23 mars 2018

Vivre : les mots pour le dire




Des mots que je n’utilise jamais : salmigondis, fissa, mordicus, falbalas et simagrées.
Des mots et expressions que j’utilise trop souvent : fichtre ! tudieu ! diantre ! si faire se peut, plait-il ?
Cette dernière, je ne sais pourquoi, a le don d'irriter R. au plus haut point

Pourtant, plait-il m’a toujours paru une façon jolie bien qu’un tantinet désuète de solliciter une précision.

22 mars 2018

Vivre : les affinités électives


Le jeune homme et les arts (détail) / Sandro Botticelli / Louvre / Paris


Dans les groupes, c’est curieux, il se passe toujours ce phénomène :

Les premières personnes rencontrées, celles vers qui fortuitement
je suis amenée à me diriger pour une info, ou pour dire trois mots
sont celles avec lesquelles je tisserai des liens plus tard
(idem a contrario pour les premiers instincts de répulsion)
On pourrait croire que ce n’est que du hasard
et que les séances suivantes vont rectifier l’impression.
Mais celles-ci ne font qu’apporter confirmation :
On se choisit, on se fuit au premier regard.

21 mars 2018

Manger : ras la fraise!


Portrait de Haesje van Clayburg / Rembrandt / Rijksmuseum / Amsterdam


Inodores, venues de loin et n'ayant le goût de rien,
que font-elles sur les étals, tandis qu'encore il neige?
Tordons enfin le cou à ces propositions obscènes :
mangeons sage, mangeons local, mangeons bien.

20 mars 2018

Voyager : parcours alternatif





Elle était au fond de ma poche. Où je l’avais perdue, je ne saurais le dire.
Toujours est-il que, après avoir entendu Madame la Consul honoraire me dire qu’elle ne pouvait malheureusement rien faire pour moi, pas plus que ses collègues de l’ambassade à La Haye d’ailleurs, et précisé que la compagnie que j’avais choisie se montrait très très sévère et que, même munie d’un constat de police, elle doutait qu’elle me laissât quitter le territoire à bord d’un de ses appareils, qu'il me faudrait alors probablement essayer de me procurer un billet auprès d’une compagnie plus compréhensive, ou rentrer par le train, qu’éventuellement je pouvais tenter de les appeler en leur expliquant en détail les raisons impératives pour lesquelles il me fallait repartir, je me suis retrouvée à sillonner la ville, à pied, en tram, en autobus pour aller quérir un banal rapport policier.
Ce faisant, je constatais que cette métropole avait très peu de commissariats et que ses habitants semblaient fort peu les connaître. Je me souviens de leur regard stupéfait quand je m’adressais à eux : something happened ? demandaient-ils tout en me regardant d’un air mi-consterné, mi-apitoyé.
Ce jour-là, au fil de ma recherche, j’ai découvert des quartiers inconnus, résidentiels ou populaires, et demandé mon chemin à toute sortes de gens, tous très gentils et attentionnés : des bibliothécaires, des réceptionnistes d'hôtel, des épiciers indiens, des retraités, des mères de famille, des balayeurs de rue, des policiers (en train de déménager), d’autres policiers (occupés à emménager et par conséquent les uns et les autres inaptes à me délivrer mon malheureux papier). Ils m’ont tous indiqué le chemin (un tortueux chemin, qu’ils montraient tous sur la carte en précisant basically it’s in this direction, it’s at twenty minutes walking) en se disant sincèrement désolés.

Au bout de trois heures, après qu’enfin, dans un ultime poste, une policière avenante m’eut tendu le document tant espéré, je décidais de faire la seule chose sensée qui s’imposait : plus question de démarches, téléphoniques ou bureaucratiques, je suis entrée péremptoirement dans la boutique d’un marchand chinois et j’ai choisi avec soin un porte-bonheur apte à me prêter main-forte. J’ai décidé que ce serait lui et lui seul qui saurait me faire passer la frontière.

Eh bien… quelques heures plus tard, ça a parfaitement fonctionné (n’en déplaise à Mme la Consul honoraire, que j'imaginais alors fort occupée à se goinfrer de petits fours dans une quelconque réception officielle).
En repensant à cette matinée ubuesque, je me dis qu’elle m’a appris bien plus sur la ville, ses rythmes et ses gens que les promenades en bateaux-mouches ou les visites guidées, les tours à vélo ou en pédalo. Elle m'avait fourni l'occasion de découvrir Amsterdam, destination touristique s'il en est, vraiment vraiment autrement.


19 mars 2018

Vivre : il neige encore...



Pelleter, certes, ne pas oublier les graines. 
Et surtout prendre le temps 
de vivre, encore une fois,
cet enchantement blanc.

18 mars 2018

Voyager : encore une fois




J’hésitais à retourner dans la ville par pure superstition.
Lors de ma dernière visite j'avais vécu là-bas des moments intenses, très beaux et je craignais qu'un retour ingrat ne puisse en briser le souvenir.
Je me souviens particulièrement de cette première matinée de novembre, qu'on aurait pu qualifier de maussade. La pluie tintinnabulait contre les vitres et, sur la terrasse, le chat de la voisine tentait de courser un merle sans conviction. Tandis que R. dormait encore, lovée dans un fauteuil, je m’étais absorbée dans la contemplation du dehors. Curieuse, sans être voyeuse, je regardais l'immeuble d'en face, ses intérieurs, les silhouettes furtives, les lumières qui s’allumaient et s’éteignaient, et je laissais défiler mes pensées. C’étaient des pensées douces comme une confiture d'automne, comme un soleil timoré. Je crois que je ne m’étais pas sentie aussi sereine depuis des années. Je vivais ce matin-là une sorte d'ouverture, une éclaircie, que le ciel bas ne pouvait refréner.
J’aurais pu rester ainsi pendant des heures. Je ne trouvais aucune tristesse à la saison, aucune tristesse à la pluie, aucune tristesse à l’attente. En fait, je n’attendais rien. Je me sentais vivre intensément.

Oui, je garde le souvenir d'avoir été profondément vivante durant ces instants. Et tout à coup, repensant à cette miraculeuse matinée, oubliant mes croyances irraisonnées, ouverte à tout ce qui était susceptible d’arriver, je me suis décidée à partir rejoindre Johannes, Vincent, le Rijks et toutes les surprises que l'immense ciel amstellodamois pouvait me réserver.

17 mars 2018

Regarder : la faim


Boy with a Cooking Pan / Hunger Winter 1944-1945 / Emmy Andriesse / Stelelijk Museum / Amsterdam


Le p’tit môme, sur ses jambes.
Le p'tit môme de l'hiver '44.
Ne semble tenir que par sa volonté d’exister.
Qu’est-il devenu, ce p’tit môme-là ?