Le chêne de Flagey / Gustave Courbet / Musée Courbet / Ornans
...je ne sais pas m'adresser aux sépultures. J'ai perdu le langage qu'on apprend au catéchisme et qu'on pratique dans les églises. Je suis discourtois avec le ciel, maladroit avec ses intercesseurs. Rien de ce qui est trop élevé ne m'attire - j'aime le monde à hauteur d'homme et que le sacré s'accomplisse sur la terre, dans un geste simple, une offrande discrète, la beauté d'une lumière de velours adoucissant la pierre. [...] Mes morts vivent en moi. Ils me tiennent compagnie. Ils voyagent et respirent à mon rythme.
Olivier / Jérôme Garcin / Folio / p.19
C'est surtout en ces belles journées de récolte que je pense à toi : en 1976, pressée de venir te mettre à l'abri, après le séisme qui t'avait d'un coup, peu après la perte de ton époux, enlevé ta maison, tes champs, tes superbes vaches nourricières, tu avais emporté dans tes bagages des plants de prunier destinés à prendre racine ici, en Suisse.
C'est le jardin de mes parents qui les a accueillis. Puis, un jour que j'avais quitté la ville pour m'établir sur cette colline, ma mère m'a remis dans un sac en plastique deux minuscules arbrisseaux à transplanter. L'un paraissait vaillant, mais l'autre était si maigrelet qu'on ne se risquait pas à lui accorder plus d'une année : il ne passerait pas l'hiver, on le craignait.
Il l'a passé. Nous voici à présent inondés de pruneaux à chaque fin d'été. Cette année la récolte est fastueuse : c'est que l'ex-maigrichon, devenu un géant, s'est vraiment donné. Sous la lumière vive de l'automne, en faisant mes tartes et mes confitures, c'est à toi que je pense. Tu es plus vivante que jamais, puisque, par la générosité de ces arbres, tu continues à nous régaler. Grâce à un certain manteau, tu continues à me réchauffer. A travers tes mots que je n'oublierais jamais, tu continues à m'épauler.
Je suis la chair de la chair de ta chair. Je te suis, tu es mon chemin, tu es ma lumière. Tu es mon axe dans ce monde désaxé, tu n'as jamais été si près, tu es dans tous les murmures des feuillages des forêts. Quel que soit le vent, tu es et tu resteras un socle en moi, ma nonna.
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