16 mars 2018

Vivre : la traversée de l'hiver / 21





J’ai toujours été révoltée, révulsée par les conflits autour des questions d’héritage (la récente affaire qui fait les choux-gras de la press people illustre à son paroxysme cette affligeante réalité). J’en ai tellement entendues, des histoires sordides, des histoires minables, racontées par des amis, des collègues, ou des clients, que je me suis toujours juré de n’entrer pour rien au monde dans ces eaux troubles-là. Pas pour quelques cuillères en argent, pas pour quelques milliers de francs.

Si elle m'avait demandé les bijoux, la porcelaine, l'argenterie et le vison, je lui aurais volontiers dit prends. Juste ce picotement, à constater leur disparition. Fallait-il vraiment les escamoter ? me demandais-je, en remplissant les sacs, en me confrontant au vieux, au sale, à l'inutile. 
Plus tard, les jetant un à un dans les conteneurs, je martelais comme un mantra : Pas pour quelques cuillères en argent, pas pour quelques milliers de francs.


14 mars 2018

Vivre : à l'écoute





Refuzniks de tous les pays, gagnez les bois ! Vous y trouverez consolation. La forêt ne juge personne, elle impose sa règle. Elle dispense sa fête annuelle à la fin du mois de mai : la vie revient et les taillis se gonflent d’une fièvre électrique. En hiver, on ne s’y sent jamais seul : le cri d’un corvidé, la visite des mésanges et la trace des lynx dissipent l’angoisse.
En cas de mélancolie, il suffit de penser à ce beau principe de régénération : les arbres meurent, tombent et pourrissent. Et sur l’humus, qui est la mémoire de la forêt, d’autres arbres naissent et commencent pour un siècle ou deux leur ascension vers le ciel. 
Sylvain Tesson / Dans les forêts de Sibérie / Folio / p.184.

Tous les jours, levant le nez, elle se tient là si proche, vivante et sage. Maîtresse de l'instant, elle me répète que tout est appelé à naître, vivre et mourir.Je ne saurais me passer de ses leçons, ni de ses murmures, pas plus que de ses créatures. Je l'observe et trouve l'apaisement.



13 mars 2018

Vivre : l'entre-saison


composition : profil et roue / Odilon Redon / musée Granet / Aix-en-Provence


Le ciel fait des siennes. 
Coulées polychromes et déversements de pluies. 
Silences et gazouillis. 
Lac turquoise et montagne azurite. 
Les rives dégèlent, les canards sont repartis. 
Quelle sera donc la saison de cet après-midi ?

12 mars 2018

Vivre : le bouquet


Banksy / MOKO / 2016 / Amsterdam


Brouillard à perte de vue (et de vision).
Dans toute cette blancheur, de-ci de-là,
une crête une branche émergent et flottent.
Seules les tulipes apportent de chaudes notes.

11 mars 2018

Voir : partir pour mieux aimer

Saoirse Ronan  et Beanie Feldstein

"Quiconque parle d'hédonisme californien, n'a jamais  passé Noël à Sacramento" Joan Didion


Lady bird ou une année dans la vie d’une femme. : celle qui marque le passage de l’adolescence à l’âge adulte.
La réalisatrice, Greta Gerwig,qui incarnait il y  a quelques années l'inénarrable Frances Ha
s'est largement inspirée de sa propre histoire pour ce film sensible dans lequel chacun peut se retrouver.
Christine ne veut pas s'appeler Christine, elle rêve de prendre son envol et de fuir la vie trop prévisible qui l'attend dans sa province californienne. 
Boule d’énergie, obstinée et perspicace, partagée entre ses sentiments et le besoin de ruer dans les brancards, 
elle a besoin d'un ailleurs assez grand pour y faire éclore ses rêves.
Et puis il y a sa mère, généreuse infirmière, aimante et oppressive tout à la fois. Et son père, chômeur résigné, tout en tendresse,  
qui compte les points à chaque dispute, son père dépressif et sage qui semble le seul à comprendre son besoin d'espace.
Il sait que la valeur des racines se découvre souvent loin de chez soi.
Des réparties comme des fusées, des comédiennes complices et un scénario inventif, 
le film se déguste comme un pot d'hosties (non consacrées) dévorées dans une sacristie, jambes en l'air, avec sa meilleure amie.

10 mars 2018

Vivre : appétit d'oiseaux





Dans cette cuisine à quelques mètres de la forêt, rien de comestible ne se jette. Je sors du freezer un pain de mie oublié, le tranche et l'envoie en direction des frênes. Arrivent dare-dare une pie, puis deux. Et un corbeau, ainsi qu’un moineau. Pas question de bouder un tel festin. Ils commencent à s'en mettre plein le gosier. Mais soudain, les voici qui se hissent sur de hautes branches. Et la queue du petit renard ne tarde pas à se montrer. Du pain, c'est mieux  que rien, maître Goupil sillonne le terrain, le museau plein. 
Il disparaît.
Serait-il loin ? 
On peut en douter : les pies, le corbeau, le moineau dodelinent tout là-haut, l’air envieux, tendu, patient. On croirait presque les voir déglutir péniblement. Entre manger ou être dévorés, ils ont fait leur choix : plus de repas.

9 mars 2018

Vivre : perplexité


Episode de la vie de Saint Marc (détail) / giovanni Mansueti / Accademia / Venise


D’un côté, aux nouvelles, une décharge de coups de poings visuels.
Impressions réitérées et angoissantes que l’humanité court à sa perte.

Autour de soi, où que l’on se rende,
des gens généreux, curieux, entreprenants, soucieux du bien commun.

Chercher l’erreur. Ou plutôt : le point de décrochage,
là où la peur prend le dessus sur l’aspiration au bonheur.