Les réunions au Japon avaient commencé dès 1913, avant la tragédie, et en 1918 Wright se rendit à Tokyo pour superviser le chantier en personne, une tâche qui l'occupa durant quatre ans. Lorsque le coût de la construction explosa, atteignant six fois le budget initial, et que les tensions avec la direction de l'hôtel atteignirent leur point culminant en raison des incessantes modifications de plan, le directeur responsable du projet démissionna. Wright, souffrant de problèmes gastro-intestinaux chroniques, fut également obligé de quitter le Japon avant d'avoir vu son œuvre achevée.Le 1er septembre 1923, neuf ans après la tragédie de Taliesin, le bâtiment principal de l'hôtel Impérial sous la direction d'un des apprentis architectes japonais de Wright. Mais, à 11 heures 58, alors que la cérémonie d'inauguration était sur le point de commencer, la terre se mit à trembler. [p.58]
Déniché l'autre jour dans une petite librairie provençale, le roman La Maison d'été de Masashi Matsuie ne cesse de me fasciner par son écriture épurée, sensible, décrivant avec une même finesse les faits, la nature, les états d'âme aussi bien que les dynamiques de groupe ou de triangle amoureux.
Le premier roman de cet éditeur japonais publié dans son pays en 2012, à cinquante ans passés, surprend par l'originalité de son sujet : ancré au début des années 1980, il présente une réflexion sur l'architecture au sens large à travers les yeux d'un jeune stagiaire recruté par un bureau prestigieux. Cependant, à travers les processus appartenant aux projets architecturaux, il parle de manière plus étendue de la question du temps qui passe, le temps nécessaire à construire et le temps qui inexorablement détruit.
Le texte surprend par son érudition, basée sur des faits réels, même si ses principaux protagonistes sont fictionnels. Ainsi, le maître Shunsuke Murai, un personnage inspiré de plusieurs figures existantes, est présenté comme un disciple de Franck Lloyd Wright durant la période de la seconde guerre mondiale.
A un certain point on apprend l'histoire du plus célèbre hôtel japonais, l'hôtel Impérial de Tokyo, dont la seconde version a été conçue par le célèbre architecte étasunien. Les circonstances de son inauguration ont beaucoup contribué à redonner de l'élan à la carrière de Wright, alors âgé de 56 ans.
Frank Lloyd Wright Foundation Archives / Columbia University / New-York
Le grand tremblement de terre du Kantō représenta une catastrophe sans précédent : des centaines de milliers de morts et de disparus, et la ville de Tokyo réduite à un océan de ruines, ravagée par les effondrements et les incendies. Quelques jours plus tard, lorsque les liaisons furent rétablies, Wright reçu un télégramme en provenance de Tokyo : "L'hôtel est intact, tel un monument à votre génie."Pour Wright, que l'on croyait à terre, ce grand désastre se révéla être un allié aussi inespéré qu'inattendu. [p.58-59]
Comme souvent, mes lectures me portent à des digressions. J'ai régulièrement besoin de comprendre ou d'approfondir ce que je suis en train de lire. Il m'arrive alors de quitter un livre pour aller pêcher toutes sortes d'informations et je me suis penchée sur l'histoire de ce fameux hôtel, datant de 1890, dont l'architecte Yuzuru Watanabe avait conçu les premiers plans. Vingt ans plus tard, il a fallu agrandir l'établissement qui n'était plus apte à accueillir un clientèle croissante. On fit donc appel à Wright pour réaliser la deuxième version (ce qui n'alla pas sans difficultés comme on peut le lire dans le roman précité).
L'impressionnante et luxueuse bâtisse fut détruite en 1967, car elle donnait des signes de vieillissement et ne répondait plus aux attentes de rentabilité. Il existe aujourd'hui une troisième version, un bâtiment de grand standing, aux lignes contemporaines inauguré en 1970, un "géant" qui comporte plus de 900 chambres (à titre de comparaison, l'hôtel Park Hyatt où a été tourné le film Lost in translation en compte environ 170).
ATTA - Atelier Tsuyoshi Tane Architects
Bien entendu, l’œuvre de Wright a été conservée de telle sorte que le public puisse encore s'imaginer le projet. On peut visiter au Musée Meiji-Mura le hall principal, qui a été démantelé et reconstitué. Le site mis en place par l'hôtel impérial (ICI) permet de se représenter à la fois le travail du célèbre architecte, et aussi de s'informer sur les matériaux et techniques utilisés par celui-ci. En outre, l'actuel hôtel abrite une suite Frank Lloyd Wright®, qui "dispose d'un relief en pierre d'Oya, de vitraux faits à la main et de meubles en chêne mis en scène dans la symétrie pour laquelle Wright était célèbre." ainsi que "le Old Imperial Bar, qui comprend plusieurs reliques originales de The Wright Imperial, y compris un relief, un mur en terre cuite et des lampes".
Bien. Après m'être enquise du prix de la plus modeste chambre de cet établissement classieux, impressionnée par toutes les informations reçues, me voici prête à reprendre ma lecture de La maison d'été...



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