...le seul voyage qui importe est celui que nous faisons sans l'aide de personne, en osant nous émanciper du cadre convenu du tourisme. [p.60}
Dédaigner le "monumental", c'est échapper à toutes les versions officielles qui le recouvrent et orienter son regard vers l'inconnu - le non-jugé, le non-classé, le non-répertorié, le non-aseptisé sous un amas de commentaires. C'est retrouver le regard d'un enfant qui ne sait pas, qui ne sait rien, mais qui ressent, sans lunettes déformantes, la densité du monde. Ma pratique du microvoyage consiste précisément dans cet état d'esprit innocent - d'autres diraient naïf d'appréhender le monde. Il me semble que ce n'est qu'à ce prix que l'on peut atteindre la beauté simple et naturelle.En vérité, les touristes qui "fuient" à l'autre bout du monde convaincus d'échapper à l'ennui de l'archiconnu, manquent d'imagination. [p.182-183]
On entre dans ce petit livre un peu comme on part à l'aventure et on le lit comme on boit du petit lait. Le microvoyage, c'est le contraire du tourisme de masse appelant à aller chercher très loin un antidote à la routine ou à la frustration. L'auteur, qui habite la région parisienne depuis de nombreuses années, y décrit son plaisir et son enthousiasme à partir chaque samedi en vadrouille de proximité sans aucun plan ni itinéraire prédéfini. Il raconte le bonheur lié à ce genre de voyage ayant remplacé depuis un bout de temps en ce qui le concerne les transhumances dans lesquelles se lancent ses contemporains. Un bonheur tout en lenteur et en curiosité qu'il lui appartient de renouveler de semaine en semaine.
A l'appui de ses arguments, Rémy Oudghiri appelle tour à tour une belle brochette d'artistes et de poètes : bien sûr, Rousseau, Baudelaire, Rilke, Giono, Jacottet mais aussi Handke (dont il invite à lire Mon année dans la baie de Personne) et des cinéastes comme Tati et Wim Wenders. Certes, les citations sont pour la plupart connues, mais elles sont intégrées avec justesse dans les chapitres qu'elles illustrent et elles donnent envie de se replonger dans l'ouvrage qui les a vues naître.
Le manifeste du microvoyage se base sur six recommandations détaillées à la fin du livre, à savoir : le dépaysement; la beauté; la sobriété; l'apprentissage; la poésie; le bonheur. L'auteur en propose en guise de synthèse la formule suivante : l'art du microvoyage est une façon de dévoiler la poésie du monde [p.171]
Peut-être que la philosophie qui résume le mieux cette démarche d'apprentissage est celle du maître taoïste Tchouang-Tseu, cité en page 186 :
Avec peu, on se trouve, avec trop, on se perd.
Un petit livre magique (même si par moments redondant) qui vient rappeler le plaisir qu'il y a à appartenir au monde sans se sentir obligé de suivre les diktats des modes et des codes imposés. Une invitation à écouter "sa petite musique" à l'écart des foules et de leurs déplacements en croissance démesurée. Et si, tout compte fait, l'émerveillement de la découverte se trouvait à quelques enjambées ?
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