dimanche 15 février 2026

Regarder : 1, 1 1/2, 1, 2, ...

 


Érable / 2023 / Schloss Grubenhagen / Poméranie-Mecklenburg 

Je dessine mon arbre pas à pas, en grimpant. Le tronc, ça s'escalade à toute vitesse. Pas de croisements, ni de panneaux vers des destinations alternatives. Et puis, on atteint les premiers embranchements. Ce qui m'intéresse, c'est la lente croissance de mon dessin; je prends le plus de temps possible : des heures, des jours, des semaines. Il faut qu'il témoigne de mon ressenti, infini et répétitif. Le dessin n'est autre que le résultat d'une errance à travers la nature. [GvM]  
 
Prendre le temps. Avoir tout son temps. Donner du temps au temps. Des luxes, assurément. Ça faisait un bout de temps que je voulais écrire sur Gudrun von Malzan, une artiste d'origine allemande basée en France, dont j'ai découvert les dessins d'arbres à Arles au printemps dernier. Âgée de 85 ans, elle continue son travail de création et, depuis une décennie environ, elle s'attache à faire le portrait d'arbres, rencontrés le plus souvent dans sa région d'origine au nord de l'Allemagne. La voici présentée sur le site du Centre Pompidou : ICI
On pourrait naturellement passer devant ses longues bandes de papier, en admirant la délicatesse et la minutie de son dessin. Si ce n'est que l'artiste, à mesure que son travail progresse, note dans la marge - à droite et en unités d'heures - le temps qu'il lui a fallu pour avancer. Plus les parties contiennent de feuillages, de branches et plus rapprochées sont les annotations, évidemment. 
 
Dans un monde de saccages et de précipitation, cette approche est fascinante. Il y a dans la lente montée vers le sommet - durant laquelle GvM déroule un long rouleau de papier journal vierge - quelque chose qui tient de l'apprivoisement. 
 
"Tout le temps nécessaire" est une belle expression. Elle implique une notion de besoin et non de rentabilité. De plus, cette remontée tranquille, à son rythme, va de pair avec la temporalité du sujet : les arbres ont besoin de temps pour grandir, ils nous donnent la mesure du temps. "On ne peut pas aller plus vite que la musique" semblent-ils nous dire quand on les croise dans une forêt et alors, d'instinct, nos pas ralentissent. Notre corps se met à l'unisson et retrouve un rythme sage. Nous nous retrouvons en résonance avec leur univers, loin des courses et du besoin effréné de rendement.
 
détail frêne / 2023
 
 
 
 

samedi 14 février 2026

Voyager : dôles de rencontres

 

 
En rentrant du Piémont - une petite cité idéale scintillant sous un ciel étoilé, quelques restaurants justement distingués - nous avons décidé de faire un crochet par l'entreprise Aulina  où un jeune couple de producteurs passionnés fabriquent des produits d'hygiène à base de plantes bio et de lait d'ânesse. Ils se sont formés dans la région de Forcalquier et ne cessent de diversifier leurs productions.
Nous les avons quittés tout heureux de nos achats et avons décidé de rejoindre Turin par des routes nationales. Au bout de cinq minutes, nous avons été arrêtés par un contrôle de gendarmerie. Pièces d'identité. Papiers du véhicule. C'est alors que l'interrogatoire a commencé:
- Vous venez d'où ?
- Vous allez où ? 
- C'est où, votre domicile ?
Les questions de ces jeunes gendarmes ont commencé à rendre le chien méfiant. Il s'est mis à grogner. D'autant plus que, avec des papiers suisses et des plaques suisses, il y avait de fortes chances pour que nous habitions la Suisse. Mais, en êtres civilisés, nous avons continué de leur répondre gentiment.
- Qu'est-ce que vous faites ici ?
- Qu'est-ce que vous êtes venus faire ici ?
- Du tourisme ?!? Mais il n'y a rien ici!!! 
Devant l'insistance du gendarma, nous avons commencé nous aussi à nous poser des questions, tandis que notre chien s'est mis à carrément aboyer. 
Nous avons réalisé que les deux - très - jeunes militaires avaient un accent du Sud prononcé. Sans doute venaient-ils d'être nommés au Nord du pays, loin de leur terre ensoleillée, de leur bord de mer, de leur famille. Sans doute ne comprenaient-ils pas ce qui pouvait attirer des gens qui n'y étaient pas contraints à sillonner cette terre aride du Piémont, parsemée de carcasses industrielles, avec ses habitants rigides comme des métronomes. Leur attitude "Qu'est-ce que vous venez foutre ici ?" est soudain devenue compréhensible.
On leur a fait de grands signes en les saluant et on s'est dit que ce genre d'incident ne peut arriver que quand on voyage hors saison, hors des sentiers battus (même si la quatrième ville du pays et sa Mole Antonelliana se trouvaient à peine à une quarantaine de kilomètres). Ça nous a donné l'impression d'être partis très loin et ça m'a ramenée à mon premier voyage en Grèce, dans la ville de Ioannina, où un habitant sur deux nous demandait : "d'où est-ce que vous venez ? où est-ce que vous allez ?" comme si nous étions des extraterrestres. Rafraîchissant souvenir d'avant le surtourisme, autant dire : la Préhistoire! 
 
 
Château de Govone / escalier monumental

 

mercredi 11 février 2026

Vivre : l'appel de la lumière

 
musée Lee Ufan / arles
 
ouvre la fenêtre
va, ouvre grand :
le renouveau t'appelle
la liberté t'attend 
 

mardi 10 février 2026

Lire : quand moins c'est plus

 

Tout ce qui venait de moi tombait dans trois catégories : observation teintée de XXIe siècle, paraphrase des sources, description des sentiment d'un personnage. Chacune me paraissait inutile. La première sortait le lecteur de l'histoire, à la seconde on pouvait avantageusement substituer la citation originale, quant aux sentiments il était plus parlant de les montrer que de les raconter. [préface, p.13]
 
C'est un livre d'histoire (on le retrouve dans les bibliothèques au rayon "histoire contemporaine", car il traite, sources à l'appui,  de la naissance du sionisme, avec ses principaux leaders, ses enjeux et ses débats). C'est un livre  qui évoque un passé familial (un arrière-grand-père dont on ne connaît pas grand chose, une grand-mère décédée et restée très présente, une famille juive migrante durant la première moitié du XXe siècle). C'est aussi le portrait d'une maison, dont l'adresse constitue le titre. Cela dit, la première chose qui m'a conquise, c'est la démarche entreprise par Rachel Cockerell : raconter, sans s'immiscer. 
 
Trop souvent, les livres d'histoire contiennent des introductions, des explications, des interprétations qui sont superflues. Or, on peut décrire sans trop en dire. C'est le principal attrait de cette recherche (fouillée) : l'élagage des sources, présentées de manière épurée, en fait la force. Le résultat est fascinant : le livre gagne en légèreté et il se lit comme un roman. L'autrice était l'invitée du Book club il y a quelques jours. On peut écouter l'émission ICI. Au départ, il s'agissait pour elle d'évoquer l'image de sa grand-mère paternelle et puis, à mesure de ses investigations, sa recherche a pris de l'ampleur, avec d'autres personnages et d'autres champs d'exploration.
 
Je suis en pleine lecture. Je parlerai plus tard du contenu. Pour l'instant, la manière de traiter le sujet (quête d'une terre promise et membres d'une famille) m'a stupéfaite par sa simplicité et son efficacité : une suite aérée de citations, avec, dans la marge, les références de leur auteur, sans autre annotation, qui se lisent très agréablement et dont on trouve les  références scrupuleusement mentionnées en fin d'ouvrage. Que de travail derrière tant d'évidence! Ne pas trouver ce qu'on cherche est peut-être l'indice qu'on fait une véritable recherche, puisque, comme le présente l'autrice :
 
Au départ, le livre devait raconter l'histoire de ma grand-mère et de sa sœur, qui ont élevé ensemble leurs enfants dans une énorme maison edwardienne du nord de Londres dans les années 1940. [préface, p.15]
 

lundi 9 février 2026

Voyager : microtourisme

 
Anna Seekamp, la soeur de l'artiste / Bertha Wegmann / SMK / Copenhague
 
C'est samedi. Elle se réjouit. Elle va passer la journée avec sa sœur. Elles ont choisi de partir à M. petite cité historique à une trentaine de kilomètres d'ici. Elle dit : J'ai toujours aimé cette ville. Elle ajoute : Non, pas de boutiques, pas de shopping, juste une balade, le lac, les ruelles. Elle n'avait pas envie d'une grande ville, surtout pas de trafic et pas de bruit. Elle voulait juste se faire plaisir. Papoter, se faire un truc à deux, loin des enfants et des maris. Elle est née dans un village des environs et n'a aucun besoin de lire le moindre livre pour adopter le concept du voyage de proximité. Elle est ouverte à toutes les découvertes : un portail rouillé, un chat, un bouquet à une fenêtre. Le bonheur, tout son bonheur, ne tient qu'à cet état d'esprit. 
 

 

dimanche 8 février 2026

Vivre : l'arc-en-ciel, qui l'a vu ?

 
 
Promenade du soir. 
Des appels au loin. Quelqu'un en retard.
C'est l'heure hâtive des retours. 

 
Avec la nuit tombent les attentes et les efforts.
Par-dessus les étangs, un arc-en-ciel se laisse voir. 
Les rives expirent, un oiseau s'évapore.


C'est l'heure des solitaires, de l'espoir qui mord..
Entre les roseaux un cygne s'endort. C'est l'heure de se taire.
L'arc-en-ciel se déploie. Qui a su le voir ?

 

samedi 7 février 2026

Vivre : patience, patience

 
Soir d'été sur la plage de Skagen (détail) / Peter Severin Krøyer /
 Hirsprung coll. / Copenhague

 
Aujourd'hui j'avais besoin d'un nouveau tube de rouge à lèvres : le mien était à plat. Impossible d'aller tout bonnement racheter le même produit, la même nuance, chez le même fabriquant. Trop simple! ce serait oublier les renouvellements incessants dans les offres cosmétiques, l'émergence des rouges liquides ("pour définir et accentuer les lèvres") ainsi que les fermetures de certaines succursales. J'ai donc cherché mon bonheur (ou plutôt : ma couleur) dans la filiale d'une chaîne offrant pas mal de choix. Rien de trop compliqué : au final, le tube a été trouvé et embarqué (je suis juste sortie avec le dos de ma main gauche recouvert de traits pourpres, lie de vin, grenat, framboise et fuchsia vaguement ambré, on aurait dit une pâtissière méchamment brûlée.) Le plus drôle, c'est que bien que j'aie prié R. de m'attendre dans un lieu confortable pendant cette fastidieuse démarche, il a insisté pour m'accompagner, avec le chien à ses côtés. Et ils se sont effectivement tenus bien droits, stoïques, silencieux, impassibles, durant les recherches et les essais, R. me donnant son avis de temps à autre, le clébard ignorant superbement les odeurs nauséabondes de Chanel n°5 et de Clarins Lip Perfector qui parvenaient à sa truffe. Ils étaient tellement mignons, tellement disposés à collaborer que je n'ai pas pu résister à leur offrir à la sortie une bouteille de Roero Arneis (au premier) et un os à moelle (au second) histoire de leur exprimer mon admirative reconnaissance.
 
 

vendredi 6 février 2026

Lire : traces de mères

 

 
J'ai beau y être venue des dizaines de fois, je ne m'habitue pas à sa beauté, car l'expérience du lieu offre toujours plus que ce que ma mémoire en avait retenu - une évidence majestueuse, profuse. [p.10] 
 
 
La collection "Ma nuit au musée" propose des récits qui se suivent sans jamais se ressembler, selon la personnalité de l'écrivain concerné, du type de musée qui l'héberge et des œuvres présentées. Il s'agit de découvrir à la fois l'institution et sa mission en même temps que l'auteur/e qui y passe la nuit (généralement entre dix-huit heures et sept heures du matin) pourvu d'un lit de camp et d'un talkie-walkie destiné à le connecter aux agents de surveillance. 
 
Il s'ensuit une oscillation entre exploration culturelle et confidences intimes, un enchaînement entre présent et passé, des incursions dans le bâtiment et dans la vie personnelle de celui ou celle qui écrit (le tout étant bien sûr favorisé par la solitude et les ombres, mélange de privilèges et de peurs entrelacés). 
 
(Depuis longtemps, j'ai envie de lire l'intégralité d'un livre le temps d'une nuit, passée moi aussi dans le silence et l'isolement. Je ne l'ai pas encore fait même si l'idée continue de m'obnubiler.)
 
Venir d'une mer, expérience relatée par Belinda Cannone suite à sa nuit passée au Mucem en octobre 2023 est un livre captivant : il se lit comme un roman et se révèle d'une large érudition. On y apprend une multitude de choses sur Marseille, ses migrants, son adoption immédiate du musée inauguré en 2013, une construction extraordinaire projetée par Rudy Ricciotti qui tourne le dos à la ville pour trôner face à la mer et embrasser le large. L'auteure est érudite. On le sait. En universitaire affirmée, elle a rassemblé quantité d'informations étendant son regard sur le pourtour de cette mer si particulière. On apprécie tout ce qu'elle nous raconte à propos de Camus, de Braudel, de l'Odyssée, de données océanographiques et scientifiques, des divers échanges et migrations survenus au cours de siècles. 
 
On pourrait peut-être lui reprocher de s'être  montrée trop appliquée, de ne pas avoir été suffisamment sélective en cumulant parfois des éléments comme autant de pièces d'un patchwork (craindrait-elle qu'en négligeant une partie de son travail en amont et toute la documentation rassemblée on la soupçonne d'avoir mal travaillé?) 
 
Ce qui m'a paru le plus intéressant dans ce récit, c'est la partie plus personnelle : les confidences de Belinda Cannone qui émergent dans ce retour à ses origines méditerranéennes (la Tunisie, la Sicile, la Corse). L'écrivaine, née dans la Petite-Sicile de Tunis, est arrivée à quatre ans à Marseille où elle a vécu jusqu'à ses dix-huit ans. Elle a longtemps collaboré à l'université de Corte et se sent très proche de ses racines tunisiennes et siciliennes. Bref, elle est fortement attachée au Sud, même si ces éléments n'apparaissent pas au prime abord (elle s'est choisi par exemple depuis des décennies une maison d'ancrage dans le Cotentin). 
 
Le point central du livre semble tenir non pas tant à ce que la chercheuse a rassemblé comme savoirs, accomplissant un travail conséquent, mais à ce qui a échappé à son contrôle. Progressant dans le récit, on prend conscience avec elle qu'en réalisant ce projet, elle s'est rapprochée de sa mère (le jeu de mot renfermé dans le titre ne l'ayant apparemment pas frappée dans un premier temps).
 
 Je n'aurais jamais imaginé, racontant ma nuit au musée, que ces pages prendraient un tour si... maternel. Les mots de mon titre le savaient mieux que moi. [p.103]
 
Longtemps, cette mère mélancolique, absente, silencieuse ("un être de fuite") lui avait paru peu importante dans sa vie et elle avait préféré, pour inspirer son écriture, se tourner vers la figure de son père.
 
Il  m'a fallu du temps pour comprendre cette chose si évidente pour moi aujourd'hui, c'est-à-dire pour faire parvenir à la conscience ce savoir "dormant" (comme on dit "un bourgeon dormant") : j'ai construit mes livres contre la mélancolie maternelle. [p.128]
 
Après avoir évoqué l'histoire de ses ancêtres migrants, les deux branches de sa famille, elle en vient à évoquer sa mère et à interroger les raisons pour lesquelles un fossé s'est créé entre elles. Elle trouve les traces de "la mère de sa mère" (elle ne l'a jamais appelée "grand-mère"), décédée lors d'un bombardement allié en janvier 1943, alors que sa petite fille avait quatre ans et dix mois. Elle retrace le parcours de cette enfant, sa mère, qui n'a pas retrouvé de famille, aucune place chez son père remarié. Elle avait finalement opté pour un orphelinat tenu par des sœurs. Ayant quitté ensuite ses quatre enfants et leur père, elle s'est remariée en Corse et est en train de sombrer jour après jour dans l'Alzheimer.
 
Son cerveau m'est aussi énigmatique que celui des nourrissons, que j'imagine comme de petites éponges en train d'absorber le monde. Comment est-ce de partir de presque rien ? Et de retourner à presque rien ? Peut-être mourra-t-elle ainsi, comme la flamme d'une bougie s'éteint, lorsque le mouvement d'involution sera à son terme ? [p.148]
 
Les pages consacrées à leur relation actuelle sont d'une poignante sincérité. Elle évoque le "manque de mère" et l'impossibilité de le combler sans qu'il y ait jamais le moindre reproche ou la moindre trace de regret. C'est.
 
J'imagine facilement combien une femme (un homme) peut être bouleversée par la maladie de sa mère. Mais je n'éprouve pas de souffrance pourtant, parce que je ne l'aime pas assez pour souffrir. Je crois. Je suis très douce avec elle et je mets tout en œuvre pour que son existence soit la plus agréable possible, je l'enlace et je l'embrasse souvent, ayant pour elle la tendresse que je ressens pour toutes les personnes vulnérables. Mais je sens que quelque chose en moi n'est pas atteint. Sa mélancolie a été un obstacle insurmontable à l'amour. [p.150] 
 
 Je réalise à ce stade combien il doit être difficile pour tous les écrivains concernés de se livrer - vraiment - à cet exercice, car à chaque lecture, ce sont les passages et les pages évoquant des souvenirs intimes qui me paraissent les plus réussies. Dans le va-et-vient entre parcours culturels et parcours personnels émerge toujours quelque chose de précieux et d'unique. D'inattendu.
 
Une dernière remarque : Au fur et à mesure des publications, l'exercice fourni par les auteurs me semble devenir de plus en plus complexe. On dirait qu'il s'est créé une sorte de challenge chez eux, comme s'ils devaient être à la hauteur du contrat accepté (entendre : à la hauteur des textes qui les ont précédés). Lors des premières publications, l'écrivain/e paraissait entrer dans le musée avec une certaine "naïveté", prenant le titre de la collection au mot, vivant son expérience nocturne et la transcrivant à son retour dans la foulée. Depuis, les choses paraissent plus compliquées : certains décrivent leur préparation, d'autres évoquent une précédente tentative échouée, d'autres encore leurs difficultés par la suite à rédiger. 
 
Le livre de Belinda Cannone souffre un peu de cette pression à "bien faire". Il n'en demeure pas moins fascinant, très attachant. On a envie de le relire. Et aussi de repartir à Marseille visiter "son" Mucem et de là, du haut de ses terrasses, plonger le regard au loin dans la Grande Bleue. 
 

jeudi 5 février 2026

Vivre : l'art de l'application

 
 Le vase étrusque /Victor-Etienne Symian /Musée Calvet / Avignon
 
quoi que tu fasses, concentre-toi.
quoi qu'on te dise ou te demande :
impossible de faire - bien faire - 
plus d'une chose à la fois. 
 

mercredi 4 février 2026

Vivre : se réorienter

 
Agrigente / Nicolas de Stael / collection particulière

Comme la lumière a changé! Qu'il pleuve ou qu'il vente (ou même qu'il neige au cours de matinée), c'est le soleil maintenant qui me rappelle l'approche d'un été. A quinze heures vingt-cinq précises, il sort du bois, le bougre, vient me chatouiller les paupières (aucun feuillage évidemment pour me protéger). Il m'invite à profiter du lac, au lieu de m'en détourner. Bientôt, dans quelques instants, il se mettra à jouer sur mon écran, le brouillera en le réfléchissant, me forçant au déplacement. L'affreux Jojo me taquine, refuse de me laisser tranquille. Il me dit : sors de ta coquille! Arrête de travailler. Regarde. Observe mes pouvoirs. Le paysage va bientôt s'enflammer. Les oiseaux approuvent et s'égosillentTout appelle à la légèreté. Ne reste plus qu'à sauvegarder.
 
 

mardi 3 février 2026

Vivre : qui cherche trouve (ou pas)

 
 
Entrée / Cathédrale / Pise
 
Tu cherches, tu cherches encore et ta recherche devient labyrinthique. Cet objet, banal somme toute, auquel depuis ces dernières heures tu te surprends à tenir de manière ab-so-lue, cet objet, tu l'avais entre les mains hier encore, et tu te souviens l'avoir tenu dans la voiture, cet objet, il commence à te manquer ter-ri-ble-ment (alors que tu pourrais en trouver un autre, similaire, pour relativement peu d'argent), alors tu fouilles, tu farfouilles encore et au moment où tu cesses d'investiguer, où tu te vois prête à abandonner, l'objet réapparaît comme par miracle. Et il était... dans sa place habituelle... é-vi-dem-ment, juste un peu planqué, et il se tient devant toi avec un petit air innocent! 
 
 

lundi 2 février 2026

Regarder : plaisir de découvrir

 
Annonciation / Bartolomeo Caporali / Fichier : Wikipedia
 
 
 


 Détail embrasure porte
 
On peut passer et repasser une multitude de fois 
- et regarder -
on ne verra jamais la même chose à chaque fois.
Ce jour-là, intriguée, j'ai observé les coussins - trois -
et le tabouret, et les marches conduisant au lit de Marie
- le petit livre aussi - 
Ce genre de détails - surprenants, minimes - me ravit :
il y a tant à conquérir... 


dimanche 1 février 2026

Vivre : des hauts, des bas, la vie

 
Affiche / Keith Haring / expo / Pise 2022
 

Dans la rue, elle agite les bras, on dirait une tulipe, en vert et en rose, en train d'éclore. Roses ses joues, ses lèvres, les fleurs de son pull ouvert sur un loden un peu trop large. Roses aussi ses paupières, mais pas à cause de son fard. Une ombre passe sur son regard. Elle a peu dormi. Hier, sa meilleure amie est morte d'une sale maladie, et laisse deux petits, du même âge que ses filles. Elle raconte sa vie, les tensions de décembre, ses soucis avec le bail de sa librairie. Elle raconte aussi ses projets, les changements prévus pour les mois à venir. Sous son grand manteau, elle a peut-être un peu maigri. Mais elle sourit. Elle illumine le trottoir autant que le soleil qui s'est enfin décidé à sortir. Elle irradie quelque chose qui pourrait s'appeler la Vie. Puis, elle s'envole, elle s'en va acheter des spaghettis : c'est vrai, c'est midi, c'est mercredi. Ses filles!
 

samedi 31 janvier 2026

Vivre / Voyager : la transition des saisons

 
jardins de la Chartreuse / Villeneuve-lès-Avignon
 
l'ombre est bien sûr fille de la lumière
elle défie le flou, le terne et le plat,  
elle s'agite, elle anime, elle astique, 
et ce mercredi-là, elle invitait la vie
- toute la vie - à clinquer avec éclat 
 
 

 

mardi 27 janvier 2026

Vivre : Still life / 189

 
 
Un pullover vintage, trouvé chez l'Anglais, au tournant du siècle, porté par R. depuis... peut-être vingt-cinq ans. (Pourquoi est-ce qu'on a toujours appelé cette boutique de vêtements masculins à deux pas du Rialto "chez l'Anglais" ? Je l'ignore. Le magasin, qui survit encore, porte le nom de son propriétaire, un authentique Vénitien dont les cheveux blonds ont progressivement blanchi au cours des années. Les habits vendus sont "made in Italy" et la clientèle le plus souvent locale. Va savoir...) Le fabricant a mis depuis longtemps la clef sous la porte, mais il produisait des pièces en laine de première qualité, si bien qu'on en trouve encore sur Vinted quelques exemplaires de plus en plus rares et prisés.
Même les meilleurs connaissent quelques faiblesses. Ainsi, dernièrement le bord inférieur commençait à s'effilocher. Mais, quoi ? Laisser tomber un modèle 100% laine pour quelques mailles sur le point de filer ? Ni une ni deux j'ai pioché dans mes réserves et trouvé de quoi surfiler et renforcer le bas des côtes.
Cela dit, vu sa résistance, le vaillant a de quoi tenir encore vingt-cinq années. 
 


 
  

lundi 26 janvier 2026

Vivre : marche arrière!



Contrariété entre toutes : alors que je commençais tout juste à mettre mes pas dans les pas de l'hiver, à apprécier les matins glacés et les racines amères, que j'avais ressorti toutes les paires de gants et les meilleurs pullovers, que j'aimais à me lover dans des plaids et que j'avais repris goût à paresser en douceur, que j'avais instauré le rite du thé de seize heures, voici que le printemps m'envoie ses avants-courriers. Quelque chose dans l'air, malgré les degrés et les rigueurs annoncées, quelque chose dans les chants, un je-ne-sais-quoi de doux et de suave, un frémissement dans la lumière, et dans les prés les premières primevères, et voici que s'annonce un renouveau, inexorablement, et moi, moi, prise de court, mise au pied du mur, je refuse de me mettre au vert et réclame un rab de froidure! 
 
 
 
 

dimanche 25 janvier 2026

Vivre : l'hiver, le lac

 

ici, la nage, c'est au choix :

eaux troubles ou plein brouillard
 


samedi 24 janvier 2026

Vivre : midi, la brasserie

 
Portrait de Tommaso Gricci / Pietro Benvenuti / Museo / Arezzo
 
Midi passé. La salle est belle, vaste. Le plafond orné de stucs. Une galerie court sur la moitié de la surface. Seule pendant quelques minutes, on ne se prive pas d'observer l'espace. Les tables sont presque toutes occupées. C'est l'heure du coup de feu. Il y a là des gens réunis par des repas d'affaires, mais aussi des amies qui se retrouvent pour échanger, des adultes qui invitent leurs parents âgés. Des collaborateurs, des coachs et des coachés. 
Soudain, une table occupée par deux personnes attire l'attention. Plus précisément, il s'agit d'un homme. Un homme qui fait face à son interlocuteur dont on ne distingue que le dos. Cet homme a quelque chose de particulier : il fixe intensément son commensal. Il le regarde, il le regarde vraiment. Il a le regard bienveillant, le regard qui invite à la confidence. Peut-être a-t-il un léger sourire sur les lèvres. L'autre parle, parle beaucoup, car l'homme n'est que dans la relance. Tout, dans sa gestuelle et dans son attitude appelle à la confiance. Est-il un ami cher à qui se raconter ? Est-il un collègue disposé à écouter ? Impossible de le savoir, mais tout, en lui, évoque la disponibilité. Il n'y a chez lui aucune trace de séduction, ou d'exercice forcé. Il est à l'écoute. Il est.
Il y a des attitudes d'ouverture comme ça, qui frappent et qui inspirent. Parfois des inconnus nous apprennent des choses sur nous, sur nos besoins ou nos désirs. Parfois aussi, ils nous donnent des leçons de savoir-vivre. 
 
 
 

vendredi 23 janvier 2026

Vivre : Still life / 188

 

 
On avait repéré le pullover dans une vitrine près du campo Santi Giovanni e Paolo. Personne à l'intérieur, mais un petit message affiché invitait à sonner. Ce qu'on a fait, plusieurs fois, sans que personne ne réponde. Un passant nous a glissé en vénitien qu'il fallait contourner le palazzo, traverser le petit pont et se rendre dans l'autre magasin, destiné aux hommes, lequel serait certainement ouvert en fin d'après-midi.
La vendeuse était là, qui n'avait rien entendu et nous a proposé de nous guider vers la première boutique en empruntant le raccourci à travers le rez du palais. Nous avons traversé le portego, le grand corridor central reliant la porte de terre à la porte d'eau, par laquelle s'effectuaient les livraisons depuis le canal. Il était terriblement humide et terriblement élégant, ouvert sur une cour où il devait faire bon l'été, à l'abri des fortes chaleurs. Tandis que j'essayais quelques modèles, elle nous a expliqué que la propriétaire louait à la semaine l'appartement de 500 mètres carrés situé au piano nobile. Un peu grand pour nous, quand même ... 
Ces immenses palais du Cinquecento ont tant d'histoires, liées à la micro et à la grande Histoire. Le journal online éNordEst racontait en 2023 comment des espaces exigus du grenier ont servi durant le fascisme à cacher des ouvriers juifs de l'entreprise de matériel naval créée par le grand-père de Patrizia, l'actuelle propriétaire. Le faste et le désespoir. Venise a tant de mystères!
Maintenant, chaque fois que j'enfile ce pullover, la chaleur de sa laine vient me rappeler le clapotis provenant du rio Santa Marina, notre souffle embué dans l'ombre profonde et le bruit de nos pas traversant le portego désert. 

 

jeudi 22 janvier 2026

Regarder : stupeur, réalité, énigme

 
La parque Lachésis / 1660-65 env. / collection privée
 
détail avec titre et signature de l'artiste
 
 
Aux Galeries de  l'Accademiétait présentée cette année l'exposition d'un peintre du XVIIe siècle qui m'était inconnu : Pietro Bellotti (1625-1700). Il s'agit d'un artiste lombard, né sur les bords du lac de Garde, près de Brescia et arrivé très jeune à Venise où il s'est fait connaître assez rapidement, avant de poursuivre sa carrière ailleurs dans la Péninsule et en Allemagne dès 1670. J'ignore si j'avais déjà vu certains de ses tableaux, car c'est typiquement le genre de peinture devant laquelle je passe très rapidement dans les musées. Généralement, j'accorde toute mon attention à l'art médiéval ou Renaissance qui précède cette période et ensuite j'ai tendance à décrocher, je fonce à travers ces salles avec un peu de mauvaise conscience, comme s'il n'y avait rien à en retenir, à la fois par lassitude et aussi par manque d'intérêt. Je ne retrouve ma motivation que devant des œuvres plus tardives, au seuil du XXe siècle.
 
La parque Lachésis / première version : 1654 / Staadsgalerie / Stuttgart
 

 
détails signature et main
 
Mais cette fois-ci l'exposition était très bien documentée, elle avait été installée en bonne place au rez du musée, avec des toiles mises en valeur par des fonds rouge, vert et bleu. On prenait grand plaisir à observer l'évolution de l'artiste, dans la mouvance de son époque, s'attachant à un fort réalisme, avec une orientation progressive vers des scènes de genrePietro Belotti approfondit ses sujets en négligeant peu à peu les paysages et les décors et en se focalisant de plus en plus sur les personnages. En traitant ces portraits, son travail frôle l'hyperréalisme. On pourrait dire que sa manière le rend quasiment contemporain.  Par exemple, quand il s'applique à peindre les détails du visage, de la gorge et des mains des deux Parques ci-dessus, tannés par le soleil et les travaux quotidiens. Ainsi représentées, elles n'ont rien d'enjolivé ni d'altier : ce sont des femmes du peuple qui sont portraiturées. C'est en les traitant comme si elles méritaient autant d'intérêt qu'une femme de haut rang que le peintre leur confère élégance et noblesse.
 
Il en va de même pour d'autres tableaux tels que ceux-ci, représentant une vieille femme et deux versions très similaires de Socrate : 
 
Vieille femme voilée / env.1655 / Ca' Rezzonico / Venezia
 
 
Socrate (en bleu) / Brescia / collection privée
 
Socrate (en rose) /  Brescia / collection privée
 

Popolani all'aperto / coll. Gallerie dell'Accademia / Venezia
 
Au fil du temps, le travail de Bellotti évolue vers toujours plus de réalisme et de crudité. Dans ce tableau plus tardif, Des paysans en plein air, peint entre 1685 et 1690 et qui vient d'être acquis par le Ministère de la Culture italien, il s'éloigne des thèmes élevés ou cultivés pour traiter franchement des sujets populaires, en veillant toujours à leur conférer une dignité certaine. Cette femme occupant le centre de la toile, avec sa large manche rouge tranchant sur le reste du tableau peint au moyen d'une palette aux tons brun et beige est solidement plantée. Elle se tourne vers le spectateur et le toise avec une hauteur qui tient presque du défi. Elle le regarde d'égale à égal et semble lui dire "Oui, je reprise un vêtement, et quoi ? Saurais-tu faire ce que je fais là ? Ne me fais pas perdre mon temps je te prie! "


  Popolani all'aperto / coll. Gallerie dell'Accademia / Venezia (détail)
 
Après la visite, on se dit que décidément un musée n'est pas un mausolée. Il ne doit pas renfermer des trésors, mais permettre des découvertes. En ce sens, les trois commissaires de l'exposition (Filippo Piazza, Francesco Ceretti et Michele Nicolaci) ont parfaitement réussi leur travail : nous faire connaître et peu à peu apprécier le Seicento mal aimé.
 

mercredi 21 janvier 2026

Regarder : les trop-pleins des places vides

 
Luigi Ghirri / Brescello / Piazza e chiesa di S. Maria Nascente / 1989
 
Ce soir-là, il était tard et on avait de justesse pu se glisser à l'intérieur du palais, On s'était retrouvés devant cette photographie de Luigi Ghirri. La nuit sur l'image faisait écho à celle qui était en train de tomber sur la cité. Il y a des images qui vous immobilisent et vous imposent le silence, qui vous inondent d'émotions avec une tranquille évidence. Les émotions, ensuite, à vous de les identifier, d'en trouver l'origine et la fonction, de les explorer. 
Une place vide et, dans cet espace carré, désert, inondé de clarté (sans qu'on puisse trop savoir d'où cette clarté provenait) une statue érigée. Au fond, face à l'objectif, une église à la façade classique, tout au fond encore, quelques voitures garées. Sinon : rien. Le vide. Ou si peu de chose. Et c'est ce rien qui nous a très vite fascinés. A tel point qu'on aurait voulu pouvoir emporter le tirage avec soi et pouvoir le regarder à l'infini, de préférence le soir, car il donnait accès à un monde intermédiaire, entre veille et sommeil, celui où les souvenirs et les rêves s'entremêlent. 
 
On a repensé immédiatement à la photo qu'avait prise à Spilimbergo Bernard Plossu découverte au musée Granet il y a quelques années :
 
Bernard Plossu / Spilinbergo / 2008 / exposition au musée Granet / Italia discreta / 2022
 
Un cliché qui avait été pris de jour, mais il en émanait le même silence et la même étrange clarté. On a repensé aux billets qu'on avait écrit ici et ici évoquant ces émotions qui font irruption devant des paysages - urbains ou pas - qui viennent vous parler de lieux essentiels, de l'enfance toujours vivante, de mots et de sonorités où l'on s'est sentis ancrés. Un appel à méditer qu'on peine à comprendre mais qu'il s'agit de vivre et d'écouter. Il y a comme ça des images qui apaisent et qui inspirent, qui consolent et qui rappellent. Tout le contraire de l'exil. 

  

mardi 20 janvier 2026

Vivre : un salut en passant

 
 
"La vie, c'est comme une bicyclette : il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre". 
 Albert Einstein

Cette année, ils se doraient au doux soleil de janvier, les deux Augustes (plus âgés et donc barbus) et les deux Césars (imberbes). Importés à Venise suite au sac de Constantinople durant la quatrième Croisade en 1204, on a ignoré durant longtemps leur emplacement initial dans la capitale turque. C'est la découverte, en 1965, du pied manquant à l'un des vénérables lors de fouilles dans l'église du Myraleion (aujourd'hui Mosquée de Bodrum) qui a permis d'identifier leur lieu d'origine
 
Le pied amputé se trouve aujourd'hui au Musée archéologique d'Istanbul et c'est un fac simile en pierre d'Istrie qui sert aujourd'hui de prothèse au pauvre César mutilé. Au-delà de toutes les données historiques, il me plait de voir dans ce groupe sculpté le symbole d'un pouvoir solide et solidaire, conscient et concerté, sur lequel le peuple pouvait compter. 
 
Mille fois d'accord, génial Albert, avancer, oui, il faut avancer, mais en sachant négocier les virages et sans foncer dans le mur. C'est pour ça que, dans un monde de changements et d'accélérations, de perturbations et de multiplications, les retrouver toujours en place sur la piazzetta, toujours stables et assurés, ça procure un infini sentiment de sécurité. Dès lors, pas de séjour dans la Sérénissime sans un tête à têtes avec ces Tétrarques estimés. 
 

lundi 19 janvier 2026

Vivre : place à la nouveauté

 
Portrait de Ferrante d'Avalos / Peintre lombard du XVIe s. / Museo Correr / Venezia
 
 
Janvier : mois idéal pour épurer
 
 

dimanche 18 janvier 2026

Vivre : le sens de l'essentiel

 
Punta Paloma / Espagne / 2001 / Ad van Denderen
 
Sur l'aire ensoleillée en ce milieu d'après-midi, l'homme s'activait. Il changeait avec soin les sacs des poubelles au contenu plus ou moins bien trié. A l'intérieur du restoroute, les toilettes étaient astiquées, les sols encore humides. Comment ne pas remarquer son travail parfait ? On a déposé discrètement deux pièces sur son charriot à côté d'un rouleau de polyéthylène et quand on est passés près de l'homme on lui a souri en lui souhaitant une belle journée. Il a souri en retour et s'est étonné : c'est la première fois. C'est la première fois qu'on pense à me saluer. Comment lui dire qu'on le trouvait superbe, avec ses dents blanches et son allure déliée, sa manière agile de travailler ? Un lumignon au cœur de la société. Une rencontre brève qui avait illuminé la fin de notre trajet.
 

Voyager : signes des temps

 

  
Il montait la garde devant la Libreria Acqua Alta. Fermement ancré à l'entrée,  bien dodu, il assumait des allures de pacha. Ces dernières années, toujours moins de chats aperçus dans les calli, très peu, alors que, robustes ou faméliques, tigrés ou tricolores, ils avaient longtemps fait partie de la mythologie de la ville
 
Par quel mystère Venise est-elle devenue en quelques années une ville de chiens ? Va savoir...
 
Des toutous partout. Des magasins pour toutous avec tout le nécessaire pour se faire bichonner, parfumer, shampooiner, habiller (combinaisons, manteaux, pyjamas), se laisser et se délasser, se faire transporter dans des sacs adaptés. Sur les campielli où naguère se coursaient des enfants, on aperçoit de plus en plus d'humains lançant des baballes à leur chien. Des chiens au format de plus en plus réduit, histoire de pouvoir les emporter partout avec soi : musée, restaurant, shopping, cinéma. 
 
A en voir partout, de ces toutous jouet ou substitut, on a beau aimer les clébards - les vrais - on sent monter comme un rejet. Il est vrai que les canidés, on les aime nature, qui se roulent dans la gadoue, se reniflent, s'ébrouent, qui sentent bon le poil mouillé et l'os rongé. Alors, quand on aperçoit un authentique chat vénitien, imposant et pensif, apparemment fidélisé à plusieurs cantines du quartier, on sort son appareil et on lui tire le portrait. 
 
 

 

lundi 12 janvier 2026

Vivre : Still life / 187

 


qu'importe sa valeur marchande et qu'importent ses destinataires, 
inattendu, banal ou éblouissant, l'essentiel est qu'il vienne du cœur :
un message d'amour qui part, et personne ne sait ce qu'il va devenir... 

 
 

dimanche 11 janvier 2026

Vivre : que faire ?

 

que faire ? au cœur de l'hiver, que faire ?
rien. rien : surtout ne pas s'agiter, se contenter
de respirer et vivre intensément et uniquement 
l'hiver