10 oct. 2024

Vivre : tombe tombe la pluie

 
Incoronazione della Vergine (dett.) / Giovanni Antonio da Pesaro / GNDM / Urbino
 
 
Si l'été est un état d'esprit, comme on dit, alors l'automne aussi.
Vite : que le ciel et tous les saints me rendent mon humeur d'Italie!
 

9 oct. 2024

Vivre : welcome!

 
décoration murale / Casa Romei / Ferrara
 
Elle était la reine discrète et menue d'un domaine où tout appelait à la sérénité. Dans le jardin étaient disposés divers ensembles qui invitaient à se détendre, à lire, à méditer, cuisine d'extérieur constituée de bric et de broc, tables vaguement anglaises attendant l'heure du thé, divans de fer forgés. Aucune barrière, aucun écriteau, mais chaque espace paraissait bien dessiné. C'était un endroit sans télé, sans piscine, sans air climatisé, un lieu au milieu de nulle part où chacun trouvait à se repérer. Le matin, les deux tables de la terrasse se couvraient de cent douceurs. On se serait crus à la table d'un prince trop modeste pour avoir besoin d'un palais : une grande moka fumante, des coupelles de confiture, des gâteaux aux fruits secs encore tièdes, de minuscules verres à yogourt en porcelaine immaculée, du pain finement tranché, des sandwiches à la bresaola et au fromage frais, des jus et une multitude de fruits provenant du verger. Un jour, elle avait présenté deux grenades savamment ouvertes et, comme nous n'y avons pas touché, nous avons craint de l'avoir un peu vexée.
 
Au premier étage se trouvaient les chambres. Elle nous avait attribué un logement constitué de trois pièces en enfilade, élégamment décorées. Des tableaux au fusain qu'elle avait esquissés, des draps anciens bien repassés. A chaque fois, j'avais l'impression de retourner dormir chez une grand-mère que je n'aurais jamais connue, mais que j'aurais tendrement aimée. Sa chienne s'appelait Lei, c'était une demoiselle au caractère bien trempé qui promettait de devenir une truffière affirmée. Senteurs de lavande et douceur du kaki, il n'y avait dans ce lieu aucune place pour le vacarme ou la vulgarité. Pas un mot de trop. Je me souviens, le paysan qui passait travailler au volant de son tracteur saluait en riant comme un seigneur désinvolte chevauchant ses terres. Après quelques nuits, nous avons dû quitter ce lieu avec la sensation d'être chassés du paradis.
 
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Déposition de la Croix / Rosso Fiorentino / Pinacoteca / Volterra
 
Sa maison se trouvait dans un quartier résidentiel, des villas récentes en bordure d'un village du Chianti. Elle nous a précisé à notre arrivée que c'était un lieu très bien habité et qu'une multitude d'événements chics y étaient organisés. Elle nous a montré la chambre qu'elle nous louait et avait décorée avec un penchant manifeste pour les bimbeloteries. Nous avons été saisis à la gorge par une forte odeur de parfum en bâtonnets.  Tout sentait le propre savamment organisé. Tout était rutilant et astiqué. Dans l'entrée, trois aspirateurs différents étaient parqués. Sur le buffet, une sorte de raquette de tennis en bleu fluo était allumée. Elle nous a expliqué que c'était un anti-moustique dernière génération et que cinq insectes venaient d'être grillés. Elle parlait beaucoup et beaucoup en chiffres. Nous avons appris le nombre de mètres carrés des propriétés du coin et de la maison qu'elle venait de vendre dans une ville renommée.  Elle avait un drôle de regard, qui vous scannait : on aurait dit qu'à vous observer elle pouvait deviner à combien vos revenus mensuels s'élevaient. Elle a tout de suite vu que P. n'avait pas de pédigrée. Elle a jeté un regard condescendant sur mes pantalons de voyage tout froissés (peut-être que ma valise Samsonite jaune l'a quelque peu rassurée ?). 
Durant les quinze premières secondes, j'ai ressenti une très forte envie de fuir  Puis, je me suis raisonnée : une nuit, une seule nuit, une erreur de casting, avant de vite décamper. Dans la rue, j'ai remarqué que toutes les places de parcage étaient dûment serties d'une chaîne accompagnée d'une plaque "privé". Un voisin est passé. Il affichait lui aussi un regard scanner et le visage de ceux qui font vrombir leur moteur aux feux quand ils sont arrêtés. Il tirait un petit caniche blanc et semblait fier de pouvoir ouvrir un portail gris métallisé entre deux haies. J'ai frissonné. Mentalement, j'ai évalué si, à dix-huit heures, il serait encore possible de trouver en ville une chambre décente acceptant les toutous. Une seconde fois, je me suis raisonnée. Une soirée à Sienne nous attendait. J'ai imaginé les verres de Campari sur le Campo, le Palazzo pubblico et le ciel dont le bleu allait bientôt se sertir d'étoiles dorées. Juste une nuit. Elle a demandé si nous pensions prolonger notre séjour. J'ai visualisé Dante traversant l'enfer. Ô cauchemar. Totalement impossible, ai-je prestement répliqué, avant de repartir en voiture pour une soirée qui, elle, ne serait pas gâchée.

8 oct. 2024

Vivre : légitimités

 
Atlante / Palazzo Baldeschi-Balleani / Jesi
 
 
Chez soi est le lieu où pour évoluer l'on n'a pas à s'interroger sur le code à adopter 


 

7 oct. 2024

Vivre : la question des origines

 
Fresque provenant de l'arc triomphal de l'église de Saint-Augustin / détail ange Jugement universel / museo della Città / Rimini
 
Vous venez d'où ? Il vient d'où votre accent ? Quelle est votre nationalité ? Vous vous sentez plus d'ici ou de là-bas ? Tant de questions qui demandent des précisions. Parfois pour mieux connaître et pour mieux comprendre. Parfois pour mieux réussir à caser ceux à qui elles sont posées. Tant de questions qui ne sont pas stupides - enfin pas toujours - mais qui demandent des explications alors que tout est complexité. Comment expliquer l'ensemble des fils qui constituent notre identité ? Comment expliquer qu'on peut être d'ici et d'ailleurs (et que d'ailleurs personne n'est totalement d'ici) ? Comment dire qu'on vient tous d'horizons divers et que la pureté - comme la ligne droite - n'existe que dans l'imaginaire de ceux qui voudraient pouvoir tout cataloguer pour pouvoir tout régler. 
Vous venez d'où ? Vous vous sentez plus d'ici ou de là-bas ? Quelle est votre nationalité ? Il vient d'où votre accent ? Tant de questions auxquelles on peut s'autoriser à répondre comme on le sent. A révéler, si on est confiant. A esquiver, le plus souvent.
 

6 oct. 2024

Voyager : de fil en Rimini

 
Façade du Tempio Malatestiano
 
J'étais partie sur les chapeaux de roue. Jusqu'à la veille je n'étais pas sûre de mon choix. J'hésitais, pour un peu j'en tremblais. Rester ou me lancer. Finalement, ma valise s'est faite quelques minutes avant le démarrage. Des affaires jetées à la va-vite entre 7 heures 50 et 8 heures top chrono. Ma météo personnelle était pareille à celle des sites censés êtres fiables : temps incertain, probables averses et orages, mon fleuve, comme tant d'autres là-bas, risquait de sortir de son lit. Nous avons pris la route sous la pluie, longé des montagnes enveloppées dans un brouillard cotonneux qui ne laissait rien entrevoir.
Contre toute attente, une fois les Alpes franchies, nous n'avons rencontré que des ciels prometteurs. La veste imperméable et les bottines tout terrain sont restées sagement au fond du coffre tandis que la route se constellait d'offrandes. Durant tout le séjour, j'ai tourné comme d'habitude sur deux ou trois vêtements légers. Où partir pour éviter les foules ? nous étions-nous demandé quelques jours auparavant. Pas question de nous retrouver embarqués dans des villes mignonnes, enrubannées, parsemées de boutiques et de souvenirs colorés. Où partir, en effet ? Soudain, j'ai eu une illumination : Rimini! Qui, mais qui penserait à passer ses vacances dans ce haut-lieu du tourisme ringard encore aujourd'hui ?
Bien sûr! Rimini. Je gardais au fond de moi la nostalgie d'un été implacable durant lequel nous nous étions retrouvés devant le Tempio Malatestiano désespérément fermé, entourés de blondes touristes russes avides de shopper. Je me souviens m'être sentie alors complètement déplacée, arrivant de Ravenne, parmi ces peaux écrevisse et ces portemonnaies dorés. Nous avions repris la route sans avoir pu entrer et découvrir les merveilles cachées dans l'écrin conçu par Leon Battista Alberti. Mais je m'étais juré de revenir. Pour Giotto, pour Piero, pour Bellini. Cette année allait être la bonne. Notre périple commencerait donc par la ville où naquit le divin Fellini.
 
 
 Portrait de Sigismond Pandolfo Malatesta / Agostino di Duccio / Tempio Malatestiano
 
Sigismond Pandolfo Malatesta devant Saint-Sigismond / Piero della Francesca / Tempio Malatestiano
 
C'est peu dire que la cité nous a ouvert les bras. Son cœur paraissait totalement déconnecté de son bord de mer. Il battait à un autre rythme, avec ses habitants placides paraissant sortir d'un lointain passé. Des images d'Amarcord ou d'anciennes cartes postales émergeaient. Quelques rares étrangers, principalement des cyclistes, déambulaient à la recherche d'une terrasse apte à les dorloter. Les halles pleines de vitalité nous ont époustouflés. Le museo della Città nous a charmés. 
 
Christ mort entouré de quatre anges / Giovanni Bellini / Museo della Città
 
Voir Rimini et mourir ? Que nenni! Notre voyage pouvait enfin commencer. Nous voulions intensément vivre. Nous étions prêts à nous lancer dans ce voyage avec toutes les rencontres, angéliques ou terrestres, qu'il allait nous proposer.
 




5 oct. 2024

Voyager : la farmacia Dupre' à Rimini

 
Finalement, à la troisième tentative, nous avons trouvé notre médicament miracle. La pharmacienne nous a accueillis avec humour et biscuits. C'était une militante fervente. En sortant, nous avons découvert sur la vitrine une série d'affichettes, dont celle-ci :

Fais preuve d'humanité. Cet été ne pars pas sans lui.
Ne l'abandonne pas. Ne le laisse pas tout seul.
 
 
Sans toi ton mari ne pourra jamais s'en sortir.
 

4 oct. 2024

Vivre : des citrons pour ma limonade

 
Studiolo del Duca / Giuliano e Benedetto Da Maiano / Galleria Nazionale delle Marche / Urbino
 
Rentrer de voyage : tant de sensations, d'images
- tant d'horizons, d'illuminations, de visages -
Tandis que la valise se vide, l'armoire se remplit,
déversement de stimuli attendant les jours transis.