4 mai 2018

Ecouter : les grains de sel





Il n’y a pas de plus grand bonheur que de se rendre compte qu’on est là, qu’on respire, et qu’on peut observer l’immensité de la nature. Donc se sentir vivant, participer de la nature. Cela peut sembler un peu simpliste, mais pour moi c’est l’essence-même du bonheur.
[Heure bleue / 30.05.2017]

Trop joli, cette semaine, d’écouter jour après jour L’Heure bleue. Les cinq émissions sont dédiées à l’anthropologue Françoise Héritier. Sacré cadeau offert par Laure Adler : en plus des invitées qui se succèdent chaque jour (dont l'expressive Christiane Taubira), Dominique Blanc lit en préambule, et avec une délectation indubitable, lettre après lettre, le livre Le Sel de la vie : lettre à un ami. Petite sélection :

Coucher à la belle étoile.
Faire un long voyage sur piste sans crever un pneu.
Assumer ses détestations.
Descendre en voiture la rue de Belleville d’un trait.
Racler à la cuillère la mousse sucrée au fond de la tasse.
Imaginer le dessous des robes à crinoline.
Savoir que celui qu’on attend viendra.
Sentir la terre tourner sous son corps en regardant les nuages.
Se souvenir toute honte bue de ses gaffes passées.
Avoir été très forte au lancer de poids et nulle ailleurs en sport.

Le hasard m’a fait ranger ce matin un tiroir où j’ai déniché une dizaine de petits calepins. Dont celui acheté à la Fondazione Querini Stampalia, il y a un bout de temps déjà et dont j'avais fait mon "carnet des plaisirs"Mes grains de sel à moi. Je me suis proposé de continuer à remplir ces pages délaissées après un déménagement. Car enfin, cesser de faire des choses précieuses, n’est-ce pas une manière de se perdre en chemin ? 


L'Heure Bleue / France Inter / 30 avril-4 mai 2018


3 mai 2018

Vivre : Bic-à-brac


Cimetière de Lourmarin



Un choix de sobriété, une simple dalle. 
Quelques brins de verdure, quelques lys au printemps.
C'était compter sans les fleurs en plastique de certains.
Ni les nombreux stylo-billes que d'autres ont vissés tout autour.
D'où vient, mais d'où vient ce besoin de profaner des lieux
au nom d'une admiration béate ?

2 mai 2018

Regarder : tendresses intemporelles


Sabine / Apollon Lauré / Musée romain / Vaison

Persée / Louis Martin // Daphnis et Chloe / Marius-Joseph Ramus / Musée Granet / Aix-en-Provence


Présences. Echanges. 
Êtres de marbre ou de plâtre,
qui fascinent et émeuvent
par-delà le temps, par-delà les âges.

1 mai 2018

Habiter : home!




Grimper deux par deux les marches de cette maison-tour.
Basculer dans un océan de verdure.
Éprouver à chaque fois la même ivresse :
rentrer de vacances comme on arrive en vacances.

24 avr. 2018

Voyager : le besoin d'une île




Il n'y a plus de déserts. Il n'y a plus d'îles.
Le besoin cependant s'en fait sentir.
Albert Camus / Le Minotaure ou la halte d'Oran

Qu’il est bon certains matins de bifurquer à gauche devant l'ancienne boulangerie du village
et d'aller, de giratoires en croisements, emprunter la route qui mène vers le Sud...

23 avr. 2018

Habiter : passé, présent, futur





« Vivre, c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner. » 
Perec, G., Espèces d’espaces (1974)

J'ai regardé longuement les photos de la maison jaune qui m'avait aimantée au Sud durant de longues années. Elle était si jolie et pimpante, je l'avais passionnément aimée, et pourtant je l'ai laissée sans regrets : en bons termes et entre de bonnes mainsLa vie est un voyage de maison en maison et quand on a de la chance, on passe de l'une à l'autre sans se blesser, juste avec le sentiment d'une étape franchie et d'une autre à conquérir.


22 avr. 2018

Vivre : la traversée de l'hiver / 23


Médina /Marrakech / 2010

Tout compte fait, ai-je pensé, c'était une bonne chose qu'elle se soit montrée si sèche, si peu empathique, quasiment autiste, penchée sur sa tablette, testant la chasse d'eau, tournant les robinets, examinant les fissures, triant les clefs.

Durant tout ce temps, je restais immobile, à écouter les gémissements d'une maison qui se perd. Dehors, le printemps explosait de lumières. Dedans, seul un rai pointait dans chaque pièce l'absence irrémédiable. Je restais immobile tandis mon cœur suivait le tempo de son stylet hyperactif. 

Enfin, elle me les tendit, sa tablette, son stylet, pour que j'appose ma signature et qu'elle puisse partir effectuer ailleurs ses examens approfondis. Elle s'était montrée si sèche, si peu empathique que rendre le logement semblait chose somme  toute banale, quotidienne, une simple formalité.