7 nov. 2022

Vivre : contagion

 
Assomption entourée de saints (détail) / Antonello Crescenzio / Palazzo Abatellis / Palermo
 
La joie qui n'en finit pas : se faire miroir du bonheur autour de soi

6 nov. 2022

Vivre : tea time

 
Campanile / piazza San Marco / Venezia

Certains jours, j'ai grand besoin de sortir prendre un thé avec élégance. Ce qui ne signifie pas nécessairement boire un thé dans un salon, non, pas du tout, du moins pas souvent, et ce qui implique encore moins de revêtir une tenue particulièrement élaborée. 
Prendre un thé avec élégance est une expression qui signifie depuis longtemps retrouver mon univers, aller vers ce qui me convient et où bon me semble. Et, dans cette activité qui peut m'occuper pendant quelques heures, savourer mon plaisir d'être au monde. 
Prendre un thé avec élégance suppose que je sois seule, accompagnée d'un bon livre ou en train de m'en choisir un. Ou que je m'assoie à une terrasse en regardant les passants et que je prenne éventuellement quelques notes en les observant. Que je croise un regard intelligent, que j'échange un sourire de connivence. La notion de temps dans ces moments-là n'a plus aucune importance. Je suis bien, quel que soit le lieu où je me trouve, dans l'occupation qui est la mienne.
Il m'arrive donc de prendre ce thé béni en arpentant une forêt, en essayant un manteau à carreaux jaunes et rose, en peignant la sinuosité d'une branche, en observant la pluie former des ronds dans un bassin. Il y a, dans le geste de saisir une tasse de thé, quelque chose de lent, de superbe, d'infiniment rassurant qui symbolise la reconnaissance d'évoluer en ce monde étonnant et la pleine mesure de ce privilège.
Ah! ces jours cérémonieux où je me vois libre de déguster un thé avec élégance, loin des chiffonnades du cœur, loin des embrouillaminis et des ruminations ! Quel ravissement ! quelle délectation !

5 nov. 2022

Vivre : l'ouverture

 

  Savoir accepter : un refus, une caresse.
Une défaite, un abri, un mot tendre.
Savoir accepter. Savoir. Ou apprendre.

4 nov. 2022

Vivre : les miroirs déformants

 
La femme au balcon / Pablo Picasso / Musée Granet / Aix-en-Pce
 
Entendu l'autre jour : "Tous ces sites font en sorte qu'on ait envie de se changer, ils entretiennent la haine de soi." Et pourquoi donc tant d'appels à la transformation ? Comme si l'on n'était pas merveilleux tels que l'on est : en vie. Faut-il passer par une grave maladie, par un risque, une terrible avanie pour parvenir à voir ce qu'on ne voit pas : notre corps en santé est une merveille de technologie. Il est remarquable. En l'état. Avec ses hauts et ses bas. Le reste n'est qu'influence, marketing et blabla, recherche éperdue de gain et d'absurde idéal. Quel besoin de tout ce fatras ?
 

3 nov. 2022

Vivre : virevoltes

 
Tête provenant du site de Sélinunte / Musée archéologique / Palerme
 
signe indéniable de vitalité : faire face à l'imprévu sans se démonter
autre signe : accepter les choses qui finissent et les laisser s'éloigner 

2 nov. 2022

Vivre : l'art de la créativité

Sainte-Justine / Luca Longhi / Musei Civici / Padova 
 
Pour celui qui crée, il n'y a pas, en effet, de pauvreté ni de lieu indigent, indifférent.
 R.M. Rilke

 Il y a ces gens, ces choses qui nous semblent suinter l'ennui
(dont les images ou les propos ne suscitent en nous aucun écho)
(visions lassantes de poussière, de dimanches qui s'éternisent)
Or... ces sujets privés de caractère et d'éclat ne viennent-ils pas
nous parler de notre incapacité abyssale à aiguiser notre regard ?

 

1 nov. 2022

Lire : mémoires

 
Sans titre (Nu) / Romain Urhausen / Arles 2022
 
J'ai tape le prénom et le nom de H sur Google. Les deux sont apparus en tête des occurrences avec une série de six photos. Quatre montraient des hommes jeunes, entre vingt et trente ans - à éliminer. Les deux autres étaient des photos de groupe. J'ai cliqué sur l'une des deux, celle en couleur, pour l'agrandir. Elle était issue d'un article de journal de province et précédée d'un gros titre : E et H célèbrent leurs noces d'or. C'était bien lui, le nom de la région et la localité ne me laissaient aucun doute.[...]
A le fixer, j'ai retrouvé la forme lourde du visage, le nez fort, qui me l'avaient fait comparer à Marlon Brando. Maintenant sur la photo, c'était le Marlon Brando du "Dernier tango à Paris". [p.101-102] 
 
Il y a deux semaines : l'annonce du Nobel décerné à Annie Ernaux. Relecture de "Mémoire de fille". Curieusement, j'ai repensé à H, cet homme qui ne l'avait ni comprise ni aimée ni respectée ni vue (dans le fond : ni imaginée). AE dit et répète qu'elle écrit pour venger sa race. Peut-être qu'elle écrit aussi pour venger son sexe. 
H connaît-il le travail d'AE ? Apparemment bien intégré, un notable, cet homme somme toute banal dans sa réussite, a-t-il lu le livre paru en 2018,  et si oui, s'est-il reconnu dans le personnage qui le décrit ? La distinction reçue par la fille de 58 est sans doute la plus sure vengeance contre l'indifférence, la cruauté, le cynisme de ceux qui sont dès le départ "installés". 
 
Comment sommes-nous présents dans l'existence des autres, leurs façons d'être, leurs actes même ? Disproportion inouïe entre l'influence sur ma vie de deux nuits avec cet homme et le néant de ma présence dans la sienne.
Je ne l'envie pas. C'est moi qui écris. [p.102-103]  
 
Un jour ou l'autre AE et H se trouveront chacun dans leur tombe. Mais ses livres à elle resteront à disposition des lecteurs. Le Nobel est venu dire qu'elle est une écrivaine, parmi les meilleures, et qu'elle a su faire de tous ses obstacles une arme : une œuvre littéraire cohérente et solide. Elle a transformé l'inacceptable en possible. Elle a gagné. C'est elle qui écrit. 
 
Mais à quoi bon écrire si ce n'est pour désenfouir les choses, même une seule, irréductible à des explications de toutes sortes, psychologiques, sociologiques, une chose qui ne soit pas le résultat d'une idée préconçue, ni d'une démonstration, mais du récit, une chose sortant des replis étalés du récit et qui puisse aider à comprendre - à supporter - ce qui arrive et ce qu'on fait.[p.105]
 
Juste "profiter de la vie" est une perspective intenable, puisque chaque instant sans projet d'écriture ressemble au dernier. [p.19]