2 nov. 2017

Voyager : le geste auguste du lecteur


Claudia Fontes / il problema del cavallo (détail) / pavillon Argentine / biennale Venise


Assis en tailleur au bord du canal,
tête penchée, cheveux caressés par le soleil couchant,
le garçon avait ouvert son livre.
Indifférent au clapotis, aux pas des passants,
il se rendait présent à une aventure
qui l’emporterait au loin,
 à travers la forêt des signes et des mots.
Il entrait dans le chapitre 1. 

1 nov. 2017

Vivre : jours sans faim


Portrait d'une jeune femme / Petrus Christus / Gemäldegalerie / Berlin


J’ai pensé à ce livre de Delphine de Vigan.
Je ne l’ai pas lu, mais « jours sans faim » me parle bien.
Je mange, mais n’ai envie de rien.
Je me mets à table puisqu’il le faut bien.
Je choisis des crayons noirs et gris pour tracer mes dessins.
Je vois les beautés du monde. Je regarde les soleils couchants.
J’observe les gens se choisir de nouveaux vêtements.
Dans les rues, je les vois porter leurs sacs fièrement.
Je tiens les portes, je remercie, je souris aux passants.
J’avance et je finis par manger, parce qu’il le faut bien,
durant ces jours chagrins.

31 oct. 2017

Vivre : l'art de la simplicité


Giuseppe Arcimboldo / Automne / le Louvre

Prenez une courge. Grosse. Très grosse.
Prenez une Dad, avec un minimum de sens pratique.
Prenez deux voisins : Monsieur A et Madame B.
Dad, face aux dimensions de sa courge, décide :
1/ d’en faire une riche soupe pour le soir
2/ d’en congeler une bonne partie
3/ d’en proposer une tranche à ses voisins les plus proches
Monsieur A a longuement hésité face à la proposition.
Il devait en parler à sa femme.
Puis sa femme nous a appelés. Pour nous dire qu’ils n’aimaient pas trop la courge.
Mais qu’ils en prendraient tout de même une toute petite tranche
Madame B a dit oui, volontiers.
En recevant la tranche de courge évidée, pelée, dans son sachet plastifié,
Monsieur A a tendu une main prudente, exhibé un sourire crispé.
Il a demandé ce qu’on pouvait en faire.
Il n’a pas eu trop l’air de croire aux suggestions reçues.
Madame B a dit j’adore la courge merci bien c’est très sain.
Morale de l’histoire : cherchez la cucurbitacée…

30 oct. 2017

Lire : les premières fois






Comment je me suis retrouvée à caresser les trois ânes charmants qu'on entend braire aux quatre coins du village:

Tout a commencé avec ce livre à l'intrigue fort simple : une jeune écrivaine, quittée par son mari et licenciée par le journal dans lequel elle tenait une rubrique hebdomadaire, se voit proposer par sa psy une expérience censée durer un mois : tous les jours et pendant dix minutes, elle doit accomplir une chose nouvelle. Rien de folichon ou d'extravagant : juste une chose nouvelle. Chiara s’y met. C’est-à-dire qu’entre autres, elle s'adonne au point de croix, qu’elle change des langes de bébés, lance une lanterne céleste, danse le hip hop. Bref, elle sort de ses schémas habituels et casse des réflexes acquis.
(Précisons qu'à la fin, elle ne tombe pas dans les bras d'un homme, mais se tient bien debout face à son présent reconquis)

Tentée par ce jeu relativement simple (sans obligation de fréquence et sans grand exploit), j'ai, moi aussi, expérimenté plusieurs premières fois ces derniers jours. Des angoissantes, des rigolotes, des étonnantes. Je me suis ainsi vue bredouiller devant un auditoire de 300 personnes ou défier la résistance de l'eau aux sons de "Aïcha, Aïcha". 

Mais ce que j'ai préféré, c'était d'approcher les ânes. Leur duvet était tout doux tout laineux entre leurs oreilles, leur regard avenant, leur confiance désarmante. Ils faisaient montre d'une capacité d'ouverture et d'écoute absolue. Percevoir leurs braiements me rappelle à présent ce pur moment de joie.


Pendant dix minutes / Chiara Gamberale / Editions Lafon

29 oct. 2017

28 oct. 2017

Vivre : les petites bulles empathiques


Street art / Copenhague

A tous les coups, assise, je réagis comme ça :
Je vois le jeune garçon qui court pour attraper son bus,
le vieillard qui se dépêche, la jeune mère et sa poussette.
Je vois le mec qui déboule sur le quai à la der des der
et essaie d’ouvrir une porte.
A tous les coups, quelque chose en moi se lève,
une solidarité passagère, un élan, un pouce prestement appuyé.
A tous les coups, si la personne réussit à monter,
je me sens benoîtement soulagée,
porteuse d’un micro-bonheur partagé.
Et à tous les coups, si le train ou le bus respecte strictement l’horaire,
j’éprouve de l’empathie pour la personne qui tape du pied sur le trottoir.
Je ressens une micro-désolation devant sa mine décontenancée.
A tous les coups, je me dis, allez, c'est trop fois rien, 
y en aura un autre, dans quelques minutes,
mais je ne peux pas m'en empêcher...
à tous les coups…

27 oct. 2017

Vivre : le petit banc





Tous les matins, il est là.
Lové entre les arbres, en bordure de lac.
Tout blanc, tout fragile, petite bête assoupie,
échouée là pendant la nuit.
Et puis il disparaît, comme par magie.
On croirait avoir rêvé.
On jurerait pourtant l’avoir vu,

le petit banc disparu.