7 juin 2021

Vivre : matins de juin

 
Spring / Harald Slott-Moller / Hirsprung collection / Copenhague
 

Le bleu fervent des bleuets dans le blé, les vaches repues qui paissent dans les prés, la nature dans son infinie générosité : juin, le mois divin, le mois des renaissances, est arrivé. 
A l'autre bout d'un champ, un chevreuil immense s'est dressé et nous fait face. Il se tient droit, nous contemple, ne nous lâche pas. Il a compris qu'ici, le souverain, c'est lui. Imperturbable, il nous dit : ce lieu est à vous, je vous le prête, mais il est aussi à moi, il est à tous les êtres qui sont là. Le noble cheval hennit. Le veau minuscule, si frais, si démuni, vagit. On s'arrête devant une caravane de fourmis. On pense aux terreurs du monde, on frémit. On lève le regard vers le busard qui décrit de folles arabesques dans l'air azurin. On se dit que la vraie vie, c'est pas la folie, c'est ici. On se sent grands, à se découvrir si petits.
 
 

6 juin 2021

Voir : au carrefour des vies

 

 
Visionné hier soir "En attendant les hirondelles", premier long-métrage de Karim Moussaoui, un jeune cinéaste algérien. Cette œuvre présentée en 2017 au festival de Cannes propose un regard neuf et marquant sur l'Algérie contemporaine à travers trois personnages : un homme dans la soixantaine, tiraillé entre ses devoirs et ses lâchetés, une jeune femme sur le point de se marier, hésitant entre raison et passion et finissant par opter pour la sécurité, un médecin rattrapé par son passé alors qu'il met tout en œuvre pour se ménager une place au soleil.

Dans ce  film, on croit toujours voir arriver le drame. On s'attend au pire, mais le pire justement n'arrive pas. Ce qui arrive, c'est ce qui mène les personnages à leur choix - ou à leur choix de ne pas choisir, ce qui revient au même. Le drame n'arrive pas, parce que le drame est déjà là : dans la situation du pays. Les contradictions entre tradition et perspectives bouchées, les blessures de l'Histoire jamais cicatrisées, la corruption, la violence omniprésente sont évoquées en arrière-fond.

Le film est porté par des paysages sublimes, rugueux et désertiques et par la cantate "Ich habe genug" de Jean-Sébastien Bach. La caméra balaie des banlieues dont on ignore si elles sont en train de se construire ou de se déliter. Elle filme aussi des gens en train de danser, mais pas des danses de salon ou de boîte de nuit, des danses où l'on se donne à corps perdu, désespérément, comme si elles étaient le seul lieu où les désirs trouvent encore à s'exprimer.
 
Chaque personnage semble oppressé par un fort sentiment d'impuissance. Personne ne se perçoit maître de son destin.  Cela pourrait être triste, plombant, mais il y a une image qui émerge quasiment à la fin. Le médecin, que les ragots commencent à atteindre, soupçonné d'avoir pris part à un viol collectif, s'insurge : il avait été appelé par une bande de terroristes en tant que médecin et s'est vu réduit au silence, incapable  de s'opposer, seul, quand une femme a été abusée. La femme l'a retrouvé. Elle lui réclame en guise de rachat pour sa non-intervention qu'il s'occupe de son fils, né après le drame. Le neurologue revient sur ses pas et s'assied à terre près de l'enfant de dix ans, oiseau blessé qui pousse des cris lacérants, pour aller le rejoindre au fond de sa souffrance. 

Dans ce film, on attend les hirondelles, on attend le printemps. On espère pour ce pays traumatisé que le médecin saura trouver le chemin, que son regard saura rejoindre le regard de l'enfant pour le ramener à la vie et lui  donner quelque confiance en l'humanité.

5 juin 2021

Vivre : ce qui nous afflige

 
White porcelain / Taizo Kuroda
 
Se voir évoluer dans le monde du plus, du toujours plus. 
Se sentir happée, entraînée à vouloir plus, toujours plus. 
S'efforcer de faire ce pas de côté : laisser s'enfuir les désirs.
 Laisser entrer ce qu'il faut de lumière pour seulement accueillir.

4 juin 2021

Vivre : seule, une seule une vie

 
Jeune fille au pavot / Ferdinand Hodler / Kunstmuseum / Berne
 
Tant de voix à entendre. Tant de bruits à écouter.
Tant de choses à dire. Tant de silences à respecter.
Tant de questions à lire. Tant de larmes à verser. 
Tant de mots, tant de réponses, tant d'histoires à crier. 
Seule, une seule vie ne peut suffire. Il faut écrire.
Il faut se laisser aller à inventer. Il faut rêver.

3 juin 2021

Vivre : le temps des moissons

 

 
Jolie et précieuse amie, cesse de gaspiller tes atouts, cesse de trop offrir, de trop dispenser à tous ceux qui n'ont que faire de tous ces attraits, qui seront trop heureux de prendre sans jamais rien rendre, de piller sans jamais remercier. Regarde les oiseaux, regarde les feuillages, prends soin de toi et ne sois sage que pour mieux te sauvegarder.
Jolie et précieuse amie, la vie t'attend, il est grand temps d'apprendre le bonheur (envoyer se faire voir ailleurs tous les abu- po- ra- seurs).

2 juin 2021

Vivre : le visiteur

 
Madone (détail) / Segna di Bonaventura / Pinacothèque / Sienne
 
Qu'il vienne toujours te surprendre, ce visiteur :
Ne t'habitue jamais au bonheur.

 

1 juin 2021

Vivre : l'éprouvée

 

Faustine dans les habits de Cérès / MAN / Naples

 
Vivante, sans doute, mais tellement opprimée, elle ne sait plus voir, elle ne veut plus écouter. Enfermée dans sa bulle, où son malheur prend toute la place, on la voit peu à peu qui s'efface. Elle se replie, comme endormie, elle n'entend rien, elle n'entend pas et affirme de mille manières "la plus triste, c'est moi!". Certains la trouvent déséquilibrée, d'autres passablement coincée. On voudrait l'aider, lui parler. On lui souhaite de pouvoir un jour se réveiller.