31 oct. 2021

Vivre : changement de cap

 

 
Dans le ciel, très haut, caressant les feuillus à flanc de colline, décrivant des volutes acrobatiques, les busards portent sur le village un regard flegmatique.

Les petites maisons de vacances aux fenêtres bleues donnant sur des jardins fleuris disparaissent une à une, à mesure que les silhouettes menues penchées sur leurs arrosoirs ne sont plus aptes à les couver. De grosses machines débarquent alors, qui ne font pas de quartiers : adieu arbres fruitiers, plantes aromatiques, buissons colorés, tout s'arrache pour y planter de froides silhouettes blanches avec garages et piscines incorporés. De plus en plus de gabarits sont piqués, qui effleurent de nobles quinquagénaires où les merles aiment à venir nidifier. C'est qu'il en faut de la place pour nager dans le chlore en toute liberté, vue plongeante sur le lac, quand on n'a que le week-end pour décharger tant de stress accumulé.
 
De ronronnantes cylindrées s'aventurent de plus en plus sur les chemins bien exposés. Elles émergent de parkings souterrains, où les cases leur semblent toujours plus étriquées et certaines n'hésitent plus maintenant à occuper deux places pour se loger. Elles quittent pour quelques heures la ville cosmopolite où elles vrombissent en vain, prestement conduites par des personnages secs et bien sapés. Ils descendent pressés, pressés d'aller retrouver leurs voiliers, ou de rejoindre leurs sous-sols où ils trouvent à se muscler.

Les busards survolent les événements avec une impassible élégance: ils étaient là avant, ils resteront là bien après, plus rien ne peut vraiment les étonner.

30 oct. 2021

Vivre : comme les vagues

 
Pouilles / Au large d'Otranto
 
Toujours faire avec. Ne jamais contrer les contrariétés.
 
 


29 oct. 2021

Vivre : une mesure pour rien

 

Le soir est en train de tomber. Fin de partie, fin de journée. On n'a rien fait comme il fallait. A vrai dire on a tout fait à moitié. On ressent une désagréable impression d'imperfection, quelque chose de loupé. Mais, en y regardant bien, il y aura quand même quelque chose qu'on n'aura pas manqué : lever les yeux, saluer le soleil, le remercier infiniment, lui savoir gré de sa splendide présence, et tant qu'on y est remercier infiniment aussi l'arbre préféré, curieux, enjoué, celui qui semble se pencher pour nous observer, nous protéger. Oui, la journée n'était pas vraiment réussie, mais on a réussi à l'achever en beauté.

Regarder : natures

 

Les matins désormais nous avançons à tâtons, enveloppés de nuit blanche et de silence noir. Heureusement, une fois rentrés nous pouvons nous pencher ICI et pour observer le monde que nous ne voyons pas.

Concours européen de la photographie sauvage.
SIPA 2021 (exposé à Sienne jusqu'au 5 décembre)

28 oct. 2021

Vivre : désaccords parfaits

 
Portrait d'Erard de la Mark / J.C. Vermeyen / Rijksmuseum / Amsterdam
 
L'autre jour, nous avions entendu Patrice Leconte raconter sa première expérience de cinéaste désastreuse avec Jean Rocheford (lequel refusait de le considérer comme apte à faire du cinéma et l'avait fait virer du tournage par la Gaumont :"Patrice Leconte est un incapable et c'est moi qui vais reprendre la mise en scène!"). Par la suite, ils se sont réconciliés et ont réalisé ensemble une demi-douzaine de films, dont l'inoubliable "Tandem" et l'émouvant "Le mari de la coiffeuse". J'étais admirative de cette souplesse et de cette intelligence émotionnelle.

A. m'a dit : "Ceux qui affirment ne jamais avoir de conflits ne disent pas la vérité : ils esquivent, par conviction, parfois par crainte, parfois par lâcheté. Certains, autre forme d'évitement, s'arrangent toujours pour être du côté du plus fort, de la majorité. Ce qui signifie se planquer, ne pas avoir le courage de ses opinions, hurler avec les loups. Ceux qui affichent leurs absences de conflits comme des preuves d'une qualité morale font en réalité souvent état de leur besoin de conformité."

Des propos qui m'ont fait méditer. "Pas faux, ai-je rétorqué, les conflits sont inévitables en société. L'essentiel est de ne pas en provoquer soi-même par rage, par orgueil ou par avidité. Sans compter les conflits privés d'intérêt, broyeurs d'énergie dans lesquels il s'agit de ne pas se laisser embarquer". J'ai poursuivi : "Les conflits réclament des mots, des explications, des négociations. Ils obligent à argumenter. On ne peut pas aimer tous ceux qu'on rencontre. On ne peut pas toujours être d'accord avec tout le monde. Mais on peut trouver moyen de discuter et finalement de s'entendre. Un conflit surmonté, en ce sens, est peut-être un excellent signe de santé ? N'y a-t-il pas de la noblesse à savoir défendre ses positions sans les imposer ?"
 
Enfin pour achever cette discussion, on s'est repassé "Ridicule", une œuvre dont il eut été dommage d'être privés pour cause de querelle envenimée...
 

27 oct. 2021

Vivre : absolue nécessité

 

Peu, mais bien.
Peu, mais précieux.
Infime, mais luxueux.
Rien de trop: le noyau.

26 oct. 2021

Voyager : l'art des détails

 

Le plus étonnant, tandis que l'on parcourt une ville étrangère, c'est de constater qu'on y a été attirée par la somptuosité de ses bâtiments, l'éclat de ses fastes passés et que, au bout du compte, on se retrouve émue par de tout petits détails insignifiants, mais infiniment évocateurs dont on se rappellera longtemps après avec une précision déconcertante.