Il montait la garde devant la Libreria Acqua Alta. Fermement ancré à l'entrée, bien dodu, il assumait des allures de pacha. Ces dernières années, toujours moins de chats aperçus dans les calli, très peu, alors que, robustes ou faméliques, tigrés ou tricolores, ils avaient longtemps fait partie de la mythologie de la ville.
Par quel mystère Venise est-elle devenue en quelques années une ville de chiens ? Va savoir...
Des toutous partout. Des magasins pour toutous avec tout le nécessaire pour se faire bichonner, parfumer, shampooiner, habiller (combinaisons, manteaux, pyjamas), se laisser et se délasser, se faire transporter dans des sacs adaptés. Sur les campielli où naguère se coursaient des enfants, on aperçoit de plus en plus d'humains lançant des baballes à leur chien. Des chiens au format de plus en plus réduit, histoire de pouvoir les emporter partout avec soi : musée, restaurant, shopping, cinéma.
A en voir partout, de ces toutous jouet ou substitut, on a beau aimer les clébards - les vrais - on sent monter comme un rejet. Il est vrai que les canidés, on les aime nature, qui se roulent dans la gadoue, se reniflent, s'ébrouent, qui sentent bon le poil mouillé et l'os rongé. Alors, quand on aperçoit un authentique chat vénitien, imposant et pensif, apparemment fidélisé à plusieurs cantines du quartier, on sort son appareil et on lui tire le portrait.


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