'eau, par laquelle s'effectuaient les livraisons depuis le canal. Il était terriblement humide et terriblement élégant, ouvert sur une cour où il devait faire bon l'été, à l'abri des fortes chaleurs. Tandis que j'essayais quelques modèles, elle nous a expliqué que la propriétaire louait à la semaine l'appartement de 500 mètres carrés situé au piano nobile. Un peu grand pour nous, quand même ... 
Ces immenses palais du Cinquecento ont tant d'histoires, liées à la micro et à la grande Histoire. Le journal online éNordEst racontait en 2023 comment des espaces exigus du grenier ont servi durant le fascisme à cacher des ouvriers juifs de l'entreprise de matériel naval créée par le grand-père de Patrizia, l'actuelle propriétaire. Le faste et le désespoir. Venise a tant de mystères!
Maintenant, chaque fois que j'enfile ce pullover, la chaleur de sa laine vient me rappeler le clapotis provenant du rio Santa Marina, notre souffle embué dans l'ombre profonde et le bruit de nos pas traversant le portego désert. 

 

jeudi 22 janvier 2026

Regarder : stupeur, réalité, énigme

 
La parque Lachésis / 1660-65 env. / collection privée
 
détail avec titre et signature de l'artiste
 
 
Aux Galeries de  l'Accademiétait présentée cette année l'exposition d'un peintre du XVIIe siècle qui m'était inconnu : Pietro Bellotti (1625-1700). Il s'agit d'un artiste lombard, né sur les bords du lac de Garde, près de Brescia et arrivé très jeune à Venise où il s'est fait connaître assez rapidement, avant de poursuivre sa carrière ailleurs dans la Péninsule et en Allemagne dès 1670. J'ignore si j'avais déjà vu certains de ses tableaux, car c'est typiquement le genre de peinture devant laquelle je passe très rapidement dans les musées. Généralement, j'accorde toute mon attention à l'art médiéval ou Renaissance qui précède cette période et ensuite j'ai tendance à décrocher, je fonce à travers ces salles avec un peu de mauvaise conscience, comme s'il n'y avait rien à en retenir, à la fois par lassitude et aussi par manque d'intérêt. Je ne retrouve ma motivation que devant des œuvres plus tardives, au seuil du XXe siècle.
 
La parque Lachésis / première version : 1654 / Staadsgalerie / Stuttgart
 

 
détails signature et main
 
Mais cette fois-ci l'exposition était très bien documentée, elle avait été installée en bonne place au rez du musée, avec des toiles mises en valeur par des fonds rouge, vert et bleu. On prenait grand plaisir à observer l'évolution de l'artiste, dans la mouvance de son époque, s'attachant à un fort réalisme, avec une orientation progressive vers des scènes de genrePietro Belotti approfondit ses sujets en négligeant peu à peu les paysages et les décors et en se focalisant de plus en plus sur les personnages. En traitant ces portraits, son travail frôle l'hyperréalisme. On pourrait dire que sa manière le rend quasiment contemporain.  Par exemple, quand il s'applique à peindre les détails du visage, de la gorge et des mains des deux Parques ci-dessus, tannés par le soleil et les travaux quotidiens. Ainsi représentées, elles n'ont rien d'enjolivé ni d'altier : ce sont des femmes du peuple qui sont portraiturées. C'est en les traitant comme si elles méritaient autant d'intérêt qu'une femme de haut rang que le peintre leur confère élégance et noblesse.
 
Il en va de même pour d'autres tableaux tels que ceux-ci, représentant une vieille femme et deux versions très similaires de Socrate : 
 
Vieille femme voilée / env.1655 / Ca' Rezzonico / Venezia
 
 
Socrate (en bleu) / Brescia / collection privée
 
Socrate (en rose) /  Brescia / collection privée
 

Popolani all'aperto / coll. Gallerie dell'Accademia / Venezia
 
Au fil du temps, le travail de Bellotti évolue vers toujours plus de réalisme et de crudité. Dans ce tableau plus tardif, Des paysans en plein air, peint entre 1685 et 1690 et qui vient d'être acquis par le Ministère de la Culture italien, il s'éloigne des thèmes élevés ou cultivés pour traiter franchement des sujets populaires, en veillant toujours à leur conférer une dignité certaine. Cette femme occupant le centre de la toile, avec sa large manche rouge tranchant sur le reste du tableau peint au moyen d'une palette aux tons brun et beige est solidement plantée. Elle se tourne vers le spectateur et le toise avec une hauteur qui tient presque du défi. Elle le regarde d'égale à égal et semble lui dire "Oui, je reprise un vêtement, et quoi ? Saurais-tu faire ce que je fais là ? Ne me fais pas perdre mon temps je te prie! "


  Popolani all'aperto / coll. Gallerie dell'Accademia / Venezia (détail)
 
Après la visite, on se dit que décidément un musée n'est pas un mausolée. Il ne doit pas renfermer des trésors, mais permettre des découvertes. En ce sens, les trois commissaires de l'exposition (Filippo Piazza, Francesco Ceretti et Michele Nicolaci) ont parfaitement réussi leur travail : nous faire connaître et peu à peu apprécier le Seicento mal aimé.
 

mercredi 21 janvier 2026

Regarder : les trop-pleins des places vides

 
Luigi Ghirri / Brescello / Piazza e chiesa di S. Maria Nascente / 1989
 
Ce soir-là, il était tard et on avait de justesse pu se glisser à l'intérieur du palais, On s'était retrouvés devant cette photographie de Luigi Ghirri. La nuit sur l'image faisait écho à celle qui était en train de tomber sur la cité. Il y a des images qui vous immobilisent et vous imposent le silence, qui vous inondent d'émotions avec une tranquille évidence. Les émotions, ensuite, à vous de les identifier, d'en trouver l'origine et la fonction, de les explorer. 
Une place vide et, dans cet espace carré, désert, inondé de clarté (sans qu'on puisse trop savoir d'où cette clarté provenait) une statue érigée. Au fond, face à l'objectif, une église à la façade classique, tout au fond encore, quelques voitures garées. Sinon : rien. Le vide. Ou si peu de chose. Et c'est ce rien qui nous a très vite fascinés. A tel point qu'on aurait voulu pouvoir emporter le tirage avec soi et pouvoir le regarder à l'infini, de préférence le soir, car il donnait accès à un monde intermédiaire, entre veille et sommeil, celui où les souvenirs et les rêves s'entremêlent. 
 
On a repensé immédiatement à la photo qu'avait prise à Spilimbergo Bernard Plossu découverte au musée Granet il y a quelques années :
 
Bernard Plossu / Spilinbergo / 2008 / exposition au musée Granet / Italia discreta / 2022
 
Un cliché qui avait été pris de jour, mais il en émanait le même silence et la même étrange clarté. On a repensé aux billets qu'on avait écrit ici et ici évoquant ces émotions qui font irruption devant des paysages - urbains ou pas - qui viennent vous parler de lieux essentiels, de l'enfance toujours vivante, de mots et de sonorités où l'on s'est sentis ancrés. Un appel à méditer qu'on peine à comprendre mais qu'il s'agit de vivre et d'écouter. Il y a comme ça des images qui apaisent et qui inspirent, qui consolent et qui rappellent. Tout le contraire de l'exil. 

  

mardi 20 janvier 2026

Vivre : un salut en passant

 
 
"La vie, c'est comme une bicyclette : il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre". 
 Albert Einstein

Cette année, ils se doraient au doux soleil de janvier, les deux Augustes (plus âgés et donc barbus) et les deux Césars (imberbes). Importés à Venise suite au sac de Constantinople durant la quatrième Croisade en 1204, on a ignoré durant longtemps leur emplacement initial dans la capitale turque. C'est la découverte, en 1965, du pied manquant à l'un des vénérables lors de fouilles dans l'église du Myraleion (aujourd'hui Mosquée de Bodrum) qui a permis d'identifier leur lieu d'origine
 
Le pied amputé se trouve aujourd'hui au Musée archéologique d'Istanbul et c'est un fac simile en pierre d'Istrie qui sert aujourd'hui de prothèse au pauvre César mutilé. Au-delà de toutes les données historiques, il me plait de voir dans ce groupe sculpté le symbole d'un pouvoir solide et solidaire, conscient et concerté, sur lequel le peuple pouvait compter. 
 
Mille fois d'accord, génial Albert, avancer, oui, il faut avancer, mais en sachant négocier les virages et sans foncer dans le mur. C'est pour ça que, dans un monde de changements et d'accélérations, de perturbations et de multiplications, les retrouver toujours en place sur la piazzetta, toujours stables et assurés, ça procure un infini sentiment de sécurité. Dès lors, pas de séjour dans la Sérénissime sans un tête à têtes avec ces Tétrarques estimés. 
 

lundi 19 janvier 2026

Vivre : place à la nouveauté

 
Portrait de Ferrante d'Avalos / Peintre lombard du XVIe s. / Museo Correr / Venezia
 
 
Janvier : mois idéal pour épurer
 
 

dimanche 18 janvier 2026

Vivre : le sens de l'essentiel

 
Punta Paloma / Espagne / 2001 / Ad van Denderen
 
Sur l'aire ensoleillée en ce milieu d'après-midi, l'homme s'activait. Il changeait avec soin les sacs des poubelles au contenu plus ou moins bien trié. A l'intérieur du restoroute, les toilettes étaient astiquées, les sols encore humides. Comment ne pas remarquer son travail parfait ? On a déposé discrètement deux pièces sur son charriot à côté d'un rouleau de polyéthylène et quand on est passés près de l'homme on lui a souri en lui souhaitant une belle journée. Il a souri en retour et s'est étonné : c'est la première fois. C'est la première fois qu'on pense à me saluer. Comment lui dire qu'on le trouvait superbe, avec ses dents blanches et son allure déliée, sa manière agile de travailler ? Un lumignon au cœur de la société. Une rencontre brève qui avait illuminé la fin de notre trajet.
 

Voyager : signes des temps

 

  
Il montait la garde devant la Libreria Acqua Alta. Fermement ancré à l'entrée,  bien dodu, il assumait des allures de pacha. Ces dernières années, toujours moins de chats aperçus dans les calli, très peu, alors que, robustes ou faméliques, tigrés ou tricolores, ils avaient longtemps fait partie de la mythologie de la ville
 
Par quel mystère Venise est-elle devenue en quelques années une ville de chiens ? Va savoir...
 
Des toutous partout. Des magasins pour toutous avec tout le nécessaire pour se faire bichonner, parfumer, shampooiner, habiller (combinaisons, manteaux, pyjamas), se laisser et se délasser, se faire transporter dans des sacs adaptés. Sur les campielli où naguère se coursaient des enfants, on aperçoit de plus en plus d'humains lançant des baballes à leur chien. Des chiens au format de plus en plus réduit, histoire de pouvoir les emporter partout avec soi : musée, restaurant, shopping, cinéma. 
 
A en voir partout, de ces toutous jouet ou substitut, on a beau aimer les clébards - les vrais - on sent monter comme un rejet. Il est vrai que les canidés, on les aime nature, qui se roulent dans la gadoue, se reniflent, s'ébrouent, qui sentent bon le poil mouillé et l'os rongé. Alors, quand on aperçoit un authentique chat vénitien, imposant et pensif, apparemment fidélisé à plusieurs cantines du quartier, on sort son appareil et on lui tire le portrait. 
 
 

 

lundi 12 janvier 2026

Vivre : Still life / 187

 


qu'importe sa valeur marchande et qu'importent ses destinataires, 
inattendu, banal ou éblouissant, l'essentiel est qu'il vienne du cœur :
un message d'amour qui part, et personne ne sait ce qu'il va devenir... 

 
 

dimanche 11 janvier 2026

Vivre : que faire ?

 

que faire ? au cœur de l'hiver, que faire ?
rien. rien : surtout ne pas s'agiter, se contenter
de respirer et vivre intensément et uniquement 
l'hiver 

samedi 10 janvier 2026

Vivre : Still life / 186

 



Petit cadeau. Grand plaisir. Qu'il est doux, tapotant dans l'aube glacée, 
de prendre son café en suivant les traces d'un lugeur déluré !
 

 

vendredi 9 janvier 2026

Vivre : Still life / 185

 
 

 
Ma grand-mère n'avait pas une once de coquetterie. Elle n'en avait ni les moyens ni le temps. Son seul produit de beauté, c'était le borotalco Roberts (merci, ô merci, la marque de n'avoir jamais changé le look du flacon). Le talc adoucisseur de peau, absorbant l'humidité, soignant les orteils irrités, avec une rassurante odeur de propreté, se trouve toujours en bonne place dans ma salle de bain. Quand ce bon vieux virus (VZV pour les intimes) qui se planquait dans mon organisme depuis près de soixante ans a choisi la veille de Noël pour faire son come-back, avec son lot de rougeurs et de démangeaisons, les antiviraux prescrits par ma doctoresse m'ont bien défendue. Mais surtout : au moment du coucher, il était si bon de pouvoir apaiser mes vésicules avec la poudre douce et blanche de mon enfance... une vraie caresse apportant son lot de réminiscences... 

jeudi 8 janvier 2026

Lire : le charme discret de la proximité

 
 


 ...le seul voyage qui importe est celui que nous faisons sans l'aide de personne, en osant nous émanciper du cadre convenu du tourisme. [p.60}
Dédaigner le "monumental", c'est échapper à toutes les versions officielles qui le recouvrent et orienter son regard vers l'inconnu - le non-jugé, le non-classé, le non-répertorié, le non-aseptisé sous un amas de commentaires. C'est retrouver le regard d'un enfant qui ne sait pas, qui ne sait rien, mais qui ressent, sans lunettes déformantes, la densité du monde. Ma pratique du microvoyage consiste précisément dans cet état d'esprit innocent - d'autres diraient naïf d'appréhender le monde. Il me semble que ce n'est qu'à ce prix que l'on peut atteindre la beauté simple et naturelle.
En vérité, les touristes qui "fuient" à l'autre bout du monde convaincus d'échapper à l'ennui de l'archiconnu, manquent d'imagination.  [p.182-183]
 
On entre dans ce petit livre un peu comme on part à l'aventure et on le lit comme on boit du petit lait. Le microvoyage, c'est le contraire du tourisme de masse appelant à aller chercher très loin un antidote à la routine ou à la frustration. L'auteur, qui habite la région parisienne depuis de nombreuses années, y décrit son plaisir et son enthousiasme à partir chaque samedi en vadrouille de proximité sans aucun plan ni itinéraire prédéfini. Il raconte le bonheur lié à ce genre de voyage ayant remplacé depuis un bout de temps en ce qui le concerne les transhumances dans lesquelles se lancent ses contemporains. Un bonheur tout en lenteur et en curiosité qu'il lui appartient de renouveler de semaine en semaine.
 
A l'appui de ses arguments, Rémy Oudghiri appelle tour à tour une belle brochette d'artistes et de poètes : bien sûr, Rousseau, Baudelaire, Rilke, Giono, Jacottet mais aussi Handke (dont il invite à lire Mon année dans la baie de Personne) et des cinéastes comme Tati et Wim Wenders. Certes, les citations sont pour la plupart connues, mais elles sont intégrées avec justesse dans les chapitres qu'elles illustrent et elles donnent envie de se replonger dans l'ouvrage qui les a vues naître.
 
Le manifeste du microvoyage se base sur six recommandations détaillées à la fin du livre, à savoir : le dépaysement; la beauté; la sobriété; l'apprentissage; la poésie; le bonheur. L'auteur en propose en guise de synthèse la formule suivante : l'art du microvoyage est une façon de dévoiler la poésie du monde [p.171] 
 
Peut-être que la philosophie qui résume le mieux cette démarche d'apprentissage est celle du maître taoïste  Tchouang-Tseu, cité en page 186 :
 
Avec peu, on se trouve, avec trop, on se perd. 
 
Un petit livre magique (même si par moments redondant) qui vient rappeler le plaisir qu'il y a à appartenir au monde sans se sentir obligé de suivre les diktats des modes et des codes imposés. Une invitation à écouter "sa petite musique" à l'écart des foules et de leurs déplacements en croissance démesurée. Et si, tout compte fait, l'émerveillement de la découverte se trouvait à quelques enjambées ?
 

mercredi 7 janvier 2026

Vivre : hiberner (ou pas)

 

 
Au petit matin moins neuf degrés avec un givre inspiré venu ciseler toutes sortes de jolis flocons sur les vitrages frigorifiés.
Mes pieds toujours glissés sans chaussettes dans mes souliers et toujours pas le moindre gant pour envelopper mes mains glacées.
Fêlés pour fêlés, sur les rives, toujours les mêmes passionnés scrutant rêveusement le lac avant d'ôter leurs frusques et de s'y jeter.
 

mardi 6 janvier 2026

Vivre : activités de pacotille

 
Les devoirs de vacances / Maurice Denis / Petit-Palais / Genève
 
 
La cure de janvier a commencé et force est de constater qu'avec le temps l'entassement de choses a bien diminué. A tel point qu'ici ce ne sont plus tant les objets qui obstruent l'existence, mais plutôt d'autres réalités. La surconsommation s'est déplacée. Snacking, following, scrolling, peoplepleasing. Quels que soient les mots pour les dire, la langue et les sonorités, il y a tant de moyens de dilapider ses énergies. Il y a tant de moyens de perdre sa vie, de perdre son temps, ce temps si précieux qui nous a été remis le jour où l'on est née. Est-ce bien ton capital, ta sueur que tu veux éparpiller en dépenses insensées ? Est-ce vraiment ainsi que tu veux les galvauder, veux-tu les gâcher en toutes sortes d'activités - ou plutôt : de non activités, bêlantes et insensées - le veux-tu vraiment ? Si tu ne veux pas, si tu ne veux plus, à quoi vas-tu renoncer dès aujourd'hui ? Tel est l'exercice de la journée.

  

lundi 5 janvier 2026

Vivre : savoir gré

 
Incoronazione della Vergine / Giovanni da Pesaro / GNM / Urbino
 
Elle montre son cahier de gratitudes, aux pages craquant entre ses doigts. Elle dit : Pour le monde. Puis ajoute : Et envers moi. 
 
 

dimanche 4 janvier 2026

Vivre : clair de lune éclaire la terre

 
 

 
 tout roule tout roule
ce matin la lune
invitait à ne pas
 perdre la boule 
 
 

 

Vivre : d'une rive à l'autre

 
firenze / ponte della Carraia

 
y a-t-il au monde chose plus féconde que la naissance d'un pont ? 
 
 

samedi 3 janvier 2026

Vivre : sur les visages de Piero

  
 
 
Madonna del Parto / Piero della Francesca / Monterchi / AR
 
 
 Quand tout s'emballe
autour de toi, toi,
ne t'emballe pas.
 
 

vendredi 2 janvier 2026

Vivre : le positif du négatif

 
 

 
Enfin! après des jours et des jours!
Enfin! la baisse des températures! 
Du soleil dans la froidure!
 
 

jeudi 1 janvier 2026

Vivre : comme un poisson

 
Poissons Ayu / Utagawa Hiroshige / Museo d'Arte orientale / Genova

 
 
Pourquoi t'obstiner à considérer en linéaire ce qui est cyclique, tient de l'ondulation et du circulaire ? 
Les voies toutes droites, c'est plus court, tellement plus court, mais elles sont si étroites, si ordinaires,
rassurantes, peut-être, mais ne laissant aucune place au mystère de la guérison et à ses profondeurs.