7 mars 2021

Vivre : après le contrôle

 

 
Le bonheur peut venir vous surprendre parfois, sur une banquette, comme un état amoureux qui se serait tenu aux aguets, sur le quai. Le bonheur, c'est tomber en amour devant la vie, ça vous secoue, ça vous saisit. Une bonne nouvelle, une éclaircie. On se retrouve sur des rails, on rentre à la maison. Depuis le wagon, on voit défiler un paysage translucide, lacté, tout en transparence. Dans le train, une mère et ses filles partagent des frites et des mots tendres. En face, défilent les rives, un trait d'aquarelle, une esquisse pastel, séparent les eaux pâles et le ciel, évoquent les villes et les villages, et les Alpes paraissent se fondre dans l'opalescence du paysage. On cherche du regard où se trouve la maison, mais, tour d'ivoire, elle se fond elle aussi dans ce tableau de silence. On voudrait saisir l'instant, on voudrait pouvoir le fixer en cliché, mais l'instant, animal fuyant, ne se laisse pas amadouer, ne reste plus qu'à l'admirer, bouche bée.
Le bonheur vous surprend parfois comme un état amoureux. D'une gare à une autre, il peut vous inonder, avant de vous débarquer, à l'arrivée, devant vingt visages masqués.

6 mars 2021

Vivre : l'importance du tempo

 
Buste d'homme / Martin claude Monot / dépôt du Louvre / MBAA / Besançon
 
Il me raconte qu'il se prépare à plaider. Il a blindé son dossier. Or, le dernier jour, il ne le consacre pas à réfléchir, à peaufiner ses phrases, à réarranger ses arguments. Non, le dernier jour est dédié à la lenteur de sa diction. Parler posément est une manière de se donner le temps (ne pas se laisser surprendre par un nouvel élément, être à même de réfléchir, se permettre d'improviser) et aussi d'aligner contenant et contenu en un tout cohérent. Argumenter lentement devient une manière forte et tranquille de progresser, de convaincre et, peut-être, de gagner.


5 mars 2021

Vivre : l'adieu aux armes

 
 Statue égyptienne / KHM / Vienne
 
On reçoit parfois de drôles de messages, pas drôles, pas même étonnants, qui ne font que vous conforter dans d'anciennes décisions. 
 
On n'avait plus vraiment de ses nouvelles depuis deux ans, exactement depuis qu'elle avait succédé à la personne qui nous avait succédé. Ce poste, on s'en doutait depuis un moment quand on y a renoncé, est un véritable fusible qui ne cesse de sauter. On a tenu six ans. On se demande comment. On s'en est tiré, oui, on s'en est tiré, on y a laissé des plumes mais on se sent soulagé de pouvoir dire qu'on s'en est tiré. Aujourd'hui, son message est long, bien plus long que d'habitude. Elle écrit : 
 
"Hello, vous deux, maintenant que c'est officiel et avant que vous l'appreniez par d'autres voies, voici un information dont je désire vous faire part :
Après 27 ans d'activités au sein de l'entreprise, je souhaite maintenant prendre une nouvelle direction hors de cette organisation, dans un parcours plus cohérent et holistique, autour de l'accompagnement de l'humain.
La raison de ma démission réside dans mon challenge, mon désir de m'éclater, d'être performante, mais sans m'oublier, en me centrant sur le présent, sur le maintenant. Je suis plus que jamais motivée et guidée par la curiosité, l'envie de créer, la liberté de saisir des opportunités qui ont du sens pour moi.
Mes projets ne sont malheureusement pas compatibles avec ma charge actuelle, ni avec la lassitude que la lourdeur de la structure a engendrée ni avec la manière qu'a l'entreprise de fonctionner, raison pour laquelle je lui ferai mes adieux le 31 juillet.
Voilà ce qu'il en est et, pour tout vous dire, mon annonce a généré un choc dans tous les étages de la maison... "
 
Elle est forte. Elle dispose de qualités certaines. Elle semblait souple et amplement qualifiée. Mais apparemment ce n'est pas suffisant. Il est des lieux qui broient, qui étouffent le talent, la créativité, l'envie de donner et de faire évoluer. Gros rafiot broyeur d'énergies et de volontés, l'entreprise a donc fini par avoir la peau de ses défis. Elle part avant qu'il ne soit trop tard, oui, avant qu'elle voie se laminer son désir d'apporter au monde son enthousiasme et de son rayonnement. Elle part tant qu'elle se sent des ailes pour voler.
 
Elle a trouvé autre chose, ailleurs, très loin, dans un autre domaine. Que les vents te soient favorables, L., et que la traversée te soit belle !
 

4 mars 2021

Vivre : droit devant

 
Compianto sulla morte di Adone (dett.) / Tintoretto / Musei civici / Padova

S'il est bon de pouvoir se souvenir, qu'il est sain de savoir ne pas se retourner!


3 mars 2021

Vivre : première dose

 

Le soleil se lève. Nous mettons nos pas dans le pas des chevaux. Dans les branchages se donne un concert des Nations. Dans les ramages, quelque chose de vif et de truculent. Un nouveau jour se fait jour. Un nouvel ordre impose sa loi. Le cheval roux s'ébroue et hennit sitôt qu'il nous aperçoit. Le chien s’affole, cabriole et s'en donne à cœur joie.

A l'horizon, les champs prennent des langueurs de convalescents. Les Alpes ne sont plus qu'un souvenir lointain. Par-delà les sinuosités, la vie des villages, leur bruissement, leur affairement. Les arbres craquent et chancellent au moindre coup de vent. C'est l'heure douce et grave où tout s'apprête à reprendre. 
 
 
Dans un sapin, pourtant, quelqu'un rit et s'enfuit : un écureuil, saltimbanque effronté, se moque et s'en balance, de notre belle gravité. Il nous nargue, nous invite à le suivre dans ses voltiges de haute volée. Nous l'imitons - du moins en pensée - nous approuvons, nous nous apprêtons nous aussi à vivre une stimulante journée.
 



2 mars 2021

Vivre : la meilleure option

 
 Tête égyptienne / Kunsthistorischesmuseum / Wien
 
 
La femme à la caisse semblait irritable. Dans tous les cas, stressée. Elle s'exprimait en phrases courtes, hachées, sèches. Elle demandait, mais on aurait dit qu'elle exigeait.
La caissière, elle, n'adoptait pas l'attitude complémentaire. Répondre sèchement ne lui traversait certainement pas l'esprit. Elle gardait son sourire, son calme, son ton apaisé.
Regardant la femme s'éloigner, elle l'a poliment saluée. Illustration simple qu'il faut être deux pour générer une altercation, ou pour alimenter une dissension.  
 
 

1 mars 2021

Vivre : changement de cap

 
La muse Histoire / J.B. Corot / MET / New-York
 
Elle a longtemps lutté, a voulu sauver, s'est efforcée de communiquer, de négocier. Elle a aussi tenté de partir, est partie, et puis finalement est quand même revenue. Maintenant, elle a décidé de suivre une autre route. Elle commence une autre vie. Elle s'est mise à tailler, à défricher et à labourer. Toute fière,  elle envoie une photographie de son nouveau jardin, comme on envoie le faire-part d'un nouveau-né.