8 mars 2018

Vivre : de conserve


Statues romaines / Musées capitolins / Rome


Que le corps et l’esprit soient intimement liés, comment en douter ?
A peine le premier tombe-t-il malade que le second se retrouve fiévreux,
sans défenses, quasiment défectueux. Larmoyant comme le temps. 
Seule l'évaporation des maux ramène la cohérence des propos. 

7 mars 2018

Lire : quand le printemps gèle




Le Libraire de Prague se déroule en 1968 et commence deux semaines avant l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques, quand un vent de liberté souffle encore sur le régime communiste. Jonas Fink, le héros de la trilogie, a maintenant la trentaine et une amie vietnamienne, stagiaire en médecine. Il a repris la librairie Finkel. Sa mère délire dans un hôpital. Son ancienne petite amie Tatjana, journaliste, revient après douze ans pour couvrir les visites de Tito et de Ceauscescu. Malgré le dessin simple et coloré de Giardino, on sent monter les tensions et les secousses de l’Histoire. 
Envie de ralentir la lecture, de rester encore un peu avec les personnages, tout au  long de ce dernier et mélancolique volet.
Dans son introduction (quelques bribes autobiographiques), Giardino a écrit :

Je souffre depuis des années d'une légère claustrophobie; avec l'âge elle a diminué, mais n'a pas complètement disparu. Être enfermé entre des murs étroits me donne des crises d'angoisse et des difficultés à respirer. Je vois aujourd'hui que les "murs" se multiplient et que le vent d'espoir d'autrefois a cessé de souffler. J'avoue être un peu inquiet, mais je veux cependant clore ces lignes par un souhait. Le souhait qu'un jour, j'espère bien avant vingt-cinq ans, les faits me démentissent encore une fois et que les "murs" que je vois aujourd'hui s'élever dangereusement, soient tous abattus. Alors, enfin, je respirerai mieux.

6 mars 2018

Vivre : tout près de la forêt





Les trilles : de légères particules de printemps qui s'éparpillent sur la neige.

5 mars 2018

Vivre: la traversée de l'hiver / 20






Il y a les questions directes. 
Et il y a aussi les regards discrètement interrogateurs, 
qui scrutent et se baissent et demandent du coin de l’œil : 
quand est-ce que l'appartement sera enfin disponible ?

S'il n'en tenait qu'à moi, tout serait déjà offert, distribué ou bazardé.
Je vis mal ce qui traîne sans usage et je commence à m'user dans cette perte lente.
La vie continue, les gens ont besoin de logements. Cependant E. a besoin de temps. 
Se séparer de ce qui appartenait à notre mère est pour elle un calvaire.

Je repense à cette situation un peu folle:
Habituellement, c'est après le décès qu'on disperse les effets personnels.
Une manière symbolique de faire son deuil.
Ici, nous voici à devoir éliminer ce qui lui appartient encore et qu'elle ne réclamera jamais.

Trop de fois quand je vais la voir : 
cette impression de me retrouver face à une coquille vide. 
Une femme hagarde regarde par-dessus mon épaule 
et s'agace si je lui caresse la main.


4 mars 2018

Vivre : soir d'hiver en Catalogne


Pleurants / MNAC / Barcelone

Dans cette banlieue de Barcelone où nous avions débarqué pour la première fois il y a trente-cinq ans, nous attendaient la pluie et bientôt la neige, et malgré cet événement somme toute exceptionnel, au premier regard, rien ne semblait vraiment avoir changé. Les immeubles paraissaient tout autant décrépits, même s’ils côtoyaient à présent une multitude d’hypermarchés. De plus en plus d’invitations à consommer : sans doute le changement le plus marquant.

Les rues désertées, désolées n’invitaient pas à la réjouissance. Aux balcons, quelques drapeaux catalans et espagnols se faisaient face avec des mines d’écoliers réprimandés. Dans le salon où l’on me rafraîchit ma coupe, on usa d’euphémismes pour évoquer les tensions du moment : « les événements », les « circonstances », prononçait le coiffeur tout en se hâtant de parler de surf et d’enfants. A nuit tombée, devant  l'ajuntament, les flocons semblèrent harceler une pauvre manifestation. La belle saison est plus propice semble-t-il aux chamboulements.

Ce lieu où nous avions connu tant de rires, tant d’espérances post-franquistes, tant de débats stimulants, n’accueillait à présent que des promeneurs de chiens et des consommateurs pressés. Sur les trottoirs, les vendeurs de loterie distribuaient avec un certain succès leurs tickets chargés d’espoirs acharnés. J’acceptai l’offre d’un homme brandissant des sachets de citrons. On me dit plus tard qu’il s’agissait d’un gitan et qu’ils avaient probablement été volés.

A quelques kilomètres de là, les touristes livrés par RyanAir se baladaient sur les ramblas et commandaient des cognacs pour oublier le mauvais temps. Ils étaient venus consommer du sud et se retrouvaient à grelotter sous une couche de froidure polluée.

La roue tourne incessamment. Tout change tout passe. Et même l’accablement d’une ville ouvrière écrasée par l’hiver fondra bientôt, se transformera en rires et en fleurs, le temps d’un nouveau tour de roue, le temps d'un nouveau printemps.

3 mars 2018

Vivre : l'attaque blanche






Les bosquets : des kilomètres et des kilomètres de dentelle sous les assauts des flocons endiablés.
Les busards : ivres, désorientés, pauvres flammes éméchées  frôlant les essuie-glace, frôlant la chaussée.


2 mars 2018

Vivre : la ringardise




Enfant, je me souviens qu’à l’atterrissage, les passagers applaudissaient avec vigueur. Nous jubilions pour décharger l’anxiété sans doute. Avec la banalisation des voyages, c’est devenu ringard. Tellement évident. Il n’empêche : à chaque fois que les roues effleurent le tarmac, ressentir cette joie, ce soulagement devant le miracle qui se renouvelle. Rien ne va de soi. Rien n'est normal, banal, acquis. Alors, à chaque fois, je ressens tout au fond de moi une salve d'applaudissements.