27 févr. 2019

Vivre : de l'or entre nos mains


La fiancée juive (détail) / Rembrandt / Rijksmuseum / Amsterdam

Quand je m'adresse à lui en lui disant "mon ami",
il n'entre dans l'expression rien de suranné ni de familier.
Il est mon seul, mon véritable, mon indispensable ami,
l'inséparable psittacidé qui est mon double et ma moitié.

26 févr. 2019

Regarder : nul n'est prophète...


Modèle en plâtre / Musée Courbet / Ornans


Ornans et ses paysages n'ont cessé d'inspirer Courbet et celui-ci a fait connaître sa petite ville dans le monde entier à travers sa peinture. Un lien intime et durable a toujours uni le peintre à "son pays", mais cette relation n'a cependant pas été sans heurts.

Courbet réalisa en 1860 une sculpture, Le pêcheur de chavots, qu'il offrit à la ville d'Ornans pour orner la fontaine de la place des Iles-Basses.

La statue, "un enfant de douze ans", selon les mots de Courbet, était dans sa première version représenté entièrement nu, pêchant des chavots, petits poissons qui peuplaient la Loue en quantité. Cette nudité choqua, et, sous prétexte de bonne moralité, on fit circuler une pétition pour demander le retrait de l'innocent Pêcheur, mais sans succès.

En revanche, après la participation de Courbet aux événements de la Commune, la statue fut mutilée, signe de la réprobation des Ornanais envers son engagement politique, et le maire, bonapartiste convaincu, fit procéder à son enlèvement de la fontaine le 28 mai 1871 et le remis à la famille du peintre. Courbet, ému par ce rejet, écrivit alors : "J'apprendrai à ce tas de polissons qu'ils ne sont pas en droit de rien juger d'abord avant de connaître, malgré leur impuissance, leur envie et leur basse politique."

Il donna cette fonte à son ami Alexis Chopard, brasseur à Morteau, et ce n'est qu'en 1882, la réhabilitation de Courbet s'engageant, que la ville d'Ornans rendit hommage au peintre en replaçant sur la fontaine le second tirage du Petit pêcheur de chavots offert pour l'occasion par Juliette Courbet.

Cet exemplaire à nouveau mutilé, fut replacé à la mairie d'Ornans et remplacé par un tirage contemporain.        Présentation de l’œuvre au Musée Courbet
  
Les choses évoluent, avec le temps. Aujourd'hui, Ornans est une paisible bourgade assoupie au bord de la Loue. Elle doit d'être visitée et, très légèrement, secouée de sa torpeur aux visiteurs de son musée, désireux d'en connaître davantage sur son plus célèbre enfant. 
Courbet : que de chemin parcouru, depuis les sentiers du Doubs, jusqu'aux Salons parisiens et finalement l'exil suisse. Le désespéré. Les casseurs de pierres. Un enterrement à Ornans. L'atelier du peintre. L'Origine du monde. Toutes ces toiles témoignent de la force extraordinaire et du génie novateur de Courbet. Mais le petit pêcheur, à sa manière franche et candide, est sans doute celui qui sait évoquer le mieux son créateur, son histoire et ses tourments.

(2019 : bicentenaire de la naissance de G. Courbet. Programme : site du Musée Courbet)

25 févr. 2019

Vivre : Still life / 62




Les clefs de la mobilité. Je quitte cette maison par trois moyens : mes pieds, mon vélo et ma vieille auto. 
J'aime prendre la clef des champs, croisant parfois des êtres en chemin, chaperonnée par le lac et la forêt. Des kilomètres à la ronde qui me lavent le cerveau, m'allument le regard et musclent mes mollets.
J'aime enfourcher mon vélo (électrique) et sa clef m'assure qu'au retour je serai soulagée d'une pénible remontée, prix à payer pour une vue époustouflante à 230 degrés.
Quant à ma bonne vieille Volvo, sa clef, modèle 1989, d'une désarmante simplicité, m'inspire la plus grande tendresse. Aujourd'hui, les clefs sont munies de télécommandes, de puces, de codages. Elles allument les phares à distance pour qu'on puisse repérer son automobile sans la confondre avec toutes les autres voitures alignées, blanches ou noires ou gris métallisé. Parfois, ma bonne vieille caisse étant un brin capricieuse, la portière ne s'ouvre pas. J'essaie alors d'entrer par la gauche, en sachant très bien qu'au pire des cas, je pourrai toujours passer par le coffre, vu que ma voiture s'obstine, dans un accès de sénilité, à ne plus vouloir le fermer.
Sans ces clefs, je me trouverais bien empruntée. Je me sentirais limitée. J'aime la campagne, elle me procure des joies indicibles. Mais je ne saurais y trouver un équilibre sans mettre régulièrement la clef sous la porte, partir respirer un autre air, l'air pollué de la ville, avec ses racolages, ses bruits et ses indispensables stimuli.
Ainsi, j'ai toujours besoin de partir. Pour mieux revenir ici. Quant à la clef de la maison, c'est dans un lieu confondant de naïveté qu'elle est toujours cachée.