31 août 2016

Habiter : la folie airbnb



ALDO GIANNOTTI, SPATIAL DISPOSITIONS / ALBERTINA / Vienne / 2016


Depuis que j'ai fait une, puis deux réservations, j'ai suis devenue accro. L'addiction a pris le contrôle. Pourquoi s'embêter avec une maison secondaire, les impôts, les taxes, les factures, les questions d'administration, les travaux d'entretien, le nettoyage, sans parler de la routine, qui peu à peu s'installe, les obligations, les contraintes.

Quand je pense que je rêvais autrefois d'une maison sur une île : nous avions caressé le projet d'un lieu sobre où nous retirer pour peindre lire méditer. 

(quand je pense à toute l'énergie que nous a coûté la jolie maison au nord du Sud que nous avons amoureusement restaurée!)

Depuis que je me shoote à airbnb, le royaume de tous les possibles s'offre à moi : appartements délicieusement décorés, maisons finement restaurées, lofts, villa, chambres, n'importe où n'importe quand. C'est enivrant! 

Fini les soucis, les tracasseries administratives, les factures, les trajets obligés, les terrains à entretenir, les canalisations à déboucher, les artisans à payer. Fini, tout ça.

Un vaste catalogue numérique devant moi, je me sens allégée, libérée de toutes ces possessions qui vous possèdent.


30 août 2016

Vivre : let it be / 2



Ils arrivent en mars et repartent à fin novembre
(à rebours des migrations des palmipèdes dans la cariçaie).
Dès leur arrivée et durant tout leur séjour, ils travaillent d'arrache-pied dans leur jardin.
Ils tondent la pelouse deux, si possible trois fois dans la semaine.
La moindre pâquerette a peu de chance de s'en sortir
devant l'acharnement systématique de leur tondeuse.

Ils partent une fois par semaine faire leurs courses au supermarché
munis de leurs dépliants publicitaires
(veillant à ce que leur garde-manger soit toujours dûment rempli).
Le vendredi, sans faute, ils s'en vont buller aux Bains avec une dignité compassée.
Et le dimanche, on les voit défiler, drôles d'oiseaux tout de noir vêtus,
leurs bâtons bien alignés, d'un pas cadencé,
vers leur parcours programmé.

Ils parlent une langue étrangère et gutturale. 
Leurs petits-enfants ne sont pas assez bien élevés.
Leur fils ne sait pas gérer son argent.
Leur belle-fille ne s'est jamais montrée.

Quant à nos bambous, avec leur dégaine ado et leur vitalité,
ils ont le don de les horripiler.

29 août 2016

Vivre : let it be



Elle dit non, le lac non, on ne sait jamais sur quoi on met les pieds, et puis, difficile de savoir exactement combien de mètres on fait, exactement, car elle, elle en fait tous les jours 800, 800 mètres exactement, et là, avec le bassin olympique, elle sait exactement quand elle a effectué ses quotas.
Puis, elle s'en va, très vite, vers les vestiaires, car elle doit disposer d'un temps minuté pour son devoir prédéterminé. 

28 août 2016

Voir : la magie de la blancheur





Dans Notre petite soeur, un film tiré du manga Kamakura diary, où il est question de deuil, d'absence et de multiples sortes de nourritures, il y a une scène merveilleuse (en fait, un enchaînement de scènes merveilleuses) mais surtout celle-ci :
Suzu, la petite soeur, se fait inviter par un de ses camarades à" aller au tunnel". Il la prend à l'arrière de son vélo et ils se retrouvent bientôt dans une allée de cerisiers en fleurs. La jeune Suzu se voit plongée dans un univers de blancheur et de pureté. Toute la beauté et la fragilité de l'existence est là, dans cet instant évanescent, dans cette délicatesse immaculée.
Tout passe, les pères s'en vont, les mères ne sont pas à la hauteur, les hommes sont souvent lâches, la maladie et l'avidité peuvent sévir à tout moment, la seule chose sur laquelle s'appuyer reste la magie de l'instant.

27 août 2016

Voyager : les mots amis



Lundi prendre l'avion pour Barcelone. Sans trop savoir comment va se dérouler notre séjour. 
Il va faire très beau, très chaud.
Qu'en sera-t-il pour M. qui nous attendra là-bas ?
De quoi parlerons-nous ?
Que nous dira-t-elle ?
Saurons-nous trouver les mots ?
C'est presque irréel de penser qu'il y a à peine cinq ans, elle et JM étaient venus nous voir ici.
Que nous leur avions montré les incontournables (ceux que nous, habitants de la Suisse, n'allons visiter que pour donner à nos amis étrangers une image de carte postale :
le marché de Berne, juste devant le Palais fédéral et la Banque nationale, 
les oignons bio exactement au-dessus du dépôt de lingots,
Morat et sa vieille ville tellement typically swiss,
Genève et son jet d'eau,
quelques montagnes, des étals de fromage,
toute cette invraisemblable sécurité)
Incroyable de me souvenir combien JM semblait affirmatif, plein de vitalité,
riche de toutes ses expériences au Tiers-Monde et goguenard face à ce qu'il découvrait.
Inouï de repenser à leurs bisbilles continuelles, leur incapacité d'être ensemble sans se chamailler.
Leur incapacité de vivre séparés.
Puis, Mister C est arrivé dans leur vie, s'est installé progressivement dans le corps de JM,
a fini par prendre toute la place.
Toute.
Je prépare mon sac sans savoir de quoi j'aurai besoin pour affronter le chagrin de M.
qui s'ajoute décidément à beaucoup trop d'autres chagrins.

26 août 2016

Vivre : boum boum, et re-boum!


Elle survient toujours à l'improviste, la vache, et je m'en veux de ne pas être suffisamment attentive à ses signaux précurseurs. Hier : superbe matinée, natation soutenue, des projets plein la tête. L'après-midi, je suis juste sortie travailler un moment, par un soleil intense et une lumière vive. Tout à coup, j'ai ressenti une soif soudaine, un sentiment de malaise, tandis que je transpirais fortement.
J'aurais dû comprendre. Me doucher et me reposer au frais. Ralentir. Me poser. Me recentrer. J'ai ignoré ces signes.
J'ai ignoré mon humeur irritable, ma fatigue le soir venu.
Cette nuit, j'ai été réveillée par des maux de tête, des nausées et malgré le comprimé avalé à quatre heure du matin, je me suis retrouvée glauque, l'humeur bileuse, les idées noires.
Après tout ce temps, je n'ai pas encore compris le lien entre ce cœur qui frappe à grands coups dans ma tête et mon estomac qui rejette en bloc odeurs, bruits et sensations.
Mes seuls recours: du café noir et des jus de citron, bus par litres jusqu'à ce que la crise déclare forfait..

25 août 2016

Vivre : chagrins d'enfance


Je n'ai pas la larme facile et il est très rare que je pleure au cinéma. Le seul film qui me fasse fondre, à chaque visionnement, c'est l'Incompris de Comencini, un film datant de 1967, excellemment présenté ici.  La première fois que je l'ai vu, c'était dans une petite salle parisienne, pas loin de l'Hôtel-de-Ville.  Je me souviens qu'il m'avait bouleversée. Et puis, j'ai dû le revoir peut-être deux ou trois fois, à des années de distance, et... quel que soit l'époque de ma vie, j'ai toujours fini par pleurer durant les dernières minutes.
Avant-hier soir, il passait sur Arte. Je croyais être blasée, à force. Mais, à nouveau, quarante ans après, j'ai éclaté en sanglots. Comme à la première fois. Cette histoire d'enfance mal aimée et cassée me lacère le cœur.
Le plus étrange, c'est que Lui, qui a la larme facile, surtout quand il est question du chagrin des enfants, Lui qui s'émeut à la moindre bluette et me demande à mi-voix un mouchoir dans la pénombre du salon, et bien, là, en regardant l'Incompris il n'a pas semblé touché le moins du monde. Il est resté les yeux secs, insensible à ce drame.
En revanche, c'était ma peine, sincère, profonde, qui a semblé le chagriner fortement.