5 déc. 2019

Vivre : la fille qui m'agaçait


Jeune fille à une fenêtre grillagée / Dante Gabriel Rossetti/ Fitzwilliam Museum / University of Cambridge

Elle m'a demandé : Vous êtes prête pour les Fêtes ?
Elle m'a demandé : Vous fêtez Noël en famille ?
Ensuite, naturellement, elle a demandé : Et à Nouvel-An, vous avez prévu quelque chose ? Vous partez ?
Elle a logiquement ajouté : Et sur les marchés de Noël, vous y êtes déjà allée
Là, je commençais vraiment à fatiguer. Je répondais par monosyllabes. Je regardais mes pointes tomber et je me demandais combien de temps encore il faudrait pour terminer la coupe et vite vite sécher. J'ai dit oui pour un café. Je n'étais pas prête pour ces conversations toutes faites. Les fins d'année préfabriquées m'ont toujours exaspérée.
C'est au moment où elle me tendait mon manteau que j'ai décidé de faire un effort. Je lui ai demandé : et vous, qu'est-ce que vous aimeriez, pour Noël ?
Elle a levé alors les yeux et m'a dit : pour moi, rien. Juste une réponse positive pour mon beau-frère. 
Et un dialogue a vraiment commencé. Il a trente ans. Il y a trois mois il est allé consulter parce qu'il maigrissait à vue d’œil. Les premiers médecins ont cherché et n'ont rien trouvé. Les seconds ont diagnostiqué, mais un peu tard. Il a dû partir se faire soigner à l'étranger, à ses frais. Là, il a repris un peu de poids et il doit recevoir les résultats. Il a un enfant de deux ans et il attend face au vent froid.
Je l'ai quittée. Je croise les doigts pour votre beau-frère. Un sourire s'est allumé sur le petit visage mutin de la fille qui m'agaçait.

4 déc. 2019

Vivre : la partie cachée de l'iceberg



La Charité romaine / attr. Valerio Castelli / Mbaa / Besançon

Parfois, regarder les gens,  les observer - discrètement - et se demander
ce qui se passe derrière les sourires, les absences, les manteaux, les battants.
Ce qui reste en-dedans, n'est-ce pas souvent le plus fascinant ?

3 déc. 2019

Vivre : le cercle vertueux


Piazza San Marco / Venezia

Il y a des  journées comme ça : on se lève et on se dit "ça ira". On met un pied devant l'autre, on est prêt à affronter hardiment tout ce qui la veille nous apparaissait comme l'ascension de l’Himalaya. On inspire, on avance, on y va. On se dit que les tracas ne sont que des tracas, que la vie qu'on sent frémir en soi est bien plus grande que tous nos embarras.
Et, peu à peu, on constate que rien ne se passe comme on l'avait imaginé. Les problèmes se dissolvent. Il n'y a plus de problèmes, il n'y a que des solutions. Évidentes. Il n'y a plus de contrariétés, il n'y a que des opportunités. On commence à sourire et on se rend compte qu'on ne rencontre que des sourires qui semblaient nous attendre pour se mettre à fleurir. On avait prévu des beignes et on reçoit des étrennes. Alors, on se met à rigoler, doucement, à l'intérieur de soi. On ne voit même pas que le ciel demeure farouchement gris. On remarque un arbre aux bras tendus vers le ciel on remarque une camionnette jaune citron on remarque un cabanon. On remarque des choses infimes qu'on n'avait jamais vues avant. On fredonne un vieil air de Goldman au volant, on s'arrête pour laisser passer une grand-maman. On sent le sang, les phrases, les envies qui circulent en soi. Il y a des journées comme ça.

2 déc. 2019

Vivre : la boussole


Les Bourgeois de Calais (Jean de Fiennes) / plâtre / A. Rodin / Ca' Pesaro / Venezia

Quand il m'arrive de me lever dans la nuit,
je l'entends qui m'envoie des baisers
pour que je trouve à m'orienter.

1 déc. 2019

Vivre : l'infortunée


Portrait de femme / Peintre inconnu / SMK / Copenhague

La femme - une quinqua qui malgré tous ses efforts paraissait être effectivement une quinqua - se plaignait dans son smartphone. Elle mettait son malheur en scène : les larmes, les crises, les rebuffades. Elle étalait ses douleurs à haute et intelligible voix, on n'entendait qu'elle au milieu du wagon. Chacun se protégeait de son mieux, qui à coup d'oreillettes, qui le nez dans sa tablette.
A l'entendre les raconter en long en large et en travers, on se demandait si elle n'en avait pas le plus grand besoin, de ses peines. Il y a des personnes ainsi, qui semblent n'exister que par l'affirmation continuelle de leur cruelle destinée. C'est dans leur force à la cartographier qu'elles trouvent leur chemin, leur raison de vivre, leur conscience d'être, effectivement, quelqu'un. 
A force de rabâcher, la femme avait largement de quoi se rassurer.

30 nov. 2019

Vivre : rester interdit


23 tonnes 2016 / Hamid Magrahoui / Biennale Lyon / 2017

Devant tant de propriétés et d'espaces privés, "privés de quoi ?" a-t-on envie de demander.

29 nov. 2019

Vivre : perturbations





Temps de migraine, temps versatile,
les arcs s'enchaînent, vertiges pulsatiles,
couleurs de migraine, couleurs ibuprofène, 
pâleurs et patience, douleurs et tourmente, 
dehors les passages, dedans l'attente lente,
dans les nuages dansent des visions fuyantes,
clameur de migraine, boucans immobiles,
les notes s'égrainent, les pluies se déchaînent.