Un modèle posant pour le calendrier Agip 1974 / James Barnor
A mon retour d'Arles, après avoir observé des centaines de tirages, je rentre bien sûr enrichie par mes "rencontres", mais il y a toujours quelques images, une petite dizaine, qui m'ont particulièrement marquée, par lesquelles je suis happée au moment où je visite leur exposition, et que je regarde encore et encore bien après mon retour.
Parmi elles, cette année, il y a cette photographie. Elle a été prise à Accra, capitale du Ghana, ex-Côte d'Or, en 1973 par le photographe
James Barnor.
J'adore ce mannequin qu'on pourrait qualifier de "bien en chair" selon les canons de notre époque. Je suis attendrie par son sac un peu élimé, ses souliers pas vraiment bien lustrés, ayant l'air d'avoir tracé dans la poussière. J'aime le minibus un peu cabossé qui est stationné en arrière-plan, iindices d'une Afrique confiante dans sa jeune indépendance, persuadée d'être en marche vers le progrès. (Précisons que toutes les photos de cette rétrospective sont des portraits, qui montrent des personnes bien dans leur peau, alliant la santé avec la décontraction.)
Même sans connaissance particulière de la situation politique et sociale du Ghana en ce début des années 1970, cette image frappe par ce qu'elle porte d'optimisme. La fille est magnifique : bien plantée sur ses gambettes, sa robe pratique, avec jupe-culotte, l'autorisant à jouer les élégantes, à se montrer séduisante, mais lui permettant aussi d'être libre de ses mouvements, de courir rapidement rejoindre les gens et les choses qui l'appellent. Une image de femme forte, prête à vivre sa vie. Derrière elle, le Combi VW de couleur verte dont elle est apparemment descendue (ou dans lequel elle pourrait s'embarquer). La rue est mal asphaltée, signe que le pays et le mode de vie ne sont pas riches, cependant ils donnent l'impression de rouler vers le progrès. Pas de chichis, pas de tralalas, mais une existence, une terre avec de multiples perspectives devant soi.
La fille, le pays semblent symboliser l'Afrique de l'Ouest de ces années-là.
Le cliché a été pris il y a cinquante ans. Peut-être que cette photographie séduit parce qu'elle parle d'une époque où l'on pouvait avoir foi en l'avenir. Face à l'affirmation et à l'assurance de cette femme sur le papier glacé on s'interroge : si aujourd'hui le modèle avait une petite-fille, à quoi ressemblerait-elle ? quel portrait ferait-on d'elle ?