La parque Lachésis / 1660-65 env. / collection privée
Aux Galeries de l'Accademia était présentée cette année l'exposition d'un peintre du XVIIe siècle qui m'était inconnu : Pietro Bellotti (1625-1700). Il s'agit d'un artiste lombard, né sur les bords du lac de Garde, près de Brescia et arrivé très jeune à Venise où il s'est fait connaître assez rapidement, avant de poursuivre sa carrière ailleurs dans la Péninsule et en Allemagne dès 1670. J'ignore si j'avais déjà vu certains de ses tableaux, car c'est typiquement le genre de peinture devant laquelle je passe très rapidement dans les musées. Généralement, j'accorde toute mon attention à l'art médiéval ou Renaissance qui précède cette période et ensuite j'ai tendance à décrocher, je fonce à travers ces salles avec un peu de mauvaise conscience, comme s'il n'y avait rien à en retenir, à la fois par lassitude et aussi par manque d'intérêt. Je ne retrouve ma motivation que devant des œuvres plus tardives, au seuil du XXe siècle.
La parque Lachésis / première version : 1654 / Staadsgalerie / Stuttgart
Mais cette fois-ci l'exposition était très bien documentée, elle avait été installée en bonne place au rez du musée, avec des toiles mises en valeur par des fonds rouge, vert et bleu. On prenait grand plaisir à observer l'évolution de l'artiste, dans la mouvance de son époque, s'attachant à un fort réalisme, avec une orientation progressive vers des scènes de genre. Pietro Belotti approfondit ses sujets en négligeant peu à peu les paysages et les décors et en se focalisant de plus en plus sur les personnages. En traitant ces portraits, son travail frôle l'hyperréalisme. On pourrait dire que sa manière le rend quasiment contemporain. Par exemple, quand il s'applique à peindre les détails du visage, de la gorge et des mains des deux Parques ci-dessus, tannés par le soleil et les travaux quotidiens. Ainsi représentées, elles n'ont rien d'enjolivé ni d'altier : ce sont des femmes du peuple qui sont portraiturées. C'est en les traitant comme si elles méritaient autant d'intérêt qu'une femme de haut rang que le peintre leur confère élégance et noblesse.
Il en va de même pour d'autres tableaux tels que ceux-ci, représentant une vieille femme et deux versions très similaires de Socrate :
Vieille femme voilée / env.1655 / Ca' Rezzonico / Venezia
Socrate (en bleu) / Brescia / collection privée
Popolani all'aperto / coll. Gallerie dell'Accademia / Venezia
Au fil du temps, le travail de Bellotti évolue vers toujours plus de réalisme et de crudité. Dans ce tableau plus tardif, Des paysans en plein air, peint
entre 1685 et 1690 et qui vient d'être acquis par le Ministère de la
Culture italien, il s'éloigne des thèmes élevés ou cultivés pour traiter franchement des
sujets populaires, en veillant toujours à leur conférer une dignité certaine.
Cette femme occupant le centre de la toile, avec sa large manche
rouge tranchant sur le reste du tableau peint au moyen d'une palette aux tons brun et beige est solidement plantée. Elle se tourne vers le spectateur et le toise avec une hauteur qui tient presque du défi. Elle le regarde d'égale à égal et semble lui dire "Oui, je reprise un vêtement, et quoi ? Saurais-tu faire
ce que je fais là ? Ne me fais pas perdre mon temps je te prie! "
Popolani all'aperto / coll. Gallerie dell'Accademia / Venezia (détail)
Après la visite, on se dit que décidément un musée n'est pas un mausolée. Il ne doit pas renfermer des trésors, mais permettre des découvertes. En ce sens, les trois commissaires de l'exposition (Filippo Piazza, Francesco Ceretti et Michele Nicolaci) ont parfaitement réussi leur travail : nous faire connaître et peu à peu apprécier le Seicento mal aimé.
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