14 mars 2021

Vivre : leçons de vie

 
Courtisan au chapeau de fourrure rouge / Andrea del Brescianino / coll. Bemberg / Toulouse
 

Pourquoi il ne faut pas chercher à avoir absolument raison ? Parce que quand la vie vient démontrer par A plus B qu'on avait raison et qu'on voit les personnes se débattre avec leurs erreurs, on en est tout attristé et on se retrouve alors bien impuissant à les aider, ne pouvant que maladroitement tenter de les extraire des problèmes où elles se sont enferrées. 
 

13 mars 2021

12 mars 2021

Regarder / Vivre : l'attrait du vide

 
La chaise à la fenêtre / Henri Fantin-Latour / 1861/ collection Bemberg / Toulouse
 
Fenêtre sur l'Escaut / Georges Braque / 1906 / collection Bemberg / Toulouse

Intérieur / Pierre Bonnard / 1905 / collection Bemberg / Toulouse
 
Parmi toutes les toiles et les images que j'observe dans les musées ou les galeries, mon attention est souvent attirée par celles où, en apparence, il n'y a rien. Rien de particulier, aucun personnage en train de prendre la pose, aucune anecdote, aucune action en train de se dérouler. Le vide. L'entre-deux. Un couloir que quelqu'un vient peut-être de traverser, mais qui se trouve momentanément désert. Une fenêtre ouverte sur une campagne fleurie, une échappée sur un fleuve, mais sans rien de mirobolant qui soit en train de se déployer. Une femme de trois-quart dos tranquillement assise dans un intérieur banal, semblant attendre on ne sait quoi, et nullement pressée de bouger. 
Ce sont des tableaux habituellement considérés d'importance secondaire, sur lesquels les visiteurs ont tendance à jeter un regard distrait. Cependant, ces représentations exercent immanquablement sur moi une grande fascination, parce qu'elles accordent au silence et au vide tout leur pouvoir d'évocation. Elles ne véhiculent aucune réponse du dehors, aucune séduction, aucune solution et s'adressent directement à la vie intérieure du spectateur.
Là où certains trouveraient peut-être matière à s'ennuyer, je reste subjuguée. Oui, dans un monde sursaturé d'images, de sollicitations, de sons, je leur trouve l'immense avantage de faire appel à tout un monde de possibles.
L'ennui, ce n'est pas le vide apparent. L'ennui, c'est sans doute quand toutes les réponses sont données, toutes les cases comblées, et quand l'imagination s'étiole parce qu'elle ne trouve pas matière à être stimulée.
Le plus fascinant de la vie, ce sont peut-être les intervalles, l'ensemble de ces moments où quelque chose est sur le point de se passer, mais ne se passe pas encore, et où il vaut la peine d'attendre et de laisser libre cours à ce qui doit se faire. L'espace-temps - l'espace tout court - entre un événement et un autre, entre un inspir et un expir, et où la vie, en apparence immobile, ne cesse de palpiter.



11 mars 2021

Vivre : oser avancer

  

Statue (évêque?) / abside de l'église Santa Maria e Donato / Murano / Venise
 
 
Les angoisses : les féroces gardiens des territoires qu'on n'a pas pu conquérir,
qu'il s'agit d'amadouer, éviter d'ulcérer, et surtout ne jamais craindre d'entendre aboyer. 
Dans leur hurlement - même violent - lire l'appel d'une terre à défricher.


10 mars 2021

Voyager : la virtualité

 

Il me faut au moins une fois par jour passer par ICI ou par ICI et regarder, obnubilée, les gens venir et les gens aller. Je leur construis alors des vies, des obligations, des rendez-vous galants ou pas, des histoires plus ou moins alambiquées, je leur invente des cœurs qui battent et des yeux éplorés, je les vois courir pour attraper leur vaporetto et héler sur l'autre rive un ami, ou alors je les imagine rentrer chez eux à pas pressés, harassés par une longue journée, désireux de se cuire des pâtes al dente avant de s'écrouler devant leur télé, tandis que dehors vocifèrent des goélands, et parfois je me dis que, peut-être, sans le savoir, dans un avenir plus ou moins lointain et dans le plus total anonymat, je serai amenée à les croiser, tandis qu'ils continueront de mener leur vie et que moi, je serai en train de la capter  ...
 

 

 

9 mars 2021

Regarder : la spontanéité de Berthe

 

L'autre jour, j'ai passé un moment extraordinaire à contempler plusieurs chefs-d’œuvre de la collection Bemberg, hébergés à Toulouse en temps ordinaire et prêtés actuellement à la Fondation L'Hermitage, sur les hauteurs de Lausanne. C'était ma première exposition depuis de très longs mois et peut-être que, comme pour les premières fraises de l'année, ou la première glace pistache/chocolat noir, elle revêtait pour moi un attrait tout particulier.
J'aurais pu rester des heures à m'extasier devant des toiles de grands maîtres, des portraits, des paysages. Je ne savais où donner des yeux (mais je disposais d'un temps limité : dans le parc où voltigeaient déjà les abeilles, R. promenait le chien  et je devais assurer la relève). 
 
 
 
Un petit tableau de Berthe Morisot, intitulé Villa Arnulphi, a particulièrement retenu mon attention et m'a fascinée par sa modernité. Incroyable ! Stupéfiant ! Ces traits lancés comme des guirlandes ! Cette liberté d'expression ! L'artiste l'a peint alors qu'elle était âgée de 40 ans : on y trouve l'enthousiasme d'une gamine! Je l'ai inspecté sous toutes les coutures.
 

 
 
Ce qu'on entrevoit parfois dans des toiles rarement présentées, ou au travers de détails, c'est l'élan vital de l'artiste, sa force créatrice quand il se laisse aller à suivre sa musique sans entraves.


Cette petite toile peu connue, je l'aurais bien embarquée. J'aurais aimé avoir tous les jours sous les yeux cette vitalité libre et joyeuse, cette expressivité enjouée qui se fichait des codes et des convenances. Et dire que Berthe Morisot a été régulièrement présentée comme "Madame Eugène Manet"! Ne pouvant (trop) lui rogner ses ailes d'artiste, l'usage voulait qu'on escamote son prénom et son nom et, bien qu'on les lui ait restitués sur sa pierre tombale, elle n'y est pas présentée comme peintre, mais comme la "veuve d'Eugène Manet". Étonnante épitaphe, tout de même! Être définie par son veuvage, quand on a vécu et créé avec tant d'intensité !

Tombe de B. M. / cimetière de Passy / Paris / image Wikipédia






8 mars 2021

Vivre : voir arriver la pluie

 


Comme des sanglots longs, ces tourmentes soudaines qui s'emparent du ciel, 
et l'émeuvent, et l'agitent, et nous tourneboulent le cœur dans un même élan.