6 sept. 2020

Voyager : les petites vacances


Photographie Walter Studer / Kornhausforum / Bern / 2018


Pendant quelques jours, Magari! délaisse les TGV, les files "7 articles maximum", les tableaux exponentiels, toutes les sonnettes d'alarme, pour prendre la clef des champs, histoire de passer des journées entières dans les arbres, à inventer des paysages et à regarder rire des petits cochons noirs et blancs, dont l'illustre lignée remonte au Moyen-Âge.


Vivre : la joie, le malheur

Détail fresques / scoletta del Santo / Padoue

J'ignore pourquoi j'ai repensé à cette personne, envieuse, peut-être, frustrée, sans doute, qui se rapprochait de votre bureau uniquement dans les moments où un problème était susceptible de vous être arrivé, où vous sembliez probablement en proie à une forme de perplexité ou de consternation. "Schadenfreude" est le terme allemand qui convient le mieux à ce genre d'état. C'est la langue allemande qui décrit le mieux ce quasi plaisir que l'on peut éprouver à être témoin des problèmes de quelqu'un.
C'est sans doute dû à de la naïveté - ou encore à une ignorance phénoménale de quelques aspects de la nature humaine - mais j'ai toujours eu tendance à croire en la réciprocité dans les relations. J'ai toujours cru qu'en respectant on était respecté, qu'en laissant les autres libres d'agir à leur guise, ils vous rendraient la pareille, qu'en n'ayant aucune malsaine curiosité, il en irait de même pour autrui et qu'on ne serait pas épié, critiqué.
Une mésaventure qu'une amie vient de me conter me confirme qu'effectivement que je m'étais fourvoyée. Je m'interroge encore sur l'origine de la sourde malignité : un manque d'estime de soi ? un manque de perspectives ? un manque d'amour reçu, donné ?
Quoi qu'il en soit, ma Mado, à ce stade, plus d'excessive candeur, plus de fausse indifférence : tenir les importuns à distance, se tourner seulement vers les marques de bienveillance.

5 sept. 2020

Vivre : dans les nuages



Ouvrir le cœur. Peindre l'arc-en-ciel. Séparer les nuages. Rouler les bras. Ramer sur une mer calme. Soulever le soleil. Regarder la lune. Mains nuages. Cueillir de l'eau. Pousser les vagues. Colombe déployant ses ailes. Tendre les poings. Voler comme un aigle. Le moulin à vent. La marionnette.

A l'unisson du paysage, tous les jours - parfois plusieurs fois par jour - ma vie se fait déliée, éthérée et aquatique.

4 sept. 2020

Vivre : ma préférence à moi


Manifestation II / Entre ciel et terre / Fabienne Verdier / 2005 / Coll. Pinault

L'automne est une saison durant laquelle je vis comme à l'accoutumée, ce qui signifie que je rencontre, je peste, je planifie, j'invente, je me ravise, je recommence, je vais, je viens, je cherche, je range, puis je réarrange, je déprime, je me décourage, je me lance, je m'exclame, bref je m'adonne à toutes sortes d'activités (ou de non activités) de la vie courante. 
Rien de bien folichon parfois, quelques jolies surprises souvent. Que de l'ordinaire en somme... mais... ce qui fait de l'automne ma saison préférée, c'est que j'y sens souvent mon cœur sur le point d'exploser. A découvrir cette lumière stupéfiante, ces offrandes que la terre daigne nous accorder, ces paysages mouvants, ces matins qui hésitent toujours un peu avant de s'enflammer, ces hirondelles virevoltant autour de la maison, s'apprêtant à prendre congé comme de vieilles connaissances légèrement hallucinées, à entendre les enfants se chamailler sur le chemin de l'école, à deviner chaque jour dans la nuit qui s'évapore les pêcheurs penchés sur leurs filets, à glaner dans les champs et les prés des restes d'été, à lire langoureusement allongée sur la terrasse, absorbée autant par mon livre que par les lézards faussement immobilisés, à me sentir si imperméable aux petites comme aux grandes mesquineries, je me sens euphorique, éblouie, prise d'une enivrante envie de vivre et de me prosterner.

3 sept. 2020

Vivre : intériorités


Portrait de Guillaume de Montmorency / Anonyme / MBA / Lyon

Il dit d'un air presque contrit : je suis un peu introverti. Dans un monde de clinquant, un monde de bruits et d'apparences, cultiver ses intérêts, garder précieusement ses secrets, se forger des jugements personnels, ne pas provoquer, ne pas suivre, ne pas s'égosiller, certes, ce n'est pas dans la mouvance. Dans les restaurants, les fêtes, les rassemblements, il est de bon ton de savoir imposer son opinion (le plus souvent issue d'emprunts). Les gens ont sans doute terriblement besoin d'entendre des certitudes clamées haut et fort pour se rassurer.
Il dit d'un air presque contrit : je suis un peu introverti. C'est dans l'air du temps : a-t-on déjà entendu quelqu'un dire en ayant l'air de s'excuser : je suis un peu extraverti ? Comment lui expliquer la valeur de ce qu'il est ? L'importance des gens comme lui ? Je me suis contentée de lui adresser ce lien, juste pour l'encourager : Susan Cain en train d'expliquer le pouvoir des introvertis.

...même en ce qui concerne des choses apparemment personnelles et viscérales, comme ce qui vous attire, vous allez commencer à singer les croyances des gens autour de vous. Sans même vous rendre compte de ce que vous faites. Et on sait bien que les gens suivent les opinions de la personne dominante la plus charismatique de la salle, même si la corrélation est nulle entre être celui qui parle le mieux et celui qui a les meilleures idées...

Thank you, Susan, tout est dit et bien dit.

2 sept. 2020

Vivre : still life / 90





Il y a des journées ainsi, qui égrainent leurs cadeaux. D'abord, on a reçu des ciels, roses, des pluies de roses au matin, qui n'en finissaient pas de fleurir. Puis il y a eu le plant de verveine et les minuscules tomates provenant du jardin de nos vieux voisins. Ensuite, une autre personne a sonné, qu'on avait dépannée la veille quand son taxi l'avait oubliée (un Prosecco et des taralli, merci, merci, il ne fallait pas, c'est trop gentil). Et puis le potager nous a encore alloué de longues fleurs jaunes, accompagnées de ces mini-courgettes dont on se régale en beignets. Enfin, on l'a sorti de sa boîte (jeudi, on n'a pas su résister, on s'est offert le mobile quand on l'a vu dans la boutique du musée) et on l'a installé là-haut, surplombant la table de bien cinq mètres (quand même). Il sera présent. Il aidera les présents à l'être, eux aussi. A le regarder voltiger tournoyer, on sentira doucement la paix et le silence se propager.

1 sept. 2020

Vivre : vie rêvée



 A l'aube, la vie déroule des mètres et des mètres de merveilles, 
que d'aucuns négligeraient, que certains mépriseraient. 
D'autres encore en rêveraient, les intégrant dans leur sommeil.
Nous nous contentons de les embrasser, ces cadeaux tombés du ciel.