31 déc. 2022

Vivre : comme un roseau sur le rivage

 

Elle a dit : si peu de choses se passent comme on l'avait planifié...
Du coup, la seule perspective et le seul souhait c'était : la flexibilité.

 

Vivre : en admirant Morandi

 
Nature morte / Giorgio Morandi / Musée Granet (dépôt Musée d'Orsay) / Aix-en-Pce
 
Comment dire ? Il n'y avait rien à dire. Loin des bimbeloteries en tous genres, 
les paillettes, les vernis, on préférait la vie. 
Alors, simplement, sans plus d'explications, on s'est dirigée vers la sortie.

28 déc. 2022

Regarder : l'avenir du passé

 
Hercule et Omphale / Maison du Prince de Montenegro / Pompei / 1er s. après J.-C.
 
Notre halte était minutée. Arrivés à Bologne (trafic intense, pluie menaçante, artères aveuglantes) nous avons miraculeusement trouvé une place à l'extérieur des murs, nous nous sommes enfilés sous la porte Castiglione et empressés de parcourir les longues arcades qui allaient nous mener à notre but. La ville n'a pas tardé à nous emporter dans ce tourbillon qu'elle seule sait impulser. Lumières, décorations, livraisons, cabanes de marchés, tout semblait nous happer, mais stoïquement, nous avons filé droit. Nous savions qu'elles nous attendaient, ces exquises présences de l'Antiquité, elles nous attendaient au moins aussi intensément que nous les avions espérées. Rendez-vous avait été pris, nous avions traversé les Alpes, elles s'étaient déplacées depuis la Campanie et il s'agissait de ne pas nous manquer.
 
Admète et Alceste / Maison du Poète tragique / Pompéi / 1er s. apr. J.-C.
 
Ce genre de situation implique toujours un moment précis qu'il faut rapidement identifier : celui où l'on opère un changement intérieur, quittant le stress visant l'efficacité pour céder au relâchement permettant de converser. Trouver le bon ancrage intérieur, la manière adéquate de dialoguer. Quelques explorations sont nécessaires dans la pénombre, quelques pas et quelques accommodations, avant de parvenir à focaliser.
 
Maison de l'Eros puni / paroi Nord / Pompéi / 1er s. apr. J.-C.
 
Il y a dans la peinture de Pompei quelque chose qu'il trouve infiniment attristant. Quelque chose de perdu, qui n'existera plus. Ces espaces, ces figures le laissent à la fois attendri et démuni. Pour moi, ce n'est pas tout à fait la même chose. Ces fresques relèvent certes d'une évidente mélancolie, une nostalgie de quelque chose que seuls les rêves peuvent venir nous rappeler, mais je ne ressens nullement un sentiment de perte, rien de définitif, ni de brisé. C'est comme si ces dessins, dans leur délicatesse, venaient me parler de quelque chose qui a été, et qui, malgré les apparences, reste encore bien ancré quelque part en moi. Quelque chose que la mémoire, l'imaginaire peuvent encore me rendre.
Les noms mêmes me laissent pensive : la domus du Poète tragique, la maison du Bracelet d'or, ou celle de l'Amour puni ou encore celle des chastes Amants... Il y a dans la manière de restituer la perspective, les incarnats et les drapés un je ne sais quoi que l'inconscient rattache à des expériences passées. Ce que la raison pure qualifierait de maladresses vient nous parler d'une autre réalité, évanescente, immémoriale. On bascule dans une dimension différente, où un autre monde a ses raisons.

 Maison de l'Eros puni (détail servante) / paroi Sud / Pompéi / 1er s. apr. J.-C.
 
La fin de cette année approchait. Dans les rues et dans notre programme, tout nous appelait à la stimulation et, d'une certaine manière, à l'extériorité. Mais les peintures qui précédaient l'an 79 apr. J.-C. n'avaient-elles pas fait le voyage pour nous livrer ce simple message : peut-on se projeter dans l'avenir sans être en paix avec son passé ?


I pittori di Pompei / Museo archeologico / Bologna jusqu'au 19 mars 2023

27 déc. 2022

Vivre : la valeur des choses

 
Annonciation (détail) / Sandro Botticelli / Uffizi / Firenze
 
 
Cesse de dire : de rien quand on te dit : merci
Ne dévalorise ni ton bienfait ni celui qui le reçoit.
 
 

26 déc. 2022

Vivre : l'extraordinaire de l'ordinaire

 
 Beim Frühstück / Carl Moll / Wienmuseum / Vienne
 
 
Longtemps, quand j'entrais dans un magasin et que je savais avoir dans mon portemonnaie suffisamment d'argent pour me procurer de quoi me nourrir, je me suis sentie nantie. Quand je racontais cela, les gens autour de moi prêtaient distraitement l'oreille. C'était si normal, somme toute, les rayonnages remplis (et les plaintes si l'approvisionnement connaissait le moindre retard).
Longtemps, et bien avant que j'avais décidé d'entreprendre un travail sur l'habitat pleinement ressenti, je m'exclamais : "Quel privilège d'avoir un toit !". On écoutait poliment, mais souvent l'insatisfaction pointait. Certains auraient voulu obtenir quelque chose de plus grand, un autre quartier, des pièces plus ensoleillées.

Cette année, et de manière particulière, j'ai savouré comme jamais le pain, le goût incomparable du pain qui sait rassasier et le privilège de n'avoir à sauter aucun repas. Cette année, plus que jamais, j'ai connu la joie d'avoir un toit pour protéger mon quotidien (R. ajoute à chaque fois : et des espaces chauffés, n'oublie pas). Cette année, des fragilités en tous genres sont venues nous dire que rien n'est normal, rien n'est banal, que l'habituel n'est pas le dû et qu'il y a du miraculeux dans ce que l'on a toujours tenu pour acquis.

25 déc. 2022

Vivre : laisser tourner

 
Olafur Eliasson, Firefly double-polyhedron sphere experiment, 2020, Palazzo Strozzi, Florence

 
Cesse de vouloir que le monde réponde à tes besoins.
Prends-le comme il est, dans tous ses états, prends ou laisse,
avec toutes ses fêlures et ses facettes. Peut-être : son éclat.


24 déc. 2022

Vivre : Still life / 125

 
 
 
Aimer la pluie - mis à part les orages qui surviennent en pleine canicule - peut relever parfois d'un exploit. Aimer la pluie de novembre, les longues série de journées assombries. Aimer les averses qui plongent sur nos nouvelles ballerines et nous laissent démunie, sans parapluie. Aimer le crachin glacé de janvier, quand pleuvent les factures en même temps que les intempéries. Aimer la pluie peut se révéler un sacré défi.
Durant ce dernier séjour florentin, il a plu quasiment sans arrêt. Le réceptionniste nous a confié que cette météo s'était installée depuis quinze jours au moins. Les bus étaient remplis de gens aux visages graves et aux vêtements dégoulinants. Les regards étaient pensifs et c'était impressionnant de constater la détermination de ces silhouettes à se rendre là où on les attendait. Il y avait dans ces présences quelque chose de noble et de valeureux que rien ne pouvait liquéfier.
En longeant l'Arno, on pouvait observer de rares touristes déconcertés. Plus leur hôtel était étoilé et plus certaines dames derrière les vitrages affichaient des mines contrariées. Elles semblaient considérer les averses comme une offense personnelle. Tellement déçues de leur séjour gâché! 
Nous, la pluviométrie, on s'en accommodait, on prenait la ville telle quelle, avec ses rigoles et ses attraits. Les baleines de mon parapluie, lassées, se gondolaient et semblaient aspirer à une totale autonomie, elles s'étaient mises à danser comme Gene Kelly. En réalité, l'essentiel était à mes pieds : ces bottines magiques trouvées à Venise (une ville qui s'y connaît en humidité). Les pieds au sec, tel est le secret, insensible aux flaques, aux éclaboussures et à la boue, on considère la pluie pour ce qu'elle est : une opportunité de remplir nos nappes phréatiques bien éprouvées l'été dernier, de combler la nature qui nous comble de ses bienfaits, de découvrir la cité des Médicis sous d'autres aspects.